Alignement sur les ODD – allnews.ch

«L’impact environnemental et social est notre objectif. Pas un nice to have» explique Hervé Guez de Mirova.

Affiliée de Natixis Investment Managers, la société de gestion française Mirova a fait de l’impact environnemental et social sa raison d’être, depuis sa création. Avec un succès remarquable en Suisse également. Quelques questions à Hervé Guez, Directeur de la Recherche Investissement Responsable chez Mirova, dans le contexte du Geneva Forum for Sustainable Investment (GFSI).

Votre processus ESG s’applique-t-il à tous vos fonds ou seulement à une gamme spécifique?

Tous les fonds de Mirova sont gérés selon les principes de l’ESG et sont labellisés ISR en France et dans d’autres pays. Notre société est entièrement dédiée à l’investissement responsable, sur l’ensemble des classes: actions, obligations et investissement non-coté. Dans ce dernier cas, il s’agit essentiellement d’infrastructures en énergies renouvelables en Europe. Nous développons également des solutions dans les pays émergents qui visent à financer des projets de conservation et de restauration des écosystèmes et des moyens durables de subsistance pour les populations locales, des pêcheries par exemple. Ces solutions sont regroupées dans une gamme que nous appelons Capital Naturel.

Comment appliquez-vous ce processus?

Suivant le même principe général, associant l’impact environnemental et social à la performance financière, mais de manière différente selon la classe d’actifs. Dans le champ des actions, nous investissons sur les sociétés bien positionnées vis-à-vis des Objectifs de Développement Durable des Nations-Unies (ODD). Dans le domaine obligataire, nous ciblons les green bonds et les social bonds. Pour ce qui est du non-coté, l’impact positif des sous-jacents doit être inscrit dans la définition même du projet.

Nous nous posons la question de savoir comment ce que fabrique l’entreprise
contribue – ou non – aux objectifs de Développement Durable des Nations-Unies

Votre recherche ESG est-elle exclusivement propriétaire ou utilisez-vous aussi des indicateurs venant d’agences?

Toute notre évaluation se fait en interne parce nous avons constaté que les indicateurs externes faisaient peu de cas du cycle de vie des projets. Beaucoup de ces indicateurs de marché se penchent sur l’éthique des entreprises, de leur management, mais assez peu sur ce qu’elles produisent. En ce qui nous concerne, nous nous intéressons à la nature même des produits des entreprises et à leur impact. En d’autres termes, nous nous posons la question de savoir comment ce que fabrique l’entreprise contribue – ou non – aux objectifs de Développement Durable des Nations-Unies (ODD).

Plus précisément, comment se déroule votre approche?

Nous définissons nos objectifs et la méthode à appliquer pour les atteindre et identifions ensuite les fournisseurs qui peuvent nous aider à construire les indicateurs appropriés. Nous avons, par exemple, codéveloppé avec Carbone 4 une approche pour mesurer l’empreinte carbone des portefeuilles. En d’autres termes, nous participons à la conception initiale et faisons le suivi régulier mais les indicateurs sont ensuite, au jour le jour, fournis par des tiers. A l’heure actuelle, nous sommes en train de structurer des travaux du même type sur la biodiversité.

Comment se compose votre équipe de recherche?

Pour moitié d’ingénieurs environnementaux car les choix exigent beaucoup de technicité. Prenons l’exemple des biocarburants très favorisés par la réglementation à un moment donné. La réaffectation négative des sols qui en a découlé a finalement freiné une réglementation initialement très propice. Ce qui importe est la valeur d’une solution à long terme. La voiture électrique n’aura d’impact positif que si la production d’électricité devient verte. Un mix électrique soutenu par des centrales à charbon comme en Chine n’offre que peu d’intérêt.

Beaucoup de sociétés d’asset management prétendent à l’ESG. Comment vous différenciez-vous?

Il faut bien admettre que, de l’extérieur, il est difficile de distinguer. Les labels ne permettent pas toujours de faire le tri. Il me parait toutefois que nombre de sociétés de gestion font un reporting a posteriori de choix faits sans nécessairement se préoccuper du positionnement des entreprises a priori. Pour Mirova, l’ESG est l’objectif, pas un «nice to have». Les ODD sont à la source de la génération de nos idées d’investissement. Nous n’usons pas de recherche externe appliquée ex post. Ceci dit, alors qu’il y a 5 ou 7 ans, nous passions beaucoup de temps à convaincre les investisseurs du bien-fondé de l’investissement durable, ce n’est plus nécessaire aujourd’hui. Plus au fait, les investisseurs posent aujourd’hui des questions de fond sur le comment et non sur le pourquoi. Cela nous permet de nous différencier plus facilement.

Mirova a été pionnière sur les obligations vertes et sociales,
c’est-à-dire sur la dette focalisée sur un objectif.

Mirova a été nominé deux années de suite aux Swiss Sustainable Funds Awards dans la catégorie Obligations Globales. Est-ce un atout vis-à-vis de vis de votre clientèle?

L’objectivité avec laquelle sont décernés les Swiss Sustainable Funds Awards aidera les investisseurs à faire le tri entre ceux qui prétendent et ceux qui font. Nos clients sont convaincus par l’ESG mais l’obtention du prix reflète une reconnaissance de la performance, souvent peu synonyme de gestion durable dans l’esprit du marché. Les Awards vont nous aider surtout dans les pays où nous sommes peu connus.

Les tendances ESG s’affirment-elles dans l’univers des obligations ? Est-ce plus difficile de trouver de bons titres ESG dans cette classe d’actifs?

En matière d’ESG, au début, il était peu question d’obligations. Rappelons d’abord que les corporate, les obligations d’entreprises non financières, ne représentent qu’environ 7% de l’univers obligataire. La part du lion va aux titres souverains, aux collectivités publiques et aux banques. Mirova a été pionnière sur les obligations vertes et sociales, c’est-à-dire sur la dette focalisée sur un objectif et la plupart du temps émise par des Etats, des collectivités locales, ou des agences supranationales. En réalité, ces titres ne sont pas du tout difficiles à trouver. Le marché fait preuve d’une très forte dynamique.

Et dans le domaine des corporate?

Nous sommes intéressés par la dette d’entreprises dont les objectifs s’alignent avec notre vision, dans les énergies renouvelables ou la mobilité durable par exemple. Sur le marché, il y a souvent confusion sur les politiques responsables. Le ciment en est un bon exemple. Plutôt que de l’exclure, nous avons choisi des entreprises innovantes comme Hauffmann Green Cement qui détient des brevets sur des ciments obtenus par mélange à froid et donc moins émetteurs de Co2 – en l’occurrence l’émission est divisée par 5. Souvent, se positionner tôt sur des entreprises innovantes de ce type, permettra de délivres des performances impressionnantes.

Avez-vous des ambitions particulières en Suisse?

La Suisse est un marché très important. Déjà en avance il y a dix ans. C’est un pays où l’environnement, la qualité de vie, les droits de l’homme, comptent.  Depuis 18 mois, la dynamique y est excellente pour Mirova. Contrairement à la France où l’ESG est porté par les grands institutionnels (et donc les indicateurs), la Suisse est plus demandeuse de thématiques réelles et d’impact. Le discours y est plus simple et l’investissement plus différenciant.

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