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Burkina Faso : La SEERA ouvre ses portes – L’Actualité du Burkina 24h/24

.1 La technologie photovoltaïque exploite le rayonnement solaire pour produire de l’électricité, pas la chaleur, qui au contraire est l’ennemie de cette technologie puisque la chaleur réduit considérablement le rendement de ce type de dispositif de production (en moyenne, 0,6 % par degré supplémentaire au-delà de 25 degrés). À quoi bon entretenir officiellement cette confusion ?

.2 Pas un mot sur les économies d’énergie, et donc pas de programme national digne de ce nom, ce qui montre combien le Burkina est dans une posture productiviste en matière de politique énergétique. Au lieu de fermer la fenêtre (ce que ferait toute personne raisonnable et attaché à l’intérêt général), on augmente le nombre de climatiseurs pour rafraîchir l’atmosphère. Qui paie la facture in fine ? Et qui a véritablement accès à cette fraîcheur dans la masse de la population ?

.3 Laisser croire que la transition énergétique de la sous-région passe par les énergies intermittentes (vraie caractéristique de l’énergie solaire) est une manipulation politique. L’essentiel de l’offre sous-régionale à installer repose sur des sources fossiles, notamment le gaz, le pétrole, voire le charbon. Pourquoi taire cette réalité ?

.4 Pour vous en convaincre, demandez-vous quelle est la part du fossile et la part de l’intermittent dans l’électricité que le Burkina importe pour combler son déficit chronique d’électricité. C’est parce que les pays voisins ont des capacités à source fossile supérieures et modernes, et qu’ils investissent dans ces technologies, que le Burkina peut se permettre le “luxe” de céder aux sirènes du solaire PV. Pour quels intérêts privés ?

.5 La seule transition énergétique viable pour le développement économique, et spécifiquement industriel, du Burkina et de la sous-région est le gaz, transformé dans des centrales à flamme optimisées. Jamais aucune source intermittente ayant un rendement 6 à 8 fois inférieur à une source fossile comme le gaz ne parviendra à couvrir la demande en électricité d’un pays en développement. Entre l’énergie “propre” (dont les pays développés ont besoin) et l’énergie en quantité (dont les pays Africains ont besoin), il faut choisir… Qui supportera les conséquences de ce choix ?

.6 Les cellules en mono ou poly cristallin reposent sur une technologie obsolète, dont le seul atout reste la faiblesse du coût en raison de la surproduction mondiale, notamment par la Chine qui doit absolument vendre du panneau solaire pour faire tourner ses usines et éviter la surchauffe sociale, voire politique. Idem pour les batteries, toutes technologies étrangères qui éventrent le sous-sol africain pour y trouver les métaux rares dont elles ont besoin pour fonctionner. Où est le bénéfice à moyen terme pour le continent et ses populations ?

.7 Pour l’essentiel, dans une perspective d’industrialisation, l’électricité PV n’a de sens qu’en injection directe (sans stockage par batterie), en général au maximum 6 à 7 heures par jour, ce qui suppose une source principale non intermittente.
Tabler sur des dispositifs avec stockage relève d’une politique destinée à satisfaire la demande domestique avec une électricité dont le coût est nécessairement plus élevé, y compris sur le long terme. Là encore, qui est comptable de ce choix et des conséquences de celui-ci sur le potentiel de développement du pays ? Ou plus concrètement, sur la création d’emplois à forte protection sociale ?

.8 Au lieu d’augmenter la dépendance du Burkina vis-à-vis de technologies obsolètes, peu efficaces et sans efficience prouvée à moyen terme, tout en réduisant sa souveraineté énergétique par l’importation massive d’électricité pour l’essentiel d’origine fossile, il vaut mieux sauter le pas du solaire PV (ou le renvoyer à la sphère domestique en aggravant les inégalités d’accès à l’électricité …) et concentrer les investissements sur des centrales à flamme de dernière génération, très peu polluantes et utilisant des combustibles issus du sol africain, comme le gaz et le pétrole.

.9 Qui a décidé que la politique énergétique des pays africains, et singulièrement du Burkina au regard du tropisme photovoltaïque qui y est à la manœuvre, devait d’abord répondre à ces deux objectifs au détriment de leur développement, notamment industriel :
> aider les producteurs mondiaux de panneaux et de batteries à faire tourner leurs sur-capacités de production, en particulier en Chine, en achetant des produits en fin de vie technologique ;
> être la variable d’ajustement écologique des pays développés (Amérique du Nord, Europe et Asie) pour permettre à ceux-ci de continuer à produire et à vivre selon le même modèle de prédation économique sur l’ensemble de la planète et de ses peuples ?
Qui est complice de cette imposture qui consiste à faire passer les intérêts privés de ceux qui financent (avec une générosité trop lâche pour être honnête) avant les intérêts stratégiques des peuples africains ?

.10 Il est cocasse de vanter la puissance énergétique de la Chine pour justifier l’option de l’électricité PV alors que le développement de ce pays est tout entier dû à l’exploitation, à outrance et au détriment de la santé de sa propre population, des sources fossiles, et qu’aujourd’hui encore la Chine base son impérialisme économique sur un tissu industriel alimenté pour l’essentiel par de l’électricité d’origine fossile. Qui peut croire que ce qui reste un gadget dans le modèle économique de la Chine puisse être une priorité pour les pays africains censés emprunter la même voie de développement que cette superpuissance soudain préoccupée par le confort de l’Afrique profonde ?

.11 La politique énergétique des pays africains doit être décidée pour le plus grand nombre d’Africains et par le plus grand nombre d’Africains, et non pas par un lobby du solaire servant d’abord les intérêts immédiats de pays ou d’industries pour qui le sort de l’Afrique est une virgule après la virgule.

.12 L’avenir industriel de l’Afrique, et du Burkina, passe par une politique énergétique tournant résolument le dos au solaire, investissant massivement dans la filière gaz et autres sources fossiles africaines (sans parler du nucléaire à fission dont la matière première est en partie africaine), et à moyen terme se préparant à prendre le train d’énergies résolument renouvelables, la fusion nucléaire et l’hydrogène (avec là une exploitation du capital solaire dans un cadre industriel orienté vers l’exportation).

.13 À trop regarder le soleil en face, on finit par se brûler les yeux ; on sait pourtant ça dans un pays comme le Burkina où le soleil est la chose la mieux partagée. Ce qui vaut pour ses femmes et ses hommes vaut pour le pays lui-même, sauf que quand un pays est rendu aveugle , c’est toutes ses femmes et ses hommes qui le sont, et pour un temps bien plus long qu’une génération…

Muriel Berg
Conseil stratégique

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