Hicham Benamirouche, maître de recherche au Cread : «Valoriser le pétrole à travers l’industrie pétrochimique» – El Moudjahid

L’ancienne version du programme de développement des énergies renouvelables prévoyait l’installation de plus de 4,5 GW jusqu’à la fin de 2020, alors qu’on n’a même pas installé un dixième jusqu’à ce jour, indique Hicham Benamirouche, maître de recherche au Cread.

El Moudjahid : Les perspectives pour l’Algérie sont «plus complexes», aviez–vous relevé dans une récente analyse au compte de la revue «Les Cahiers du Cread ». Quelles sont les difficultés majeures qui se profilent à l’horizon pétrolier algérien ?
Hicham Benamirouche : Selon les statistiques publiées, la production de pétrole en Algérie a connu pratiquement une stagnation, voire une baisse, depuis quinze ans. Ce problème persistera dans les années à venir tenant compte de la baisse du taux de renouvellement des réserves et celui de récupération au niveau des gisements. Au-delà de la donne géologique, il s’agit, d’abord, d’un enjeu technologique qui devient de plus en plus majeur dans un contexte de faible attractivité du domaine minier algérien. Ensuite, la baisse des prix de pétrole a freiné et devrait baisser encore les investissements au niveau amont de la chaîne pétrolière. En outre, nous assistons à une baisse de la demande pétrolière mondiale suite au ralentissement économique et aux mesures d’efficacité énergétique et de transition énergétique. Il s’agit d’une légère tendance baissière qui devrait se poursuivre dans le futur. De ce fait, ce sont les facteurs de demande qui doivent façonner le plus le marché pétrolier, ce qui implique la fin de pétrole brut très cher. Ainsi, la meilleure forme de valorisation qui s’ouvre à l’échelle mondiale se limite dans la pétrochimie. Etant donné le caractère très capitalistique de cette industrie, le développement technologique requis et, la segmentation de son marché, l’Algérie est-elle capable réellement de valoriser son pétrole via cette piste stratégique ? Enfin, le problème de maîtrise de la demande énergétique à l’échelle nationale se pose davantage. Dans ce cadre, cette croissante demande devrait avoir des répercussions plus intenses sur les reliquats destinés à l’exportation. Cependant, si cette demande était tirée principalement par des usages à forte valeur ajoutée, le problème ne se pose pas d’un point de vue économique. Or, ce n’est pas le cas malheureusement, le secteur industriel est le moins consommateur de l’énergie en Algérie.

Le pays, dites-vous, manque de diversification économique et affaiblit largement sa position au sein de l’OPEP. D’autre part, vous relevez que l’Algérie a intérêt particulier à maintenir l’existence del’OPEP. Trop s’appuyer sur le Cartel n’est-il pas une formede «refus» de prendre le taureau par les cornes et faire face seule, comme l’ont fait d’autres pays, aux exigences et incertitudes du marché pétrolier ?
Toute baisse des prix de pétrole a impliqué toujours des répercussions économiques sur les pays exportateurs. L’ampleur de ces répercussions diffère d’un pays à un autre selon son degré de dépendance à la rente, la sophistication de ses exportations hors hydrocarbures et, la qualité de ses institutions. Malheureusement, l’Algérie se trouve parmi les pays les plus vulnérables en cette matière avec un indicateur de complexité économique toujours négatif. Pour en faire face, il est pratiquement impossible à un pays qui représente 0,7% des réserves et 1,4% des exportations pétrolières mondiales d’avoir une influence significative sur le marché pétrolier. S’ajoute à cela les faibles capacités additionnelles de production comparativement aux géants pétroliers comme l’Arabie Saoudite et la Russie, d’une part, et l’inexistence des grands stocks stratégiques comme aux Etats Unis, d’autre part. Par conséquent, au-delà de ses investissements pétroliers en Afrique, sa fiabilité sur le marché et son rôle dit « diplomatique » au sein de l’OPEP et l’OPEP+, l’Algérie a plus d’intérêt à diversifier son économie, sophistiquer ses exportation hors hydrocarbures et, mieux valoriser son pétrole à travers l’industrie pétrochimique, que ce soit dans le pays ou à travers la prise de participation à l’étranger.

La mise en place du programme d’efficacité énergétique et celui de développement des EnR est au stade primaire. Irrécupérable ?
Selon l’ancienne version du programme de développement des EnR, on aurait dû installer plus de 4,5 GW jusqu’à la fin de cette année 2020, alors qu’on n’a même pas installé un dixième jusqu’à ce jour. En parallèle, la mise en place du programme d’efficacité énergétique s’est limitée, principalement, aux opérations d’audit et à l’éclairage public. Au-delà des problèmes techniques, ce retard est dû particulièrement aux contraintes de financement. Malgré la multitude des fonds, les montants consacrés restent très limités. S’ajoute à cela, le problème de jumelage des fonds qui a bloqué les opérations de financement en l’absence des textes d’application. De ce fait, le retard accumulé est récupérable à condition d’assurer les financements nécessaires avec plus de souplesse en terme opérationnel. Cependant, jusqu’à présent le secteur privé algérien n’est pas capable de s’en charger, et la conjoncture économique est défavorable, d’ailleurs, on a réduit les capacités à installer de 22 GW à 15 GW à l’horizon 2035, parmi lesquelles seules 4 GW de photovoltaïque devrait réellement installées entre 2020 et 2024. L’installation du reste n’est pas encore claire en terme de répartition par technologie ni par découpage temporel de réalisation. Néanmoins, le programme d’efficacité énergétique peut mieux avancer grâce aux efforts de l’APRUE et l’implication progressive des entreprises selon des processus différents. Enfin, on peut signaler que, selon le rythme actuel de croissance de la demande énergétique domestique, même la réalisation de ces deux programmes (selon la nouvelle version) peut ne pas être suffisante afin de dégager un reliquat supplémentaire en hydrocarbures pour consolider les exportations en la matière.   
F. I.

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