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Fessenheim et l’écocide – Atlantico.fr

Le hasard des calendriers a conduit la Convention Citoyenne sur le Climat à remettre son rapport en Juin 2020 alors que la fermeture définitive de la Centrale de Fessenheim est programmée le 30 Juin 2020. Comme cette instance a remis à la mode la notion d’écocide, atteinte grave à l’environnement, on peut imaginer ce qui aurait pu arriver si ce « crime » avait existé dans le droit français : en effet, il n’y a aucune justification « climatique » à cette fermeture, bien au contraire , elle  n’a aucune justification économique ou technique , mais, en plus elle est « écocidaire »,  c’est-à-dire qu’elle contrevient en pleine lucidité aux objectifs climatiques.

Quelle que soit la source des documents chiffrés, le nucléaire est la source énergétique la moins émettrice de CO2, l’indicateur clé (à tort ou à raison) de la politique nationale , européenne et mondiale affirmée par toutes les instances. On parle, pour l’électricité, de grammes de CO2 par kWh, de 6 à 12 pour le nucléaire, de 10 à 11 pour l’éolien, de 20 à 24 pour l’hydraulique, de 27 à 46 pour le solaire…selon que l’on prend le GIEC, l’ADEME ou d’autres spécialistes. Toutes les autres sources qui brulent des combustibles émettent, en conséquence, plus de CO2, le bois 145, la biomasse(déchets organiques) 230, le gaz naturel 600, le fioul 840 et le charbon 1040 . Ces chiffres peuvent être contestés, bien sur, selon les contextes, mais il faut les concevoir comme des ordres de grandeur, ils seraient sans doute retenus par des juges « indépendants «  essayant de déterminer la culpabilité, ou non , des écocidaires.

Ceux qui prendraient la décision de remplacer une source d’énergie du premier groupe par une source du second seraient donc bien en train de commettre de façon délibérée le délit de destruction d’un écosystème puisque les gouvernements ont défini l’abus d’émission de CO2 comme une atteinte à la politique climatique mondiale et à ce qui est appelé « les limites planétaires » . Il suffirait donc pour les plaignants de démontrer que la fermeture de Fessenheim conduit à la consommation en croissance de bois, biomasse, gaz, fioul ou charbon pour que les décideurs soient accusés puis condamnés comme écocidaires.

La fermeture définitive de Fessenheim prive la France (et les pays limitrophes Allemagne et Suisse ) de l’ordre de 10 Milliards de kWh par an, certains disent 7 Milliards, cela dépend des arrêts et des demandes du réseau . Cette production correspond à 70% de la consommation de l’Alsace ou 2% de la consommation de la France. Il nous arrive d’être vendeurs d’énergie électrique, et il nous arrive aussi d’être acheteurs , les décideurs se doivent donc de démontrer que c’est une énergie du premier groupe qui va remplacer celle qui disparait le 30 Juin. Le cout de l’arrêt prématuré de la centrale est de l’ordre de 6,5 milliards, mais on a bien compris que le pays roulait sur l’or et que l’important était de protéger en priorité le climat du monde.

Il se trouve que dès l’arrêt de Fessenheim programmé, nos voisins allemands avaient mis en chantier une centrale à charbon , mise en route avec l’anticipation souhaitable dès Avril 2020 . Ils ne sont pour rien dans cet écocide puisqu’ils ne souhaitaient pas l’arrêt de la Centrale Alsacienne, mais les responsables français ne pouvaient l’ignorer puisque c’était annoncé partout .

A la lecture des différents communiqués officiels on conçoit une gêne évidente, un argent gaspillé, une production en période de pointe délicate, et on parle donc d’économies d’énergie, d’effacements, c’est-à-dire d’arrêts acceptés de production industrielle en période de pénurie électrique, et de promotion de constructions d’éoliennes et de fermes solaires. Tout ceci ne résistera pas aux chiffres communiqués à un tribunal de « l’écocide », il y aura bien la nécessité de recourir aux énergies du deuxième groupe, entrainant une augmentation de l’émission de CO2, car en période de pointe hivernale les sources éolienne et solaire ne sont que d’un faible recours , on atteint le maximum des productions nucléaires et hydrauliques , et dès maintenant on fait fonctionner à plein régime nos centrales à charbon et à gaz pour maintenir le fonctionnement du réseau électrique national . En enlevant 2% de la production, en déclarant que les interconnexions européennes vont pouvoir nous aider , en insistant sur la nécessité de réaliser des économies d’énergie tout en appuyant sur l’impératif du véhicule électrique, les responsables commettent visiblement des erreurs sur les capacités prévisionnelles des réseaux à certains moments de l’année, mais, en plus, ils tournent le dos à l’argument quotidien de leur politique qui est de respecter une politique climatique de réduction de CO2. Quand on enlève une centrale nucléaire en France aujourd’hui on augmente mécaniquement l’émission nationale de CO2, la substitution même accélérée par des éoliennes ne peut pas être retenue comme solution à cause de l’intermittence de la production. Le stockage de l’énergie électrique est un problème à la fois technique et économique, améliorer les rendements en diminuant les couts et les dimensions des matériels va demander beaucoup de temps, et de toute façon il y aura toujours beaucoup de pertes. Donc aujourd’hui fermer Fessenheim et se contenter de mots réconfortants peut être considéré comme de l’inaction climatique à la base des idées des promoteurs de la notion d’écocide, la production électrique en France c’est 25% de l’énergie avec seulement 5% des émissions de CO2 grâce à 71% de nucléaire et 11% d’hydraulique, cela fait de notre pays le deuxième (derrière la Suède) de l’OCDE pour la faiblesse des  émissions de CO2. On ne pourra donc  pas démontrer devant un tribunal de l’écocide que la dérive actuelle va dans le sens d’une politique écologique .

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