Dans l’électricité, il y a beaucoup de nuances de vert – Journal La Croix

Après avoir été un peu ralentie au printemps avec la crise sanitaire, l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité est repartie de plus belle. Au troisième trimestre de 2020, 457 000 clients résidentiels ont ainsi quitté les tarifs réglementés d’EDF, selon les statistiques publiées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Au total, 10,2 millions de foyers, soit près d’un sur trois, ont ainsi déjà souscrit à une offre de marché pour leur électricité. Tous ont l’embarras du choix. Selon le recensement effectué par le médiateur de l’énergie, il y a désormais une cinquantaine de fournisseurs.

Le vert dope la concurrence

Mais il est aussi de plus en plus difficile de s’y retrouver. Les écarts de prix se sont resserrés et les arguments marketing se ressemblent. Depuis deux ans, les offres d’« électricité verte », se sont ainsi multipliées et expliquent en grande partie le développement de la concurrence sur le segment résidentiel, estime la CRE, dans une étude publiée le 23 novembre.

À la fin 2019, elle recensait 3,9 millions de souscriptions à une offre 100 % verte, soit 1 million de plus en l’espace d’un an. Le rythme est resté le même en 2020 et plus d’une offre de marché sur deux est « verte » désormais. « C’est aujourd’hui une tendance lourde dans l’énergie, au même titre que le bio et les circuits courts dans l’alimentation. Les consommateurs veulent savoir où et comment ont été produit leur gaz et leur électricité », affirme Albert Godinach, le PDG de Planète Oui, un des pionniers du secteur sur ce segment.

Problèmes de traçabilité

En théorie, l’électricité verte provient des énergies renouvelables, c’est-à-dire des barrages, du solaire, de l’éolien ou encore de la biomasse. Mais dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué.

« Une fois injectée dans le réseau, l’électricité ne peut pas être tracée », rappelle Sylvain Le Falher, le fondateur d’Hellowatt, qui vient de mettre en place un comparateur détaillé de toutes les offres vertes. Beaucoup de fournisseurs profitent de cette particularité physique des électrons pour induire en erreur les consommateurs, où en tout cas, ne pas les informer clairement, en abusant des « certificats de garantie d’origine ».

Marché de garanties d’origine

Rien d’illégal dans tout cela. Ce mécanisme a été mis en place pour encourager le développement des énergies vertes. Chaque producteur se voit ainsi accorder une petite rémunération complémentaire, via des certificats de garantie d’origine en fonction des volumes d’électricité renouvelable qu’il met sur le réseau. Ces garanties d’origine se négocient de gré à gré sur le marché européen.

Autrement dit, des fournisseurs peuvent alimentent leurs clients « en offre verte », avec une production achetée sur le marché (qui est donc essentiellement nucléaire en France, mais peut provenir à certains moments de gaz ou de charbon) tout en récupérant des certificats, qui ne coûtent pas cher (entre 30 et 50 centimes le mégawattheure) à des opérateurs de renouvelables, qui ont des installations amorties depuis longtemps, comme des barrages en Scandinavie.

L’Ademe réclame un label

Déplorant un système « peu lisible », la CRE vient ainsi de lancer une mise en garde. Elle évoque un « risque de confusion » pour les consommateurs qui imaginent qu’en souscrivant des offres vertes, ils participent « de manière volontariste au développement des ENR » en France.

De son côté, l’Agence de la transition écologique (Ademe) plaide pour la mise en place d’un « référentiel ». Il y aurait d’un côté « les offres premium » dans lesquelles les garanties d’origine et l’électricité sont achetées au même producteur, la plupart du temps en France, et de l’autre, les « offres standard », où les deux sont découplées.

L’Ademe plaide même pour la création d’un label, qui pourrait voir le jour en septembre 2021. Mais rien n’est encore calé. La CRE plaide notamment pour que ce label encourage d’abord « la construction de nouvelles installations de production renouvelable ». Pour chercher à se démarquer dans un contexte de forte concurrence, de plus en plus de fournisseurs semblent prêts à jouer le jeu.

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Ellipse investit pour les énergies renouvelables – Essor Loire

le 17 janvier 2021 - Laurie Joanou - Immobilier et BTP @Ellipse - Ellipse est…

5 heures ago

Le Matin – L’Irena tient sa 11e session dans un contexte contrasté – LE MATiN

La transition énergétique comme un investissement dans un avenir résilient constitue l’axe principal autour duquel…

6 heures ago

Un bivouac plus « écolo » sur le Dakar d’ici 2024 – Motorsport.com Suisse

Le Dakar veut devenir plus vert. ASO, organisateur de l'épreuve, a annoncé sa volonté d'avoir…

7 heures ago

Le solaire sera-t-il le nouveau Roi des énergies ? Solaire – Révolution Énergétique

L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a publié ce 13 octobre son traditionnel rapport annuel : le…

8 heures ago

EDF: nouvelle mobilisation des syndicats mardi pour protester contre le projet « Hercule » – BFMTV

Les syndicats organisent mardi une nouvelle journée de mobilisation contre le projet "Hercule" qui prévoit…

12 heures ago

Alerte sur les systèmes électriques en Europe – Journal La Croix

L’Europe risque-t-elle de manquer de courant en 2030 ? C’est la question posée par France…

14 heures ago

This website uses cookies.