Badr Ikken : «L’Iresen finalise une borne de recharge de voitures électriques 100% marocaines» – Aujourd’hui Le Maroc

Entretien avec Badr Ikken, directeur général de l’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles

Depuis sa création l’Iresen est devenu une référence en matière de recherche et développement dans le domaine des énergies nouvelles. Dans cet entretien accordé à ALM, Badr Ikken, DG de l’Institut, revient sur les thématiques de recherches, les projets en cours et l’impact de la dernière crise sanitaire sur le développement durable.

ALM : Comment faire de la pandémie du coronavirus une opportunité afin de promouvoir le développement durable et surtout les énergies propres ? Comment voyez-vous le développement de l’énergie solaire et les énergies renouvelables d’une manière générale après la pandémie ?

Badr Ikken : Je pense que nous aurons tout à gagner à travers une relance de l’économie verte en encourageant la production locale et la préférence nationale. La crise a démontré la nécessité de baisser notre dépendance industrielle afin de minimiser l’impact de crises internationales sur notre économie, mais a surtout mis en évidence la clairvoyance de nos décideurs ainsi que la force de nos organes de gouvernance publics et privés. Le modèle de partenariat public-privé ayant démontré son efficience et efficacité au Maroc, même en période de crise sanitaire, devrait être encore plus consolidé à travers le développement et la mise en œuvre de stratégies sectorielles visant le développement durable et pilotées par les deux parties prenantes.

L’abondance de gisements renouvelables ainsi que notre maîtrise du sujet et la baisse des coûts de ces technologies, nous permettent d’offrir aujourd’hui une compétitivité énergétique à nos entreprises et industries. Il est prévu de capitaliser sur ces opportunités et de se positionner sur une production locale des composantes et des offres de services marocaines. Cela contribuera à décarboner plusieurs secteurs dans notre pays, notamment l’industrie, les transports et le secteur du bâtiment. Notre engagement et crédibilité dans ce secteur au niveau international nous permettront aussi de jouer un rôle prépondérant en Afrique subsaharienne. Les solutions photovoltaïques décentralisée et non connectée au réseau pourraient fortement répondre aux besoins des millions d’Africains qui n’ont pas accès à l’électricité et à l’eau potable. Il s’agit d’un marché énorme pour les bureaux d’étude et les entreprises pouvant être desservis d’une manière progressive avec une approche de complémentarité, puisqu’il s’agira de renforcer les capacités et de développer les ressources locales.
Je me réjouis aussi fortement de la signature d’un accord entre notre pays et le gouvernement allemand en tant que premier pays partenaire de la stratégie hydrogène de l’Allemagne. Cela démontre à nouveau un encensement de la vision royale, la pertinence de notre stratégie énergétique ainsi que la persévérance des acteurs clés du secteur de l’énergie au Maroc dont l’Iresen fait partie.

Le secteur des molécules vertes «Power to X» visant à produire de l’hydrogène et ses dérivés grâce aux énergies renouvelables offrira de grandes opportunités à notre pays. Il permettra au Maroc de décarboner son économie, de développer son industrie, renforcer son capital humain et son leadership.
Le Maroc pourra également, à travers l’export de molécules vertes, contribuer à la décarbonation des économies de partenaires européens et internationaux, tels que l’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon et pourra profiter de stratégie de relance de nos partenaires, notamment le Pacte Vert Européen. Des perspectives substantielles en matière d’industrialisation du pays sont en vue et ce, sur toute la chaîne de valeur, le dessalement, les énergies renouvelables (photovoltaïque et éolien), l’électrolyse, la chimie verte,…

Nous avons célébré le 5 juin dernier la fête nationale de l’environnement. Quelle est la contribution de l’Iresen à la protection de l’environnement ?

L’Iresen s’engage fortement à développer la recherche et l’innovation au service du développement durable. Les énergies renouvelables, le traitement des eaux, le stockage de l’énergie, la mobilité et la construction durables sont des exemples de sujets prioritaires qui contribuent directement à réduire les émissions de gaz à effet de serre, responsables des changements climatiques, et que nous traitons.
A travers nos appels à projets et nos plateformes technologiques, développées conjointement avec l’Université Mohammed VI Polytechnique, les «Green Technology Parks» nous contribuons à renforcer les capacités, à développer et à optimiser les technologies propres. Notre futur défi est d’accompagner effectivement nos excellents chercheurs marocains à valoriser leurs résultats de projets de recherche pour arriver à des niveaux de maturité technologique élevés permettant l’industrialisation ou la valorisation commerciale. Nous avons constaté pendant la crise sanitaire l’importance de la collaboration entre les institutions académiques et le monde socio-économique (développement de visières, de masques, de ventilateurs,…). Ces liens doivent être renforcés et l’environnement doit être plus favorable. L’innovation doit se faire en collaboration avec l’industrie et j’espère fortement que des mécanismes incitatifs tels que les crédits impôt recherche seront mis en place.
Vous faites de la coopération continentale notamment un axe important de travail. Comment contribue l’Iresen à diffuser l’excellence de l’Institut et l’expertise marocaine à l’échelle internationale ?

Les avancées scientifiques et technologiques ne sont possibles qu’à travers la capitalisation et le partage des connaissances. Il était important, en premier lieu, de consolider les relations avec plusieurs centres de recherche de pays du Nord pour bénéficier du transfert technologique et de leurs expériences dans l’élaboration de feuilles de route technologiques afin de s’en inspirer et de développer des modèles adaptés. Aujourd’hui, l’Iresen, avec son réseau national de partenaires académiques, s’oriente plus vers les partenariats Nord-Sud-Sud et Sud-Sud.
Nous avons créé le Réseau africain de l’innovation verte (Green Africa Innovation Network) avec 14 pays membres.

Cette initiative vise à accompagner le développement d’un écosystème d’innovation reposant sur des solutions technologiques vertes développées par des Africains pour des Africains. Nous organisons annuellement des conférences sur la R&D et l’innovation, accompagnons les institutions partenaires à travers des stages et des formations au niveau de nos plateformes de recherche à Benguerir et nous contribuons à l’émergence d’infrastructures de recherche de pointe dans différentes régions du continent. Le premier jalon est la construction de la plateforme de test, de recherche et de formation Green Energy Park MCI (Maroc-Côte d’Ivoire), en partenariat avec l’Institut national polytechnique Houphouët Boigny à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire et l’Université Mohammed VI Polytechnique. Les travaux de construction sont bien avancés et nous finaliserons la plateforme avant la fin de l’année.

Quels sont les nouveaux projets sur lesquels vous êtes en train de travailler ?

Nous allons incessamment lancer des appels à projets régionaux. «Green Innovation régionale» est un programme qui vise l’encouragement de l’entrepreneuriat social au niveau des différentes régions de notre Royaume, en s’appuyant sur la responsabilité sociale à travers l’accompagnement de l’innovation portée par des acteurs locaux visant la création de la valeur ajoutée régionale. Green IR offrira un accompagnement technique et financier pour les porteurs de projets et s’appuiera sur les acteurs de l’écosystème régional (chercheurs, entrepreneurs, PME, entreprises et startups).
Nous lancerons également des appels à projets bilatéraux avec l’Espagne et multilatéraux dans le cadre de l’alliance Mission Innovation que le Maroc a rejointe l’année dernière. Toutes ces initiatives contribueront à redynamiser l’économie dans le secteur des technologies propres.
Nous préparons également le lancement des travaux de construction de la plateforme Green H2A (hydrogène vert et applications) que nous développons conjointement avec notre ministère de tutelle, le ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, le Groupe OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique en collaboration avec le Centre de recherche allemand Fraunhofer et avec le soutien de la coopération allemande.
La plateforme visera à accompagner l’écosystème du Power to X au Maroc et se positionnera comme le noyau d’un cluster R&D, Innovation et Intégration Industrielle pour l’écosystème de l’hydrogène au Maroc. L’objectif sera de préparer le terrain et de maximiser le contenu local et l’intégration industrielle.

Vous travaillez sur des thématiques stratégiques comme la mobilité électrique, la biomasse… quels sont les principaux projets sur lesquels vous travaillez ?

Effectivement, compte tenu du caractère stratégique de la R&D dans le secteur du développement durable, nous avons lancé des appels à projets spécifiques et nous mettons en place de nouvelles infrastructures de recherche et d’innovation mutualisées.
Notre nouvelle plateforme de recherche dans le domaine des bâtiments verts, des réseaux intelligents et de la mobilité durable, le Green & Smart Building Park nous permettra de traiter des sujets prioritaires tels que la mobilité électrique et plus précisément l’intégration de la mobilité électrique au réseau, le couplage des énergies renouvelables à la mobilité électrique et le stockage électrochimique afin d’accompagner la transition vers la mobilité électrique. Le département de prototypage électronique du Green Energy Park ainsi que le département de mobilité électrique de l’Iresen travaillent sur les infrastructures de recharge dans le cadre de plusieurs projets et sont notamment en train de finaliser une borne de recharge de voitures électriques 100% marocaines prête à la production industrielle avant la fin de l’année.

Le village solaire de Benguerir, installé également au niveau du Green & Smart Building Park, constituera également un instrument effectif d’accompagnement de la stratégie énergétique nationale à travers la validation, l’adaptation et l’optimisation de matériaux de construction et de solutions technologiques pour la réduction de la consommation énergétique dans le secteur du bâtiment.
Afin d’accompagner la stratégie nationale de la biomasse, en cours de finalisation, et dont les contours ont été présentés en avril 2020 par M. Aziz Rabbah, ministre de l’énergie, des mines et de l’environnement, nous préparons également le projet d’une plateforme dédiée à ce secteur au niveau de la Région de Fès et qui sera hébergée par l’Université Euméditerranéenne de Fès.

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