Comment Schneider Electric scrute ses impacts environnementaux – Transition énergétique – L’Usine Nouvelle

« Le baromètre 2021-2025, que nous développons, nous emmènera à la neutralité carbone. Mais Schneider Electric souhaite aussi se positionner comme l’une des entreprises les plus diverses et inclusives de la planète« , annonce Olivier Blum. Nommé directeur général de la stratégie et du développement durable, siégeant au comex, l’homme est en train de fixer les prochains objectifs de responsabilité sociale et environnementale (RSE) du groupe. Il se veut ambitieux, car Schneider Electric est habitué des palmarès saluant son engagement responsable, devenu marque de fabrique. « Depuis plus de quinze ans, le développement durable est un pilier clair de notre stratégie. Notre activité consiste à aider nos clients à tirer le meilleur parti de l’énergie, mais aussi à se transformer de manière durable. »

Index trimestriel

Pour conduire sa transformation responsable, Schneider développe depuis 2005 un baromètre original. Nommé Schneider sustainability impact, il fixe dans cinq grands secteurs – le climat, l’économie circulaire, la santé et l’équité, l’éthique et le développement – les objectifs du groupe à moyen terme. Dont 21 à atteindre d’ici à fin 2020.

Réduction des accidents du travail, fin du packaging plastique, formation des employés… En fixant des cibles précises et en communiquant sur ses résultats extra-financiers chaque trimestre, Schneider rend des comptes. « C’est aussi un outil de management, souligne Gilles Vermot-Desroches chargé du développement durable. Cela simplifie la RSE et permet d’embarquer tous nos collègues. » L’incitation est aussi financière : ce baromètre module un cinquième de la rémunération variable des managers, et participe à la rémunération à long terme du top management.

Parmi les cibles : accorder à 99 % des salariés des congés familiaux ou encore former 400 000 personnes aux métiers de l’énergie. Si la tâche semble parfois facile, « la première étape est toujours de mesurer », pointe Gille Vermot-Desroches. Pas si simple avec plusieurs centaines de sites dans le monde. Par exemple, pour connaître les inégalités de salaires entre hommes et femmes, Schneider a dû mettre en place un nouveau système informatique avant d’y associer un budget spécialement dédié pour réduire les écarts.

Mais le business du groupe en fait surtout un bon élève de la transition énergétique. Né sidérurgiste au XVIIIe siècle, Schneider porte, depuis 1999, l’épithète Electric pour signaler sa nouvelle orientation autour de l’électrification, de l’efficacité énergétique et de la digitalisation. En croissance constante, l’entreprise vante ses résultats : 120 millions de tonnes de dioxyde de carbone évitées chez ses clients entre 2018 et 2020 et un chiffre d’affaires composé à 70 % d’activités positives pour le développement durable. « Au fil des ans, Schneider a développé une démarche de RSE structurée et robuste : elle permet de voir la corrélation entre l’essence même de l’activité économique et le progrès social et environnemental », analyse Élisabeth Laville, la fondatrice de l’agence de conseil Utopies, qui a travaillé avec le groupe et vante son engagement sociétal.

Un engagement porté par des valeurs, mais aussi par un « rôle d’exemple nécessaire pour être crédible », note Gilles Vermot-Desroches. Achat d’énergies renouvelables, développement d’appareils sans gaz SF6 (l’hexafluorure de soufre), électrification des véhicules… Grâce aux différentes mesures promues par le baromètre, Schneider a réduit ses émissions opérationnelles de 37 % entre 2017 et 2019. Un rythme nécessaire pour rendre sa production compatible avec une trajectoire de réchauffement limitée à 1,5 °C en 2100 . L’industriel s’est récemment engagé à compenser les émissions de carbone issues de ses opérations dès 2025, et de les amener à zéro en 2030. Du côté des émissions indirectes (incluant le transport et les matériaux de fabrication), qui représentent 90 % de son empreinte et ne diminuent guère, Schneider travaille avec ses partenaires pour les amener à zéro d’ici à 2050. Et innove : les produits green premium, moins polluants et plus transparents sur leurs impacts, devraient représenter 75 % de ses ventes d’ici à la fin de l’année.

Adhérent au Pacte mondial de l’ONU

Une entreprise exemplaire ? Oui, mais « Schneider reste trop discret, modère Élisabeth Laville, on pourrait attendre un lobbying plus positif et proactif en faveur de la transition énergétique ». Certes, Jean-Pascal Tricoire, à la tête de Schneider depuis 2006, est actif dans le Pacte mondial – une initiative des Nations unies visant à inciter les entreprises à la responsabilité –, mais contrairement à Danone, le groupe ne se fait pas porte-drapeau de la transition énergétique. Sa raison d’être, axée sur l’efficacité et l’accès à l’énergie, ne fait pas mention du développement durable. Anecdotique ? « La raison d’être interroge l’entreprise sur les marchés auxquels elle est prête à renoncer », souligne Élisabeth Laville. Schneider optimise et automatise encore des installations pétrolières. Pas de contradiction, juge Gilles Vermot-Desroches, pour qui « il vaut mieux que ces installations soient les plus efficientes et les plus sûres possible ». Le groupe affirme que 70 % de son chiffre d’affaires a un impact positif sur le développement durable. Un taux qui atteindrait 90 % concernant son investissement dans l’innovation. Positionné en B to B, donc peu connu du grand public, Schneider a peu d’intérêt à prendre des positions qui pourraient le priver de marchés. Reste à voir si la montée en puissance sociétale et réglementaire des enjeux de durabilité, à laquelle Schneider participe, pourrait changer la donne.

Clarifier ses objectifs climats

En septembre 2019, lors de la Climate Week à New York, Schneider annonçait que ses objectifs d’émissions seraient désormais compatibles avec un réchauffement climatique limité à 1,5 °C d’ici à 2100. Comme l’y incite l’accord de Paris. Mais comment compter ? Depuis 2015, l’initiative Science based targets, qui fixe des objectifs fondés sur la science, aide les entreprises à y voir plus clair. Grâce à des méthodes standardisées, elle traduit les budgets carbones globaux (à ne pas dépasser pour limiter le réchauffement planétaire) en cibles individuelles, à court et moyen terme, à destination des entreprises, en prenant en compte les particularités économiques et sectorielles de chacune. Les enjeux de la production électrique n’étant pas ceux de la sidérurgie. Ce travail, fondé sur des modèles, ne permet pas de garantir la diminution effective du réchauffement climatique, mais permet d’évaluer et de certifier les engagements des firmes, ainsi que de promouvoir l’action du secteur privé. Chaque entreprise travaillant avec ses fournisseurs pour réduire son propre impact. En France, huit entreprises dont Schneider, L’Oréal et Decathlon sont alignées avec une trajectoire à 1,5 °C. Vingt-cinq autres ont déposé des trajectoires compatibles avec un réchauffement à 2 °C, et une trentaine est en cours de validation.

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