Categories: Industry News

La raffinerie de Grandpuits va-t-elle être reconvertie ? Les syndicats de Total s’inquiètent – L’Usine Energie – L’Usine Nouvelle

Les salariés de Total s’attendent à une rentrée mouvementée. Selon les syndicats, le groupe pétrolier pourrait arrêter les activités de raffinage à Grandpuits (Seine-et-Marne) pour reconvertir le site. L’entreprise assure qu’une fermeture ne fait pas partie des hypothèses étudiées. La CGT et la CFDT s’inquiètent toutefois de l’impact d’une éventuelle reconversion sur l’emploi.

Incidents à répétition sur le pipeline d’Île-de-France

La baisse inédite de la demande de pétrole ne facilite pas les choses pour la plate-forme de Grandpuits. Mais les problèmes remontent bien avant la crise du Covid-19. Ils sont liés, plus précisément, au pipeline d’Île-de-France (PLIF) qui fournit une très grande partie du pétrole brut de la raffinerie. L’oléoduc qui s’étend sur plus de 250 kilomètres, a connu récemment deux fuites qui ont provoqué des pollutions. La première en 2014, en Seine-Maritime ; la seconde en février 2019, dans les Yvelines.

Après l’incident de 2019, le groupe pétrolier a dû effectuer des réparations sur le pipeline. Cela n’a pas été suffisant pour rassurer l’administration. “Les autorisations d’exploiter sont données de manière non définitive, explique Thierry Defresne, délégué syndical central CGT Total Raffinage Pétrochimie. Il y a des échéances, à peu près tous les six mois, où Total doit se représenter devant l’administration. Elle n’a pas permis à Total de ré-exploiter ce pipeline dans des conditions normales pour éviter les pressions fortes dans ce tuyau.” Aujourd’hui, le PLIF ne fonctionne qu’à 70 % de sa capacité, comme la raffinerie de Grandpuits qui transforme en temps normal 4,9 millions de tonnes de pétrole brut par an.

Au moins 350 millions d’euros pour remplacer le pipeline

Cette activité ralentie menace la rentabilité du site. “L’intégrité économique à long terme de la raffinerie de Grandpuits repose avant tout sur la viabilité du pipeline d’Île-de-France”, commente auprès de L’Usine Nouvelle le groupe pétrolier. “Total n’est pas prêt à travailler avec des unités qui ne présenteraient pas toutes les garanties nécessaires à leur bon fonctionnement”, ajoute-t-il.

Or, les problèmes de micro-fissures ne sont pas terminés sur le PLIF. “Il y a de nouveaux points de fragilité, révèle Thierry Defresne. Dont un point très important situé sous la Francilienne.” Un axe de grand passage où les travaux risquent d’être difficiles et coûteux. “Total étudie le coût de remplacement du PLIF”, indique le groupe. Les résultats de cet audit pourraient être connus à l’automne. Côté syndicats, on estime qu’un nouveau pipeline pourrait coûter de 350 à 500 millions d’euros.

Quelles hypothèses de reconversion pour Grandpuits ?

Total engagera-t-il une telle dépense alors que les inquiétudes pèsent sur l’évolution de la demande de pétrole ? Là réside l’inquiétude des salariés. “Le prix du baril évolue péniblement aux alentours de 30-40 dollars, alors qu’il y avait des projections économiques à 50 dollars. Il y a des écarts énormes qui ont un impact fort sur le pilotage des activités de raffinage. Et Grandpuits en fait partie”, analyse Geoffrey Caillon, délégué syndical central pour la CFDT chez Total.

La CFDT se dit dans l’attente d’une communication du groupe. Pour l’instant, aucune décision officielle n’a été prise. “Total n’envisage aucunement la fermeture du site de Grandpuits”, insiste l’entreprise. La possibilité d’une reconversion de Grandpuits, en revanche, soulève des inquiétudes.

Que pourrait devenir la raffinerie ouverte en 1966 pour fournir du carburant aux stations-services et aux aéroports parisiens ? Les syndicats évoquent plusieurs pistes : Grandpuits pourrait devenir une usine de recyclage de plastique ou accueillir des puits de captage de CO2 et/ou des champs solaires. L’hypothèse d’une deuxième bioraffinerie, comme celle de La Mède (Bouches-du-Rhône) est également mentionnée.

“Il n’y a pas d’autre industriel majeur autour de Grandpuits”

“Nous savons qu’à chaque fois que Total a transformé une raffinerie, cela a coûté très cher en emplois. Les emplois organiques sont souvent réduits d’un tiers”, regrette Thierry Defresne. Aujourd’hui, Grandpuits compte environ 400 salariés auxquels il faut ajouter des centaines d’emplois indirects. “Il n’y a pas que les salariés qui ont le logo Total sur l’épaule. Il y a tout ceux autour qui travaillent pour Total et qui sont dans les opérations de maintenance, d’électricité, de nettoyage, de services… Ces personnes subiront de plein fouet un arrêt ou un changement d’activité. Il n’y a pas d’autre industriel majeur autour de Grandpuits”, décrit Geoffrey Caillon de la CFDT. Le syndicat se dit ouvert à entendre des propositions de Total pour transformer la raffinerie mais à une condition : « Nous voulons protéger les salariés. Total a les moyens, même s’il y a eu la crise. des projets viables et d’avenir, dans les énergies renouvelables par exemple, pourraient pérenniser l’activité du groupe dans son ensemble.«

De son côté, la CGT souhaite défendre les activités de raffinage à Grandpuits. L’investissement dans un nouveau pipeline serait largement rentabilisé selon le syndicat, qui insiste également sur l’importance stratégique du site pour l’indépendance énergétique de la France. “Si nous importons le pétrole et même les produits finis, nous sommes dépendants d’un incident géopolitique qui ferait aussitôt flamber le prix à la pompe”, prévient le délégué de la CGT.

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Après avoir eu le vent en poupe en 2019, l’éolien demande de nouvelles mesures en 2020 – Batiactu

Avec de bons résultats, l'éolien tient la route et pourrait même passer à la vitesse…

48 minutes ago

Ikea France va commercialiser des panneaux solaires « clé en main » – La Tribune

Le géant suédois de l'ameublement Ikea va commercialiser à partir de ce mardi "un service…

1 heure ago

La STEG et Akuo : contrat d’achat d’électricité pour un projet de 10 MWc – Economiste Maghrebin

ce projet devra produire 36 Gigawatt d'électricité par an Akuo, producteur indépendant Français d’énergie renouvelable…

2 heures ago

Dole met à profit le soleil pour se rapprocher de sa promesse de devenir carboneutre – LeLézard.com

Classé dans : L'environnement, Science et technologie, Chasse, pêche et plein airSujet : Nouveaux produits…

3 heures ago

Solaire photovoltaïque : des dispositifs d’aide dans le viseur du Gouvernement – Batiactu

Sabrer dans les dispositifs d'aide au photovoltaïque pour boucler le budget de l'année prochaine, telle…

3 heures ago

Economic Policy Dialogue : « Déficit énergétique et énergies renouvelables » – Economiste Maghrebin

Organisée par le Groupe de la Banque Mondiale et le Programme des Nations Unies pour…

3 heures ago

This website uses cookies.