Antoine Perrin : « Regarder l’avenir sous le signe de l’accélération et des opportunités » – Essor Loire

le 02 août 2020 – Sevim SonmezGrand témoin

Schneider Electric – Antoine Perrin, représentant de Schneider Electric, à la tête de Minalogic pour deux ans

Minalogic, pôle de compétitivité mondial des technologies du numérique en Auvergne-Rhône-Alpes a élu un nouveau président à la tête de son conseil d’administration, le 4 juin dernier. Antoine Perrin, représentant de Schneider Electric, a pris les rênes pour un mandat de deux ans. Entretien.

Lors de l’assemblée générale du 26 mai, avant le conseil, les adhérents ont approuvé une évolution des statuts de l’association, notamment sur la composition de la gouvernance. Quels sont ces changements ?

Au sein du conseil d’administration, nous avons scindé le collège Entreprises en deux groupes : le collège PME et le collège Grands groupes et ETI. Les PME représentant de loin notre plus grand nombre d’adhérents, nous avons voulu renforcer leur pouvoir au sein de notre gouvernance et avons donc augmenté le nombre proportionnel des PME. Ces dernières sont des jeunes entreprises et en particulier des start-up qui intègrent Minalogic pour trouver du support à leur innovation et à leur développement via des partenariats.

Quelles ont été vos motivations pour présenter votre candidature ?

Le président Philippe Magarshack, représentant de ST Microelectronics, qui avait accompli trois mandats successifs ne souhaitait pas se représenter afin d’impulser un renouveau. Au sein de Minalogic j’ai représenté le groupe Schneider Electric et occupé les fonctions de vice-président aux finances durant six ans. A cette occasion j’ai beaucoup collaboré avec Philippe Magarshack qui est désormais vice-président développement Europe et international. Il faut savoir que ce sont les personnes morales qui sont élues : c’est donc Schneider Electric qui prend la présidence.

Quelle est la composition de Minalogic ?

Créé en 2005, Minalogic rassemble 450 adhérents dont près de 350 start-up et PME et une bonne quarantaine de grands groupes et d’ETI. Mais également 16 organismes de recherche et de formation, comme l’université de Saint-Etienne, l’Université Grenoble Alpes, l’Insa de Lyon, le CEA, l’Inria etc. Nous disposons d’un autre collège appelé « membres associés » constitué d’environ 30 à 40 entreprises, qui souhaitent participer à Minalogic mais qui ne peuvent pas y adhérer selon les statuts (il est notamment requis d’avoir un certain effectif R&D, au titre de l’innovation au sein de la région Aura). Ces membres peuvent profiter des services de Minalogic mais n’ont pas de droit de vote car nous conservons notre vocation régionale pour le vote par les adhérents.

Les PME occupent une place particulière d’où la création de ce nouveau collège ?

Il y a environ trois ans, nous avons créé un bureau PME, une instance reconnue dans nos statuts afin de porter leur voix au sein de Minalogic. Avec la création de ce collège, nous avons voulu aller plus loin en officialisant et en reconnaîssant leur importance. Sa première vocation est d’aider les PME innovantes à développer et à commercialiser leur innovation, par le biais du réseau Minalogic. Faciliter les transferts technologiques entre les organismes en amont (centres de recherche et de formation) disposant des idées, développant des algorithmes, de l’Intelligence artificielle (IA) ; et les PME ayant une certaine assise dans un domaine pour développer ces technologies. Des PME qui s’appuient parfois sur de grands groupes possédant également leur propre capacité d’innovation. Ces partenariats permettent aux grandes entreprises d’orienter les PME vers les marchés adéquats, leur offrant des débouchés.

« Avec la crise, nous connaissons une accélération de l’évolution technologique qui mène à une forme de révolution »

Comment se portait l’innovation numérique avant la crise du Covid-19 ?

La Région Aura est à la pointe dans le domaine du numérique. Elle est classée parmi les cinq endroits dans le monde où s’opère l’innovation la plus pointue, que ce soit dans le domaine de la technologie, de l’IA ou de la santé connectée. Une avance qui repose notamment sur l’Inria et le CEA, symboles d’excellence et d’une dynamique très forte au niveau mondial en termes de dépôts de brevets. Cela se matérialise également à travers Minalogic qui a pris de l’ampleur et de la valeur. Le pôle est reconnu par l’Europe via un label Gold, et se positionne parmi les meilleurs ratios de projets proposés et subventionnés auprès de l’Europe, de l’Etat et de la Région. Minalogic joue un rôle de fédérateur entre les divers acteurs de l’innovation. Bien évidemment, la crise sanitaire et économique a compliqué un certain nombre de choses. Mais dans l’ensemble pour le digital, elle s’est révélée comme un accélérateur. Durant le confinement, les usages digitaux ont explosé aussi bien dans le domaine des achats sur Internet que des applications professionnelles.

Le pôle a une vocation multi-domaines, multi-applications, multi-marchés : une vocation technologique sur les métiers du numérique, de l’électronique au logiciel, en passant par la photonique et les usages et contenus (vidéo, serious games) grâce à l’intégration d’Imaginove. Un pôle sur les nouvelles technologies qui adresse les marchés de la santé, des nouvelles mobilités, de l’énergie, de l’industrie, des énergies renouvelables… D’ailleurs, la santé connectée fait partie des secteurs sur lesquels nos adhérents sont très présents. Nous connaissons une accélération de l’évolution technologique qui mène à une forme de révolution. Les capacités de miniaturisation et de traitement, de façon intelligente, des données évoluent très rapidement et conduisent à des perspectives énormes. En parallèle, des technologies évoluent avec par exemple les ordinateurs quantiques surpuissants. En résumé, à la fois les usages s’accélèrent et les technologies offrent de nouvelles solutions.

Quelles ont été les conséquences de cette crise pour vos adhérents ?

De nouveaux partenariats se sont par exemple créés avec le CEA. L’objectif étant de lutter contre la crise sanitaire en mettant au point des robots et en ayant recours à l’impression 3D pour les pièces de respirateurs. Par solidarité, de nombreux adhérents ont réorienté leurs activités ou mis à disposition leurs produits aux autres adhérents [plateforme d’exploration de textes scientifiques, d’expertise, de lutte contre les cyber-attaques, outils de communication adaptés à la crise, Ndlr].

Le financement du pôle est-il impacté par la crise ?

Nous ferons en sorte que la crise économique ne se traduise pas par une difficulté fondamentale pour Minalogic. Il y a une transformation importante dans la mesure où d’une part l’Etat a annoncé qu’il arrêterait de financer les pôles en les confiant à la Région. Les financements de l’Etat représentent 20 % des recettes de Minalogic. A partir de 2020, ils devraient baisser pour prendre fin en 2023. Par ailleurs, le FUI (Fonds unique interministériel) a cessé en 2019. Concrètement cela signifie que les projets ayant besoin d’un financement doivent s’appuyer en premier lieu sur la Région Aura (appels à projets PSPC-R, R&D booster) ainsi que sur des dispositifs spéciaux comme le Plan de développement à l’international (PDI) en direction des PME. Mais également sur l’Europe avec l’accès aux projets européens qui nécessitent une préparation spéciale et pointue qui peut être fournie aux adhérents par Minalogic. On passe donc d’un système où le principal financeur était l’Etat à un autre où ce sont la Région et l’Europe qui seront les moteurs des projets d’innovation.

Le budget de fonctionnement de Minalogic représente près de 3 M€, un montant qui comprend les financements de projets car dans certains cas c’est le pôle qui porte le projet auprès de l’organisme financeur et qui reverse ensuite la subvention à l’adhérent.

« A l’automne, nous établirons notre feuille de route plus détaillée qui dessinera notre l’horizon d’ici 2022 »

Comment envisagez-vous l’avenir du pôle ?

Il faut regarder l’avenir sous le signe de l’accélération et des opportunités. Sans toutefois oublier le contexte économique compliqué, impliquant pour certains de nos adhérents des problématiques de financement. Ou encore des clients dans l’attentisme car des secteurs comme l’aéronautique ou l’automobile sont sinistrés contrairement à d’autres qui se portent bien comme l’industrie, hors clients finaux. Ces derniers ont compris que l’accélération de l’automatisation, la digitalisation, les traitements intelligents leur permettront de rester dans le bon créneau. La crise sanitaire a donc apporté des opportunités mais aussi des risques et le travail de Minalogic consiste à fédérer des acteurs d’horizons extrêmement différents et qui ont des rôles très différents (grands groupes, PME, start-up, structures de R&D, pouvoirs publics etc.) Notre volonté est d’accentuer cette collaboration et en particulier de faciliter les transferts technologiques en mettant à disposition des PME des ressources comme des plateformes de tests dont disposent des grands groupes. Une manière d’aider les PME à franchir plus rapidement ce pallier et de bénéficier des financements pour accélérer la commercialisation de leur produit.

L’autre élément important est le partenariat avec la Région Aura à travers la mise en place du Campus numérique à Lyon avec des relais sur l’ensemble du territoire. Minalogic a pour vocation de jouer un rôle central au sein de l’European digital innovation hub (Edih), qui représente une porte d’entrée du financement européen. Une des particularités de l’Edih est d’associer les autres pôles de compétitivité régionaux positionnés sur des domaines spécialisés tels que Tenerrdis, Axelera, Vegepolys Valley, Lyon Biopôle… Ces différents pôles vont se fédérer pour booster l’innovation et donc la croissance et l’emploi au sein de la région, avec un lieu totem qui est le Campus numérique.

Quelle sera votre feuille de route ?

Mon mandat s’accompagnera d »un certain nombre de mutations concernant le fonctionnement du pôle, notamment en s’appuyant davantage sur le partenariat avec les autres pôles de la Région et de l’Europe. Notre mission sera d’accélérer les innovations entre les organismes amont et aval dans un contexte d’incertitudes et de risques. A nous de monter dans les bons trains, et en particulier d’être présents sur des sujets porteurs tels que l’IA, les nouvelles technologies informatiques. Nous sommes une communauté extraordinaire et reconnue, et avons une carte à jouer. Minalogic s’appuie sur une dynamique à poursuivre, avec de nouveaux enjeux et un modèle renouvelé. A l’automne, nous établirons notre feuille de route plus détaillée qui dessinera notre horizon d’ici 2022.

Propos recueillis par Sévim Sonmez

Minalogic est le pôle de compétitivité mondial des technologies du numérique, alliant la micro-nanoélectronique, l’optique-photonique et le logiciel. Le pôle couvre l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes et il est situé à Grenoble, Saint-Etienne et Lyon.



Sevim SONMEZ
Journaliste

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