Insertion professionnelle: Où se trouvent les gisements d’emploi? – L’Économiste

Le digital se positionne désormais parmi les plus importants pourvoyeurs d’opportunités d’emploi pour les jeunes (voir pages XII-XIII), mais d’autres secteurs ne déméritent pas. Pour maximiser ses chances de se faire une place sur le marché du travail, et pourquoi pas en business, sur quelles activités faudrait-il miser? «Cela dépend du modèle de développement du pays. Au Maroc, l’eau est vitale, l’équipement aussi, puisque malgré les efforts fournis sur les 20 dernières années, nous restons sous-équipés», pense Moulay Larbi Abidi, directeur de l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs (EMI). «Pour les IT, nous pouvons y exceller, car le secteur est basé sur la jeunesse, et nous en avons à revendre. L’énergie verte est, également, importante. Le Maroc a réalisé un pas de géant dans le domaine. Enfin, dans la santé, la demande est énorme. L’équipement médical, par exemple, est une mine d’or», décrypte-t-il. Tour d’horizon.

■ Besoin d’ingénieurs 4.0

Des ingénieurs, l’économie en aura toujours besoin, mais pas n’importe lesquels. «L’ingénieur d’aujourd’hui et de demain doit être compatible avec l’industrie 4.0», souligne Ahmed Mouchtachi, directeur de l’Ensam Casablanca. Les spécialités classiques telles que le génie mécanique, électrique et industriel demeurent demandées par les entreprises. «Elles le resteront, à condition d’être colorées 4.0», insiste Mouchtachi. Les ingénieurs de conception mécanique sont également très recherchés, de même que les ingénieurs bureau de méthode (opérant le lien entre les bureaux d’études et la production), assez rares sur le marché, selon le directeur de l’Ensam.
En plus de leurs aptitudes techniques, les ingénieurs devront travailler leurs compétences transversales pour maximiser leurs opportunités, aussi bien sur le marché national qu’international. «L’ingénieur de demain devra avoir une formation basée sur des piliers: la technique, le digital, l’initiative personnelle, l’innovation, la capacité à s’adapter et l’entrepreneuriat», estime le directeur de l’EMI, Moulay Larbi Abidi. L’école diplôme chaque année entre 450 et 500 ingénieurs.

■ Aéronautique: La sinistrose, pour quelques années…

«Nous ne sommes pas un secteur en crise, mais en résilience», revendique Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines, aéronautiques et spatiales (GIMAS). Malgré la crise mondiale profonde que subit l’aéronautique suite à la crise pandémique, Karim Cheikh continue de croire en une reprise rapide. «Le transport aérien s’est largement démocratisé. Boeing et Air Bus avaient 8 ans de carnets de commandes avant la crise! Nous réalisions une croissance annuelle de 20%. Certes, nous sommes face à un cap difficile. En juillet dernier, notre chiffre d’affaires à l’export a baissé de 21%. Néanmoins, nous connaîtrons une reprise importante et nous aurons besoin de recruter des cadres et techniciens», souligne Cheikh. «D’ailleurs, jusqu’à maintenant nous n’avons eu que très peu d’annulations, nous avons surtout enregistré des reports de livraison», précise-t-il.
Les scénarios les plus optimistes annoncent la reprise pour 2023. Pour le président du Gimas, le redémarrage aurait lieu bien avant, grâce aux vaccins annoncés pour fin 2020-début 2021, et qui favoriseraient un retour rapide à la normale. Parmi les sous-traitants, certains sont plus pessimistes. Pour eux, il faudrait au moins cinq ans pour revenir au niveau de 2019. Certains sont déjà en cours de reconversion dans d’autres secteurs, comme la santé.
Du côté du Gimas, des initiatives se préparent. «Nous sommes en train d’installer des programmes avec le ministère de l’Industrie et des partenaires institutionnels, afin de rebondir correctement et préparer l’avenir. Nous travaillons sur tout ce qui est nouvelles technologies, intelligence artificielle, R&D et innovation», confie Karim Cheikh.
Pour les métiers de l’aérien, la conjoncture n’est pas favorable non plus. L’heure est plutôt aux réductions d’effectifs.

■ Automobile: Un redémarrage rapide en vue
A l’instar d’autres industries, l’automobile a été ébranlée par la crise. Au deuxième trimestre 2020, les plus grands groupes ont encaissé une chute de 41% de leurs ventes, selon une étude du cabinet EY, publiée mercredi dernier. Au Maroc, le secteur a essuyé une baisse de chiffre d’affaires de 40% sur le premier semestre 2020, selon le Policy Center for the New South. Il y aura sans doute de la casse parmi les équipementiers. Toutefois, EY table sur un retour à la normale en 2022.
A TangerMed, les équipementiers continuent d’investir malgré la crise, pariant sur une reprise rapide. L’automobile, qui emploie près de 200.000 personnes au Maroc, reste ainsi, malgré tout, un secteur porteur.

■ Les entreprises à l’affût de middle managers
Des cadres moyens, le Maroc en produit peu. Ceci pose problème aux entreprises qui ont souvent du mal à dénicher la perle rare. «Les EST étaient censées remplir ce rôle. Cependant, les lauréats, au lieu de travailler directement après leur diplôme préfèrent continuer leurs études en s’inscrivant dans des masters», relève Ahmed Mouchtachi, directeur de l’Ensam Casablanca. Dans le privé, des établissements se sont spécialisés dans ce genre de profil. C’est le cas de l’Ecole supérieure des affaires (ex-EFA). L’établissement, créé en 1988, forme en trois ans des middle managers titulaires d’un diplôme d’Etat français, en management opérationnel, développement commercial et gestion et pilotage des RH.  

■ Communication: Un enjeu majeur

A l’ère des fake news et des bad buzz, les organisations, publiques ou privées, ne peuvent faire l’économie d’une communication soignée, qu’elle soit interne ou externe. En période de crise, l’enjeu est encore plus stratégique. Les cadres sont de plus en plus nombreux à chercher à aiguiser leurs compétences dans le domaine. Les entreprises, pour leur part, sont en quête de vrais pros de la com. Ces dernières années, quelques filières universitaires ont vu le jour. Dans le privé, de rares établissements se sont positionnés sur cette spécialité. Parmi eux, l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC), seul établissement supérieur détenu par un groupe média au Maroc (Eco-Médias, éditeur des quotidiens L’Economiste et Assabah, propriétaire d’Atlantic radio). L’établissement, qui s’appuie sur des experts reconnus, dispense deux licences, arabophone et francophone, en journalisme et communication, complétées par un master. Le cursus intègre des spécialités dans l’air du temps, telles que la communication digitale et le data journalisme. Grâce à ses partenariats à l’étranger (l’université Nice Sophia-Antipolis, The King’s College de New York City et le Cégep de Jonquière au Québec), l’ESJC propose des séminaires encadrés par des enseignants internationaux.   

■ Energies vertes: A la recherche de profils hautement qualifiés

Auditeur énergétique qualifié, conseiller en maîtrise de l’énergie, ingénieur-thermicien, technicien-thermicien, ingénieur hydro-électrique, technicien supérieur en énergies renouvelables… dans les énergies renouvelables, le besoin en compétences est énorme. Le secteur manque notamment de profils «hautement qualifiés», selon Sanaa Lyamouri, vice-présidente RH pour l’Afrique francophone & Îles  de Schneider Electric. «Le Maroc a su anticiper et se préparer pour être au rendez-vous en matière de compétences, en investissant dans la formation professionnelle. Mais la rareté des profils, en termes d’expertise et d’expérience requise dans ce domaine, nous pousse, nous parties prenantes, à être de plus en plus agiles pour répondre aux besoins du secteur», confie-t-elle.
L’apport des EnR est stratégique. «Dans le contexte actuel, le secteur devrait jouer un rôle clé dans la reprise économique post-pandémie», souligne Lyamouri. «Outre leur potentiel de recrutement, les énergies renouvelables sont une source importante de réduction des coûts d’électricité, ce qui permet aux industries, principalement lourdes et énergivores, d’atteindre leurs objectifs de compétitivité, à la fois sur le plan national et international», explique-t-elle. Le Maroc a déjà pris une bonne longueur d’avance dans le domaine. «Cela dit, ce qui a été réalisé n’est qu’une infime partie de ce que nous pouvons entreprendre. Pour accompagner cela, il faudra des techniciens, développeurs, installateurs, ingénieurs, et même des gestionnaires de projets», insiste Laura Dumoulin-Minguet, ex-DRH de Masen.

■ Santé: Des niches à fort potentiel

Dans la santé, la demande en compétences est internationale, car le déficit en ressources humaines médicales est mondial. Au Maroc, le manque est patent, et ce dans toutes les spécialités. «Les opportunités sont importantes, et pas uniquement pour les médecins, pharmaciens ou dentistes. Il existe des métiers tout aussi fondamentaux dans la prise en charge globale des patients», relève Chakib Nejjari, président de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS). «Les infirmiers réanimateurs-anesthésistes, les diététiciens, orthophonistes, orthoptistes, psychomotriciens… ont tous un rôle majeur», poursuit-il. Et ils ont la possibilité de se mettre à leur propre compte.
Ces dernières années, avec l’apparition des universités des sciences de la santé, les formations médicales ont été élevées au rang universitaire, avec un système LMD ouvrant la possibilité à des masters et même à des doctorats. Les cursus ont également été enrichis avec des spécialités diversifiées et innovantes. Gouvernance, management et entrepreneuriat en santé, ingénierie biomédicale, intelligence artificielle appliquée à la santé… «Il est par exemple désormais possible d’effectuer un doctorat en sciences infirmières et techniques de santé, et de s’investir dans la recherche dans le domaine», précise Nejjari. Décrocher un diplôme universitaire permet-il de briguer des salaires plus importants? «Les lauréats bien formés arrivent à obtenir des postes à la hauteur de leurs aspirations. Nous avons des techniciens biomédicaux qui arrivent à intégrer des sociétés internationales», assure Chakib Nejjari. «Des niches apportent également de grandes opportunités. A titre d’exemple, les spécialistes de la rééducation des malades du vertige au Maroc se comptent sur les doigts de la main», ajoute-t-il.

Ahlam NAZIH

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