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La crise sanitaire va-t-elle tuer ou accélérer le développement du véhicule électrique ? – RTBF

Le marché des véhicules électriques peut-il vraiment continuer à accélérer son développement en dépit de la crise sanitaire ? Début 2020, le Boston Consulting Group tablait sur une part de marché de 33% pour les véhicules électriques en 2025. Malgré un contexte devenu depuis lors pour le moins critique dans le secteur automobile, le cabinet constate que le marché de l’électrique est en pleine accélération. Par quel  » miracle  » ?

De miracle, il n’y aura pas. Commençons par quelques éléments : l’écrasante majorité des modèles électriques ne sont aujourd’hui pas rentables pour leurs constructeurs. Cela veut dire qu’ils perdent de l’argent à chaque fois qu’ils en vendent un. Mais voilà, la régulation oblige ces constructeurs à développer une flotte moins thermique et moins dépendante des énergies fossiles.

« D’ici 3 à 4 prochaines années, ces véhicules électriques devraient commencer à être break even pour la plupart des constructeurs « (break even, c’est le point mort – ni perte ni profit. C’est à partir de ce point de basculement, qu’une activité peut, si elle rapporte un peu plus, devenir rentable) Cette échéance est calculée sur base d’une moyenne évidemment, tous les constructeurs n’en seront pas au même point à ce moment-là. » Le dernier à se lancer dans la course ne sera probablement pas rentable en 2023 « , selon Frédéric Geurts, directeur associé au cabinet BCG à Bruxelles, en charge des secteurs industriels pour l’Angleterre et le Benelux.

Un puzzle inextricable ?

Des investissements colossaux ont pourtant déjà été réalisés – plusieurs centaines de milliards de dollars en dix ans si l’on en croît certaines estimations – nous ne disposons pas des chiffres précis – en recherche et développement et en fabrication. Et malgré cela, le coût d’une voiture électrique pour le consommateur reste quand même très élevé à l’achat. Avec des constructeurs déficitaires, est-ce qu’il n’y a pas là une espèce de puzzle inextricable de nature à empêcher le véhicule électrique de se faire une place ?

Pas nécessairement, pour Frédéric Geurts. D’abord parce que le coût de production des batteries devrait chuter très fortement dans les années qui viennent. « Toutes les prévisions annoncent une baisse vraiment très importante, de plusieurs dizaines de pourcents entre aujourd’hui et 2030 ».

Un coût des batteries en baisse exponentielle

« De 2015 à 2030, la baisse estimée peut aller jusqu’à 80%. Pour chaque technologie qui apparaît, vaccins, panneaux solaires, etc. Il y a une espèce de courbe d’apprentissage des entreprises qui suit toujours la même forme : une décroissance exponentielle du coût de production. C’est dû à des avancées techniques, une meilleure compréhension de comment on produit des objets technologiques avec de meilleurs coûts et une meilleure efficacité. Et quelque part, les premiers qui les achètent paient très cher, et puis ça commence à plaire un peu plus et on en produit donc en plus grand nombre et cela réduit le coût de production à l’unité ».

Ensuite il y a le coût à l’utilisation, à l’usage – comparativement au moteur thermique à essence ou au diesel – qui pourrait baisser, lui aussi. Mais cela ne va pas se faire tout seul. Pensez aux arguments classiques du secteur automobile : il faudrait que les pouvoirs publics poussent encore les consommateurs à se diriger vers l’électrique, par exemple en bannissant progressivement les autres véhicules réputés plus polluants, en tout cas en ville, mais aussi en investissant. Et selon les experts mobilité de chez BCG, « il est important de reprendre les investissements tels qu’ils étaient avant l’apparition du coronavirus ».

Des investissements publics, une illusion ?

Mais est-ce bien réaliste ? Économie sous pression, récession qui rend et rendra les investissements plus difficiles – pour tout le monde – et des gouvernements confrontés à d’énormes déficits… A priori, dans ce contexte-là, on peut aller jusqu’à imaginer la mort pure et simple des développements de l’électrique. Mais ce n’est pas l’avis de Frédéric Geurts.

« Les pouvoirs publics ont les moyens de s’endetter, d’aller chercher dans la dette pour faire des investissements et octroyer des crédits à leurs entreprises. Pour que ces entreprises puissent justement faire ce développement, que ce soit dans l’automobile ou dans la conception de véhicules différents, plus petits, plus partageables. C’est vrai que de prime abord, le Covid peut nous laisser l’impression que la progression de l’électrique va s’arrêter ou être freinée. C’est probablement le cas, il ne faut pas se voiler la face. Mais je pense que par ailleurs, plusieurs États réfléchissent à utiliser au contraire les moyens qu’ils ont quand même pour faire ces investissements et pousser certains domaines ».

Le choix des États

On pense ici en particulier aux États qui ont en leur sein un secteur automobile important, comme l’Allemagne. Du reste, il n’y aura donc bien pas de miracle électrique. Oui, des coûts qui baissent parce que la production évolue pour une technologie qui émerge. Mais sans intervention publique, cela s’annonce compliqué pour le véhicule électrique de se faire une place qui ne soit pas anecdotique.

Et les États auront bien un rôle d’arbitrage : les moyens investis dans le véhicule électrique ne le seront pas dans d’autres secteurs, comme le ferroviaire – pour ne citer qu’un exemple dans la mobilité. Et enfin, la question du mix énergétique est fondamentale puisque l’électricité en lieu et place des carburants, devra quand même être produite. Le coût de cette énergie – et son caractère polluant ou non – sera lui aussi déterminant dans l’émergence du véhicule électrique.

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