Face à l’intermittence des renouvelables, l’indispensable énergie nucléaire – Valeurs Actuelles

Depuis des lustres, les écolos et autres bobos indécrottables nous présentent les énergies renouvelables comme la panacée. Mais le sont-elles vraiment si l’on se réfère à ce qui s’est passé le 14 août en Californie ? Rappelons que cet État – le plus peuplé des États-Unis avec 40 millions d’habitants – s’enorgueillit d’être un des premiers, si ce n’est le premier, à avoir la moitié de son électricité provenant d’énergies décarbonées (ou non fossiles), contre une moyenne de 20 % en Amérique du Nord. Elle est obtenue à 90 % grâce aux énergies renouvelables, dont un tiers d’éolien et de solaire.

Ce jour-là à 17 heures, des milliers de Californiens sont rentrés chez eux et se préparaient à goûter à un week-end bien mérité. Leur joie n’a été que de courte durée. Parce que les États-Unis battaient chaque jour des records de température (plus de 50 °C), les Californiens ont branché leurs climatiseurs, entraînant une hausse immédiate de la demande d’électricité. Il faut savoir qu’à un instant t , la production doit normalement répondre à la demande d’électricité car il est physiquement et économiquement très difficile, pour ne pas dire impossible, de la stocker. Or au même moment, le rendement de l’énergie solaire commençait à décliner car le soleil se couche à 19 h 30 dans le sud de l’État. Pas de chance non plus côté vent : ce jour-là, il n’y avait pas le moindre souffle pour entraîner les pales des quatre plus grands parcs éoliens d’Altamont Pass, de San Gorgonio Pass, de Tehachapi Pass et d’Alta Wind. En quelques minutes, les producteurs ont perdu 1 480 mégawatts d’électricité et n’ont donc pu fournir suffisamment les opérateurs de réseau électrique. Pacific Gas and Electric (PG&E), San Diego Gas & Electric et Southern California Edison ont demandé à leurs abonnés de réduire leur consommation avant de couper le courant à près de 400 000 foyers. Du jamais-vu depuis une vingtaine d’années !

Voilà de quoi corroborer l’avis de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui, en 2019, estimait que « le développement de l’énergie électrique propre doit être trois fois plus rapide qu’il ne l’est aujourd’hui si l’on veut avoir une trajectoire conforme aux objectifs de développement durable ». Il s’agit de limiter le réchauffement climatique à 1,5-2 °C, ce qui signifie qu’en 2040, 80 % de l’électricité devra être bas carbone (contre 35 % aujourd’hui) alors que, dans le même temps, la demande d’électricité mondiale aura progressé d’au minimum 50 %, explique Dominique Minière en introduction du “Contrat stratégique de la filière nucléaire 2019-2022”. Pour l’AIE, il n’y a qu’un moyen pour y parvenir : le nucléaire.

La durée de vie des réacteurs prolongée jusqu’à 60 ans ?

Une stratégie partagée par Jean-Martin Folz, ancien patron de PSA, qui a remis il y a moins d’un an un rapport après les déboires de l’EPR de Flamanville – 19,1 milliards d’euros estimés par la Cour des comptes (6 fois le coût prévisionnel) et quinze ans de construction (3,5 fois plus de temps que prévu) – et qui encourage globalement la poursuite de la production du nucléaire. « Il s’agit concrètement d’afficher des programmes stables à long terme de construction de nouveaux réacteurs en France et d’entretien du parc existant qui donnent aux entreprises concernées la visibilité et la confiance nécessaires pour qu’elles engagent les efforts d’investissement et de recrutement indispensables », conclut le rapport.

L’AIE a même fixé un objectif : la production du nucléaire devra quasiment doubler d’ici à 2040 (elle ne représente aujourd’hui que 10 % de l’électricité mondiale). Et qu’importe s’il faut allonger la durée de vie des réacteurs (jusqu’à 60 ans) ou construire de nouvelles centrales ; c’est le chemin suivi par la Pologne, le Royaume-Uni et surtout la Chine qui construit 6 à 8 réacteurs par an. Une incitation qui va cependant à l’encontre des idées écologistes – Greta Thunberg, tous sourcils froncés et la moue boudeuse, trépigne, déplorant la perte de temps – et de la stratégie énergétique de certaines économies – en général les plus développées – qui ont compris qu’il fallait réduire leur dépendance aux énergies fossiles pour limiter les émissions de gaz à effet de serre mais ont choisi de privilégier les énergies renouvelables et de délaisser l’atome (l’AIE anticipe la fermeture de 25 % des réacteurs dans le monde ; ils ont aujourd’hui une moyenne d’âge de 35 ans). Quitte à prendre des risques comme la Californie qui, en plus, a laissé progressivement tomber le nucléaire, dont la production a chuté de 44 % entre 1990 et 2018.

L’Allemagne a choisi le camp des énergies renouvelables qui répondent actuellement à 43 % de la demande d’électricité. Elle a prévu d’y investir 500 milliards d’euros d’ici à 2025.

Certains politiques ont sans doute oublié une règle énergétique de base : tout pays doit disposer d’une base d’énergie pilotable, c’est-à-dire qu’elle doit être disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et produite indépendamment de tout contexte extérieur. « Aucun pays ne peut se développer sans énergie fiable, ce qui sous-entend sans coupure », nous explique un expert dans le domaine énergétique. Les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz), hydrauliques et nucléaires sont les seules à rentrer dans cette catégorie. Certaines polluent plus que d’autres et donc contribuent plus que d’autres au réchauffement climatique.

En 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec ou Intergovernmental Panel on Climate Change) a classé les énergies en fonction de leurs émissions de CO2 (le principal gaz à effet de serre). Sans grande surprise, le charbon se classe sur la plus haute marche du podium : il émet 820 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure. Suivent le gaz (490), la biomasse (230), le solaire (41), la géothermie (38), l’hydroélectricité (24), le nucléaire (12) et l’éolien (11). Mention très bien, option bas carbone (hors coût du kilowattheure), pour le nucléaire et, avouons-le aussi, pour les énergies renouvelables avec cependant un sacré hic, le problème d’intermittence : selon les régions en France, l’ensoleillement annuel varie entre 1 400 et 2 900 heures sur un nombre d’heures total d’environ 4 000. L’hydroélectricité est, quant à elle, une énergie à part parce que la plupart des pays concernés – Canada, Suède, Finlande, Norvège en tête – sont arrivés au maximum de ce qu’il était possible de faire en termes de constructions de barrage et donc d’énergie hydraulique pilotable.

L’Allemagne a choisi le camp des énergies renouvelables qui répondent actuellement à 43 % de la demande d’électricité. Elle a prévu d’y investir 500 milliards d’euros d’ici à 2025. Une politique qui ne rencontre guère de succès malgré les milliards déjà dépensés et les forêts d’éoliennes, si on en juge par les émissions de gaz à effet de serre qui restent au niveau de 2009. Parce que la dernière centrale nucléaire sera débranchée en 2022, l’Allemagne, après avoir prolongé la durée de vie des centrales à charbon jusqu’en 2038, a décidé de s’appuyer sur une autre énergie pilotable polluante : le gaz (en provenance de la Russie grâce au pipeline Nord Stream 2). « C’est le paradoxe de l’Allemagne » , poursuit notre expert ; il estime qu’elle commence à redescendre sur terre.

La France devra-t-elle importer de l’électricité (polluante) d’Allemagne ?

En France, l’électricité est à 91 % bas carbone (nucléaire et énergies renouvelables). Il y a aujourd’hui 18 centrales et 56 réacteurs, c’est le choix stratégique décidé à la suite du choc pétrolier des années 1970 et qui a permis d’avoir une indépendance énergétique et de développer une filière nationale. Il y a quelques semaines, la centrale de Fessenheim a fermé, conformément au programme électoral de François Hollande. Mais cela n’a pas eu de conséquences sur l’alimentation en électricité parce que RTE, le gestionnaire de transport d’électricité français, a investi 42 millions en amont pour sécuriser le réseau. À ceci près qu’il est fort probable que, cet hiver, si la demande d’électricité est trop importante, il faille ponctuellement en importer d’Allemagne où la production d’électricité à base de lignite est extrêmement polluante.

« À partir du moment où nous voulons réduire notre dépendance aux combustibles fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre, le nucléaire est indispensable. »

Malgré cela, la fermeture de centrales va se poursuivre dans notre pays : la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, votée en 2015, a fixé des objectifs en termes de diminution de gaz à effet de serre et de production d’électricité. En 2035, seulement 50 % de l’électricité viendra du parc nucléaire, ce qui signifie que 14 réacteurs vont disparaître. Emmanuel Macron l’a confirmé en novembre 2018 lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (c’est la feuille de route énergétique pour les dix prochaines années). Dit autrement, le nucléaire – énergie bas carbone pilotable disponible à toute heure – sera remplacé par la montée en puissance des renouvelables – autres énergies bas carbone, mais cette fois intermittentes. « C’est une hérésie, cela ne présente ni intérêt stratégique ni économique » , dénonce notre expert. « En France et en Allemagne, pays industriels et peuplés, on ne peut pas imaginer avoir des besoins électriques qui sont uniquement fonction de la production éolienne et solaire, ajoute Maxence Cordiez, ingénieur dans le secteur de l’énergie. Il faut certes allumer les lumières chez soi mais il y a aussi tout ce qui concerne l’industrie, les systèmes logistiques, tout ce qui permet d’avoir de la nourriture dans le magasin, etc. À partir du moment où nous voulons réduire notre dépendance aux combustibles fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre, le nucléaire est indispensable. »

L’AIE incitait les pays développés à l’investissement dans les énergies renouvelables solaire et éolienne, mais aussi au maintien des centrales nucléaires en activité et à la construction de nouvelles.

En fait, compte tenu des objectifs à atteindre, du renouvellement du parc et de la fermeture des 14 réacteurs, il faudrait dans le même temps construire 6 réacteurs EPR d’ici à 2035. Le temps presse car construire un EPR prend énormément de temps. N’est-il pas déjà trop tard ? « Est-ce que la France n’est pas en train de perdre un de ses grands savoir-faire ? se demande Maxence Cordiez. En misant tout sur les énergies renouvelables électriques intermittentes et en réduisant son parc nucléaire, la France est en passe de sacrifier sa troisième industrie derrière l’automobile et l’aviation. Par ailleurs, elle se prépare des lendemains compliqués. Compte tenu de la complexité croissante des réacteurs et des pertes de compétences industrielles, le nécessaire renouvellement du parc ne pourra pas être opéré au rythme des années 1970 et 1980. Il est donc essentiel d’anticiper, pour ne pas dire planifier. » Et c’est d’autant plus important que « 1 euro investi dans le nucléaire génère 2, 50 euros dans l’économie, et notamment les territoires » , assure Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire.

Début 2020, le gouvernement a décidé de prendre son temps pour décider de la construction ou non de nouvelles centrales. Au même moment, l’AIE, dans son plan de relance économique Covid-19 dédié à l’énergie, incitait les pays développés à l’investissement dans les énergies renouvelables solaire et éolienne, mais aussi au maintien des centrales nucléaires en activité et à la construction de nouvelles. « De nombreux gouvernements dans les pays qui ont des centrales nucléaires, en particulier dans les économies avancées, à mon avis, devraient prolonger la durée de vie du nucléaire existant qui peut être une source très importante de production d’électricité, et qui nous aidera à réduire les émissions », déclarait Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE lors d’une conférence de presse, estimant que l’extension des centrales existantes « soutiendra des milliers d’emplois et évitera plus d’émissions par gigawatt que toute autre opération bas carbone ». Sans compter l’avantage indéniable de « réduction du coût de l’électricité pour le consommateur ». De l’aveu même de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, les coûts de production de l’énergie nucléaire sont tombés à 35 dollars par mégawattheure en 2019, contre 53 pour l’éolien terrestre, 115 pour l’éolien en mer, 73 pour la géothermie et 68 pour le solaire photovoltaïque.

Malgré l’évidence économique, la décision de nouveaux projets en France sera prise en 2022, donc après la prochaine élection présidentielle. L’exécutif pense sans doute que le nucléaire ne viendra pas polluer le débat. « Que ce soit l’ensemble des éléments sur le nucléaire ou les scénarios 100 % renouvelables, c’est à mi-2021 que l’on souhaite avoir l’ensemble des éléments, techniques, économiques » , a indiqué Élisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique, devant la commission du développement durable et devant celle des affaires économiques à l’Assemblée nationale. La décision finale devant intervenir après la mise en service de l’EPR de Flamanville prévue pour la fin de 2022. Il s’agira alors pour le gouvernement de faire son choix entre plusieurs scénarios « en se donnant le temps de les examiner avec rationalité et sans a priori , avec un objectif simple, qui est d’avoir une production d’électricité décarbonée à un coût abordable pour les citoyens comme pour les entreprises » . L’AIE a pourtant donné une première piste.

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Voltalia : Half-year financial report 2020 (in French) – Zonebourse.com

Rapport financier semestriel Semestre clos le 30 juin 2020 PRESENTATION DE L'ACTIVITE 3 CHIFFRES CLEFS…

8 minutes ago

Voltalia : Mise à disposition du rapport financier semestriel – Zonebourse.com

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 25 septembre 2020 Mise à disposition du rapport financier semestriel Premier semestre…

57 minutes ago

Al-Kamour : Le gouvernement ne prêche plus dans le désert ! – African Manager

Autant que l’on puisse les juger, les nouvelles en provenance du front du pétrole et…

7 heures ago

Le Matin – Le Maroc, un pont d’énergie verte entre l’Europe et l’Afrique – LE MATiN

Le Maroc est devenu un pont d’énergie verte entre l’Europe et l’Afrique, écrit la publication…

7 heures ago

Le futur des véhicules électriques est ici – Métro Montréal

Métro étudie comment l’industrie des véhicules électriques se transforme dans l’ère post-COVID-19 et examine Stella…

8 heures ago

Le Maroc prend part à la Réunion ministérielle de l’alliance internationale « Mission Innovation » – MAP Express

vendredi, 25 septembre, 2020 à 18:49 Rabat – Le ministère de l’Energie, des Mines et…

8 heures ago

This website uses cookies.