Climat : comment revoir les schémas de production – Sciences et Avenir

Cet article est extrait du dossier « Climat il faut agir » issu du mensuel Sciences et Avenir – La Recherche n°885, daté novembre 2020.

Les énergies renouvelables

Le défi est immense. Avec le recul de la part du pétrole, du charbon et du gaz, celle de l’électricité dans la consommation finale d’énergie va passer au niveau mondial de 20 % aujourd’hui à 50 % en 2070 selon les chiffres publiés en août dernier par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cela signifie que tous les ans, il faudra ajouter en production l’équivalent de la consommation électrique du Mexique et du Royaume-Uni, soit 30.000 milliards de kWh sur 50 ans alors que la consommation actuelle est de 24.000 milliards ! L’AIE affirme que cette production peut être assurée par les énergies renouvelables, avec un « panier » de sources mêlant l’éolien, le solaire, la biomasse, l’hydrogène. L’agence table aussi sur les économies d’énergie et l’amélioration des performances des machines.

En France, l’objectif de neutralité carbone (c’est-à-dire une stricte égalité entre émissions et absorption des gaz à effet de serre) en 2050 est inscrit dans la loi depuis 2004. La dernière « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE) couvrant la période 2019-2028, prévoit une baisse de 35 % de la part du pétrole, du gaz et du charbon en 2028 par rapport à 2012, une baisse de 16,5 % de la consommation finale d’énergie, et un doublement des capacités installées des énergies renouvelables.

Quatre à six réacteurs nucléaires devront fermer sans recours aux énergies fossiles pour les remplacer. Mais ce scénario a été bousculé par la crise du coronavirus : l’Union européenne a fait passer de 40 % à 55 % l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Il ne sera atteint que si la baisse brutale de l’activité économique en 2020 est suivie d’une reprise réellement « écologique ».

L’économie circulaire

Faire du déchet une matière première. C’est le but de l’économie circulaire.

Au schéma linéaire qui va de l’extraction d’une matière à sa mise en décharge, l’économie circulaire oppose un circuit où le déchet est réutilisé pour éviter d’épuiser les ressources de la planète. En France, 107 millions de tonnes de papier-carton, verre, plastique, métaux ferreux et non ferreux, bois, textiles, solvants ont été récupérées en 2018 pour être orientées vers des filières de recyclage. Le chiffre peut paraître élevé mais en réalité, la France est en retard sur les objectifs assignés en 2008 par l’Union européenne : alors qu’elle devait recycler la moitié de ses déchets ménagers en 2020, elle n’en recycle encore que 45 %. L’Allemagne, elle, atteint les 70 %. Pis, pour ce qui est du plastique, le taux plafonne à 26 %, le plus mauvais score européen.

La loi sur l’économie circulaire promulguée le 10 février 2020 entend corriger cette situation en promouvant l’écoconception, l’écologie industrielle qui favorise le partage des ressources (eau, chaleur, résidus de fabrication) entre industries voisines et l’économie de la « fonctionnalité », c’est-à-dire l’incitation à vendre un service plutôt qu’un bien. L’écoconception progresse.

Des start-up issues d’universités comme Carbiolice (université de Toulouse) ou de centres de recherche comme Jeplan (Institut français du pétrole) développent des démonstrateurs de recyclage et de régénération des plastiques.

La « décarbonation » de l’industrie

Comment ne plus émettre de CO2 quand on fabrique du ciment, de l’acier ou du verre ? Ces filières industrielles dites énergo-intensives comprennent également l’aluminium, le chlore, l’éthylène et ses associés, l’ammoniac, le papier-carton et le sucre. En France, ces secteurs ont émis 79 millions de tonnes de CO2 en 2017 soit 17 % du bilan national. La décarbonation de leurs procédés de fabrication se heurte à deux difficultés. La première est que les techniques plus modernes exigent des dépenses très importantes avec des retours sur investissements lointains qui font hésiter les industriels comme les banquiers qui peinent à prendre en compte les enjeux de la réduction des gaz à effet de serre.

En France, l’Ademe est en train de compiler les techniques qui permettent de réduire les émissions comme le remplacement d’une chaudière au fioul fossile par un modèle fonctionnant au bois (renouvelable). Le secteur cimentier français (5 entreprises pour une production de 16,5 millions de tonnes de ciment par an sur 27 sites) est le premier à avoir bénéficié de la démarche. Les solutions « bonnes pour le climat » vont de la rénovation des process les plus anciens, à l’alimentation des fours par des déchets (pneus usagés, rebuts industriels) en passant par la baisse du taux d’utilisation de calcaire et d’argile. Ainsi, la technique de la « voie sèche » avec capture et stockage du CO2 permet d’abaisser de 95 % les émissions, mais pour un investissement de près de 400 millions d’euros. « Avec ces renseignements, les financiers savent qu’ils orientent leurs fonds vers une action pour le climat et peuvent le faire savoir, précise Gaëtan Cals, promoteur de la démarche à l’Ademe. Et ils peuvent également rassurer les épargnants sur la bonne utilisation de leur argent. »

« Zéro déchet » : une consommation responsable

Le « zéro déchet » s’appuie sur des principes rigoureux. Il passe par une « consommation responsable » ou l’acheteur prend en compte la durée de vie du produit et évite les marques pratiquant « l’obsolescence programmée ». Il se poursuit avec l’allongement de la durée d’usage qui prend diverses formes : seconde utilisation grâce à des recycleries, réparation, marché de l’occasion. Le recyclage n’est ainsi que l’ultime solution pour un produit en fin de vie.

Pour en savoir plus :

Loi et définition de l’économie circulaire : sciav.fr/885ecocirc

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