Est-il trop tard pour investir sur Air Liquide et son expertise dans l’hydrogène? – BFM Bourse

(BFM Bourse) – Guillaume Bayre, journaliste pour le site BFM Bourse, a répondu vendredi 9 octobre aux questions des auditeurs sur BFM Business.

Question d’Aurélie : Quelles perspectives pour le titre Wavestone, puis-je encore acheter ?

Guillaume Bayre : Wavestone est l’un des premiers acteurs indépendants du marché français du conseil. Appelée Solucom à l’origine, l’entreprise a longtemps progressé avec une régularité de métronome, acquérant en 2016 une nouvelle dimension avec la reprise les équipes européennes de l’américain Kurt Salmon, un pionnier du conseil. Reflétant cette croissance de premier ordre, assortie d’une solide rentabilité, entre 2013 et 2018, le titre a gagné plus de 1.000%. Mais à partir de 2018/2019, la trajectoire de croissance s’est brutalement effritée.

Le problème est que Wavecom n’arrive pas vraiment à grandir à l’international, où il ne réalise que 15% de son chiffre d’affaires. Commercialement l’entreprise reste trop exposée aux grandes entreprises françaises du CAC 40, notamment le secteur financier où cela ne va pas forcément très bien en ce moment, ainsi qu’aux entreprises publiques (SNCF, La Poste). Le groupe a atteint une sorte de plafond sur ce marché français, attendu en forte baisse cette année. Si on se réfère aux objectifs stratégiques qui étaient de réaliser 500 millions d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2021 (dont 100 millions à l’international) avec une marge opérationnelle courante de 15%, ils apparaissant totalement hors de portée désormais. Depuis quelques mois, le titre semble redresser la tête en Bourse mais il s’agit plutôt d’un rattrapage de l’excès baissier de mars, grâce à l’annonce d’une activité moins dégradée que prévu au 2e trimestre. Le titre semble déjà bien payé entre 24,50 et 26,50 euros.

Question de Shozan : Un de vos interlocuteurs a recommandé la valeur Siemens Gamesa. Or cette valeur semble cotée sur plusieurs places (Madrid et Francfort). Sur quelle place et avec quel code faut-il l’acheter, sachant qu’elle semble avoir le même code ISIN (Xetra et Francfort)?

Si vous voulez jouer la thématique des énergies renouvelables, Siemens Gamesa est quasi-incontournable. L’entreprise est issue de la fusion des actifs de Siemens dans l’éolien avec le pionnier espagnol Gamesa (Grupo Auxiliar Metalúrgico SA). Siemens Gamesa devrait réaliser un chiffre d’affaires proche de 10 milliards d’euros pour son exercice décalé qui vient de se clôturer au 30 septembre. Et dispose d’un carnet de commandes record de 31,5 milliards d’euros. Par contre, il y a une petite confusion. Siemens Gamesa est bien cotée en Espagne. C’est même un des titres qui composent l’indice phare espagnol Ibex 35. Mais c’est sa maison-mère Siemens Energy AG qui est cotée à Francfort (Xetra est tout simplement le nom de la plate-forme d’échanges électroniques de Deutsche Börse à Francfort).

Donc Shozan pour investir sur Siemens Gamesa c’est bien sur la Bourse de Madrid que vous devez vous diriger avec le code ISIN ES0143416115. Par contre si vous avez un ISIN qui commence par DE vous êtes a priori sur la maison mère Siemens Energy (DE000ENER6Y0), qui détient 67% de Siemens Gamesa mais qui a par ailleurs son propre business dans les équipements dédiés à tous types de centrales.

Question de Cyril : Après LVMH et Hermès, Kering passera-t-il à son tour devant Total en capitalisation boursière ? Comment jouer ce mouvement: à travers de nouvelles baisses à venir de Total ou plutôt une hausse accélérée de Kering ?

Aujourd’hui à un peu moins de 80 milliards d’euros de capitalisation, Total se classe derrière LVMH, L’Oréal, Sanofi et Hermès, c’est-à-dire numéro 5 des grandes capitalisations tricolores, et Kering n’est plus qu’à 5 ou 6 milliards derrière lui. C’est tout à fait possible qu’on voie le groupe de luxe venir titiller ou dépasser Total. D’ailleurs l’équipe d’analystes de BFM Bourse a proposé récemment une stratégie visant à profiter du repli de Total. À court terme la situation de Total est encore fragile. On a une sorte d’appel du vide avec un gap entre 26,50 et 28 euros qui remonte au printemps dernier et qui pourrait être comblé.

Mais si vous vous placez dans une perspective de détention à long terme, il ne faut pas sous-estimer Total. En effet à chaque fois qu’on croyait que Total allait se ringardiser, le titre est toujours revenu sur le devant de la scène, au moins dans le peloton de tête du CAC 40. En 1999 France Télécom ou Alcatel éclipsaient le pétrolier. En 2008 en pleine crise des matières premières c’était EDF qui lui tenait la dragée haute… Mais à chaque fois la situation s’est retournée. Attention à ne pas enterrer le géant pétrolier tricolore trop vite. D’une part parce qu’un baril à 40 dollars c’est quand même dans une perspective historique une anomalie à la baisse et qu’on n’est pas à l’abri d’un petit choc d’offre qui renchérirait le brut et doperait les revenus donc la valorisation de Total. D’autre part, Total a récemment détaillé des objectifs très ambitieux pour devenir un fournisseur « multi-énergies », dont la croissance à l’avenir viendra d’abord des renouvelables.

Question de Quentin : OPA de Veolia : est-ce que le cours de Suez va s’aligner automatiquement sur le prix?

L’affaire Suez Veolia n’est pas la plus facile à appréhender si on veut jouer les arbitragistes. Premier point et non des moindres pour le moment, il n’y a pas formellement d’OPA. Veolia projette de racheter non pas toute la participation d’Engie dans Suez mais seulement 29,9% du capital. C’est précisément pour ne pas franchir le seuil de 30% qui l’obligerait à lancer aussitôt une offre publique. L’offre publique ne pourrait intervenir que d’ici 12 à 18 mois parce que Veolia pense avoir besoin de ce délai pour obtenir les autorisations réglementaires nécessaires et notamment de la part des autorités de la concurrence. Il veut être sûr d’avoir le feu vert avant de procéder à l’acquisition (on n’est pas obligé de procéder dans cet ordre mais c’est toujours plus sûr, on rappelle que par le passé Schneider avait réussi une OPA amicale sur Legrand, mais la Commission européenne avait mis son veto et toute l’opération avait dû être détricotée).

En outre on a appris vendredi que le tribunal judiciaire de Paris (le nouveau nom du tribunal de grande instance) a suspendu l’acquisition par Veolia du premier bloc de 29,9% vendu par Engie tout simplement parce que, dans la confusion, il semble que les instances représentatives du personnel n’ont tout simplement pas été consultées. Ça n’enterre pas forcément l’opération mais c’est quand même une énorme boulette. Evidemment ça apporte de l’eau au moulin de Suez qui fera tout pour ne pas être racheté.

Question de Mathieu : Est-il trop tard pour investir sur Air Liquide compte tenu de son beau parcours ? L’hydrogène pourrait-il lui donner des ailes en bourse?

La question de la cherté d’Air Liquide est récurrente. Il y a quinze jours c’est Jacques qui s’interrogeait sur le potentiel du titre. Et la réponse, globalement, est immuable: c’est toujours le bon moment de commencer à investir sur Air Liquide. Pas la peine de se faire des nœuds au cerveau, si vous voulez du rendement, si vous voulez une appréciation du capital à long terme, c’est vraiment le titre qui a fait ses preuves et ce depuis 1913.

L’hydrogène est un gisement de croissance dont l’exploitation ne fait que commencer. Parce que les premiers véhicules électriques à hydrogène ne sont arrivés que depuis quelques années mais cela fait 40 ans qu’Air Liquide travaille sur l’hydrogène. L’intérêt des véhicules à hydrogène c’est qu’à l’usage, ils ne produisent aucune pollution. Il y a des interrogations sur le fait que la production de l’hydrogène au départ est émettrice de CO2. Mais justement, sur ce point, Air Liquide est en train de décarboner sa production d’hydrogène. Dès cette année la moitié de sa production d’hydrogène devrait se faire à partir de ressources renouvelables. Par exemple à partir de biogaz ou de l’électrolyse de l’eau. Donc plus que jamais, on peut miser sur Air Liquide.

Guillaume Bayre – ©2020 BFM Bourse

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