La société française a tourné la page du “tout nucléaire” – Capital.fr

Publié le 27/08/2020 à 11h08

Markus Distelrath/Pixabay

La fermeture de Fessenheim marque un changement d’époque dans la relation que notre pays entretient avec le nucléaire. Pendant des décennies, il est resté ce totem érigé pendant les Trente Glorieuses : «pilier» de la politique énergétique, symbole de la grandeur nationale et du service public, synonyme – à tort ou à raison – d’une électricité bon marché et abondante pour tous. Ce modèle a désormais vécu.

Cela s’explique d’abord par la crise dans laquelle s’est enfermée la filière à force de ne pas tenir ses promesses. Les déboires du chantier de l’EPR de Flamanville en sont l’illustration la plus criante : lancé en 2007 avec un coût projeté à 3 milliards d’euros et une mise en service promise en 2012, il atteint désormais 19 milliards selon la Cour des comptes, et ne sera pas livré avant 2022. Par ailleurs, EDF fait face au vieillissement massif de son parc de 56 réacteurs, dont l’essentiel a été mis en service en moins de dix ans il y a maintenant plus de quatre décennies. Avec une perspective financièrement insurmontable : la bascule brutale de cet actif, générateur de recettes, en passif, avec toutes les dépenses associées à la gestion des matières et déchets qui s’accumulent et au démantèlement.

Au vu du retour d’expérience international, celui-ci pourrait coûter 60 milliards d’euros, alors qu’EDF, déjà lourdement endettée, n’a provisionné au mieux qu’un tiers de cette somme. L’Etat gagne du temps en soutenant la stratégie de prolongation de la durée de vie des réacteurs, pourtant très incertaine techniquement, industriellement et économiquement. Il se prépare néanmoins à endosser ce passif : c’est le projet Hercule, qui vise à renationaliser le nucléaire tout en privatisant les activités rentables d’EDF dans les énergies renouvelables et le réseau électrique.

>> A lire aussi – Bruno Le Maire propose 30 milliards d’euros pour la transition écologique

En effet, alors que ce modèle s’épuise, un autre possible émerge de façon de plus en plus visible. Les progrès considérables des énergies renouvelables, des solutions de stockage et des technologies de l’information transforment d’ores et déjà les systèmes électriques, tant du point de vue technique que de leur gouvernance, répondant à la demande d’implication croissante des collectivités, des entreprises et même des particuliers.

Les nouveaux projets photovoltaïques ou éoliens s’approchent de 50 euros le mégawattheure quand les nouveaux EPR qu’EDF rêve encore de construire, même s’ils gagnaient 30% par rapport à Flamanville, ne produiraient pas à moins de 90 euros le mégawattheure. Même en comptant les coûts d’adaptation du réseau, la perspective d’un système fondé très majoritairement sur les énergies renouvelables offre une meilleure compétitivité, tout en créant plus d’emplois mieux répartis dans les territoires.

Partout dans le monde, ce modèle constitue aujourd’hui la meilleure option à long terme. Le GIEC, dans son rapport spécial d’octobre 2018 sur le réchauffement de 1,5 degré, analyse 89 scénarios de décarbonation de l’économie à l’horizon 2050 : en valeur médiane, les renouvelables y fournissent 67% de l’électricité, contre 9% pour le nucléaire. Il indique aussi que, parmi 23 options de réduction des émissions, c’est le nucléaire qui a clairement l’impact le plus problématique sur les 17 objectifs du développement durable (ODD) des Nations unies. Le statu quo ne suffit plus : il faut maintenant se projeter dans un nouveau modèle, comme l’a bien compris la Convention citoyenne pour le climat. Avec elle, la société a tourné la page du «tout nucléaire». Il reste aux politiques à lui emboîter le pas.

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