Avanti vers un gouvernement éco-illogique! – L’Echo

L’accord du gouvernement « Avanti Vivaldi » prévoit la mise à l’arrêt définitif des 7 centrales nucléaires belges d’ici 2025. C’est peut-être une victoire pour les Verts, mais sûrement une défaite pour la population belge. Voici pourquoi.

En septembre 2020, dans le cadre du « Green Deal » européen, la Commission européenne a proposé de porter l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030 de 40% à au moins 55% par rapport à 1990.

De son côté, le jeudi 10 septembre, la Commission Environnement du Parlement européen a adopté un objectif contraignant pour que ces réductions atteignent au moins 60% dans l’Union européenne. Cet objectif devra encore être validé par l’ensemble du Parlement en séance plénière début octobre.

Les besoins en électricité étant voués à croître, ces objectifs ne pourront être atteints qu’en accroissant substantiellement la part des énergies renouvelables. Toutefois la couverture par des sources intermittentes comme l’éolien et le photovoltaïque implique inévitablement d’être complétée par l’exploitation de centrales électriques fonctionnant au gaz naturel importé, émetteur de CO2.

  • énergie nucléaire: 48%
  • énergie éolienne: 9%
  • énergie solaire: 4%
  • autres renouvelables: 5%
  • fossile et autres: 34%

Il n’est pas honnête de faire croire que d’ici 5 ans les sources d’énergie renouvelables pourront compenser la disparition de 48% de notre production d’électricité et que les centrales au gaz qui vont de pair n’accroîtront pas la production de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas en arrêtant nos centrales nucléaires que l’on résoudra le problème de la gestion des déchets radioactifs accumulés depuis 50 ans! Bien au contraire.

Soyons clair: la fermeture définitive des 7 centrales nucléaires belges d’ici 2025 aura au moins 6 effets négatifs:

  1. un effet négatif sur le coût de production de l’électricité (qui sera surtout ressenti par les consommateurs les plus démunis);
  2. un effet négatif sur notre balance des paiements (dû à l’importation d’électricité et de gaz naturel, alors que le coût du combustible nucléaire importé est minime);
  3. un effet négatif sur notre sécurité d’approvisionnement (notre stock de combustible nucléaire représente deux années de besoins alors que pour le gaz naturel il est d’un mois de consommation);
  4. un effet négatif sur des emplois hautement qualifiés (les centrales de Doel et Tihange génèrent 2.000 emplois directs et autant d’emplois indirects et induits) qui ne sont pas transférables vers les emplois créés par le développement des énergies renouvelables;
  5. un effet négatif sur l’environnement en accroissant significativement nos émissions de gaz à effet de serre;
  6. un effet négatif sur le niveau des provisions constituées pour couvrir les coûts futurs de démantèlement des centrales nucléaires et de gestion des déchets radioactifs.

Ce dernier point mérite un mot d’explication. Certains estiment qu’il faut abandonner le nucléaire parce qu’on ne sait que faire de nos déchets de haute activité et de longue durée de vie. Outre le fait que des solutions existent, c’est un raisonnement absurde. Ce n’est pas en arrêtant nos centrales nucléaires que l’on résoudra le problème de la gestion des déchets radioactifs accumulés depuis 50 ans! Bien au contraire.

Le coût de démantèlement d’une centrale nucléaire ne dépend pas du fait qu’elle ait fonctionné pendant 40, 50 ou 60 ans. Le coût supplémentaire de gestion des déchets radioactifs produits par une prolongation de leur exploitation est marginal par rapport au coût total de gestion des déchets déjà produits. De plus, certains s’inquiètent de ce que ces provisions ne soient pas suffisantes. Or en prolongeant l’exploitation des centrales, celles-ci contribuent à augmenter ces provisions au-delà du coût qu’elles engendrent, contrairement à ce qui se passerait en cas d’arrêt définitif.

Un problème de logique

Sachant qu’en 2025 nos premières centrales de Doel 1 et 2 et de Tihange 1 auront fonctionné pendant 50 ans, pourquoi faudrait-il fermer nos centrales les plus modernes et les plus sûres de Doel 4 et Tihange 3 après 40 ans seulement, tant que nos autorités de sûreté ne s’opposent pas à leur fonctionnement pour des raisons objectives de sûreté ou de sécurité?

C’est d’autant moins logique qu’aux États-Unis, en 2017, la Nuclear Regulatory Commission a défini un processus de renouvellement des licences, qui permet de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires jusqu’à 80 ans. Depuis l’introduction de ce processus, quatre réacteurs de la même génération que Doel 1 et 2 et Tihange 1 ont bénéficié d’une prolongation de leur durée de vie à 80 ans d’exploitation.

Néerlandais très favorables au nucléaire

Mais n’allons pas si loin. Aux Pays-Bas, la centrale nucléaire de Borssele (un réacteur PWR de 485 MWe) est entrée en service en 1973 (deux ans avant les centrales de Doel 1 et 2). En 2006, le parlement hollandais a approuvé la prolongation de son exploitation de 40 à 60 ans, soit jusqu’en 2033.

Dans un récent rapport intitulé « The Netherlands 2020 », l’Agence Internationale de l’Énergie recommande aux Pays-Bas de prolonger au-delà de 2033 l’exploitation de la centrale de Borssele et encourage le gouvernement à considérer la construction de nouvelles centrales nucléaires pour mieux garantir la sécurité d’approvisionnement et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ce rapport signale que « L’électricité produite par l’énergie nucléaire peut également être utilisée pour produire de l’hydrogène à faible teneur en carbone ».

Le parti du gouvernement du Premier ministre Mark Rutte souhaite la construction de 3 à 10 nouvelles centrales nucléaires.

Le 15 septembre dernier, la Chambre des représentants a adopté une motion de la CDA, du VVD, du PVV et du SGP, demandant au gouvernement d’étudier comment les Pays-Bas peuvent encourager les entreprises à investir à nouveau dans l’énergie nucléaire.

Contrairement aux Allemands, les électeurs néerlandais sont à 54% plutôt favorables au développement d’une production d’électricité nucléaire selon un sondage publié le 7 novembre 2018.

Il faut avoir le courage de dire qu’une sortie prématurée et à si court terme du nucléaire sera contreproductive.

En Belgique, il n’est pas question pour l’instant de construire de nouvelles centrales nucléaires. Il est en effet beaucoup moins coûteux de prolonger l’exploitation des centrales existantes tant qu’elles ne posent pas, selon les autorités de sûreté compétentes (et non les politiciens), de risques de sûreté et de sécurité, grâce en particulier aux améliorations constantes qui leur sont apportées.

Je crois au progrès par l’innovation. Il est légitime et souhaitable d’œuvrer pour une société plus respectueuse de l’environnement, mais il faut aussi avoir le courage de dire qu’une sortie prématurée et à si court terme du nucléaire sera contreproductive.

« Issue de secours »

Nos formateurs semblent l’avoir compris, en s’aménageant une « issue de secours » selon laquelle « si à la fin de l’an prochain (2021), il apparait que la sécurité d’approvisionnement est menacée, le gouvernement se réserve le droit de modifier le calendrier légal de sortie du nucléaire afin que deux centrales (correspondant à 2 gigawatts) continuent de fonctionner. »

Puisse alors cette évaluation être faite dans la sérénité, en dehors de tout dogmatisme ou populisme et avec en ligne de mire l’intérêt supérieur de la population belge .

Pierre Goldschmidt est un ancien directeur général adjoint de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique. ©doc
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