Éolien en mer: l’UE fixe un cap ambitieux, suspendu à de colossaux investissements privés – Le Journal de Québec

L’UE propose de multiplier par 25 d’ici 2050 ses capacités dans l’éolien en mer, pour tenir ses engagements climatiques et conserver son avance dans le secteur: une ambition qui devra convaincre industriels, investisseurs et organisations environnementales.

La Commission européenne a dévoilé jeudi une feuille de route proposant de porter la capacité de production éolienne en mer en Europe de 12 gigawatts, actuellement à 60 GW d’ici 2030, puis 300 GW d’ici 2050 (soit cinq fois le parc nucléaire français), tout en portant à 40 GW les autres énergies marines (solaire flottant, énergie marémotrice…).

Un impératif pour atteindre la neutralité carbone d’ici trente ans: « Actuellement, 1/5 de l’énergie dans l’UE vient de sources renouvelables. Ce devra être la moitié d’ici 2050 pour alimenter une économie zéro carbone », explique la commissaire à l’Energie Kadri Simson.

Le continent dispose de « vastes bassins maritimes », de la façade atlantique à la mer Noire. Reste le coût colossal: ces objectifs audacieux nécessiteront 800 milliards d’euros d’investissements, « dont deux tiers pour financer les infrastructures de réseau, et un tiers pour la production d’électricité en mer », estime la Commission.

Besoin d’infrastructures portuaires

Certes, 37% du plan de relance européen post-Covid de 750 milliards d’euros seront dédiés à des dépenses « vertes ». Mais les fonds nécessaires « devront provenir essentiellement d’investissements privés », auxquels il faudra « donner les bons signaux », a observé Frans Timmermans, vice-président de la Commission chargé du Pacte vert.

En clair: maintien d’aides d’État conséquentes, un « cadre juridique clair et attrayant » ainsi qu’une « clarification » des règles encadrant le marché de l’électricité, pour garantir la rentabilité des projets et réduire les risques des investisseurs.

La fédération France Energie Eolienne réclame une « visibilité de long terme » propre à stimuler les investissements.

Mais l’équation s’annonce complexe: « Il faudra des investissements énormes pour les connexions en mer et le renforcement du réseau sur terre », explique-t-on chez WindEurope, lobby européen du secteur.

En outre, « il faudra investir 6,5 milliards d’euros dans les ports sur les dix prochaines années, tous les équipements pour les éoliennes y transitent, nécessitant beaucoup d’espace, des quais pour des lourdes charges, des mouillages profonds ».

Le coût global de l’énergie éolienne en mer a chuté de 44% en dix ans, et évoluait entre 45 et 79 euros le mégawattheure en 2019. « Mais cela suppose de lourds investissements au démarrage. Minimiser les coûts de financement est crucial, et la stabilisation des revenus (sur la durée) est centrale » pour décrocher des taux bas auprès des banques, explique Giles Dickson, patron de WindEurope.

« Trop timide »

Pour Bruxelles, l’enjeu est également stratégique: « Les énergies renouvelables en mer sont déjà une réussite européenne, avec un leadership technologique et industriel », a rappelé Frans Timmermans.

Plus de 40% des capacités mondiales d’éolien en mer se situent en Europe, et quelque 90% des capacités européennes ont été produites par des entreprises basées dans l’UE. Les Européens détiennent aussi 66% des brevets du globe dans l’énergie marémotrice.

Même les États enclavés en bénéficient, avec la fabrication de tours, câbles et composants d’éoliennes en Autriche, République tchèque ou les régions intérieures de France et d’Allemagne. Selon WindEurope, quelque 77 000 personnes en Europe travaillent pour le secteur, un nombre qui pourrait s’élever à 200 000 si la stratégie de l’UE se concrétise en 2030.

Il s’agit aussi de ne pas se laisser distancer: le décollage de l’Asie (plus de la moitié des nouvelles capacités d’éoliennes offshore cette année sont en Chine) menace la domination européenne… mais lui offre également des débouchés prometteurs.

Si les organisations environnementales saluent l’encouragement aux énergies vertes, certaines s’inquiètent de l’impact sur les fragiles écosystèmes marins.

« La Commission pourrait bien exagérer nos besoins énergétiques futurs: nos projections estiment qu’une capacité d’éolien marin de 150 GW serait suffisante pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2040 si d’autres mesures sont en place », avance Jonathan Carbonado de l’European Environmental Bureau.

À l’inverse, l’eurodéputé vert Damien Carême juge la stratégie « pas assez ambitieuse »: l’objectif intermédiaire de 2030 est « trop timide » alors « que nous avons besoin de 450 gigawatts pour atteindre la neutralité climatique », tacle-t-il.

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