La stratégie de l’Oréal face à « l’urgence absolue » de la crise climatique – L’Usine Santé – L’Usine Nouvelle

« Il est temps de passer au deuxième étage de la fusée« , assure Jean-Paul Agon. Après un premier programme de développement durable entre 2013 et 2020, le PDG de L’Oréal lance un second projet étalé sur les cinq à dix prochaines années, en insistant sur la nécessité d’aller plus loin sans attendre. Il évoque la crise du Covid-19 qui « montre à quel point une crise systémique peut-être dévastatrice. On peut donc imaginer comment une crise climatique, qui se profile, pourrait être dévastatrice. Les experts parlent d’une urgence absolue, il nous reste dix ans pour la prévenir« .

L’Oréal engage ainsi un programme avec des cibles fixées à horizon 2025 ou 2030, relevant tous les objectifs du précédent plan, dont Jean-Paul Agon a dressé un « bilan extrêmement positif« , avec des « objectifs très ambitieux » qui ont été « tous atteints ou presque, certains même dépassés« . Le groupe pointe notamment l’abaissement de près de 80% de ses émissions de CO2, une quarantaine de sites devenus neutres en carbone, ou encore une réduction de 50% de sa consommation d’eau.

Neutralité carbone et réduction du scope 3

Sans surprise, puisque cet objectif avait été révisé et annoncé dès 2017, L’Oréal vise toujours une neutralité carbone de la totalité de ses sites, notamment ses usines et centres de distribution, en 2025. Ce qui passera par l’amélioration de l’efficacité énergétique et le recours à 100% à des énergies renouvelables. En termes d’émissions, L’Oréal fixe toutefois une barre plus ambitieuse avec son nouveau programme : réduire de 50% l’ensemble de ses émissions et notamment celles de scope 3, indirectes et liées à celles induites par les fournisseurs et les consommateurs notamment.

Alexandra Palt, directrice générale Responsabilité sociétale et environnementale de L’Oréal note sur le sujet que les « scopes 1 et 2 de L’Oréal sont modestes, autour de 150 000 tonnes de CO2 par an, nous sommes un petit émetteur. La plupart de nos émissions, de plusieurs centaines de milliers de tonnes, viennent du scope 3. En 2030, nous visons une réduction en absolu de 25%, et de moitié par unité de produit fini de l’ensemble de nos émissions« . Pour cet objectif, le groupe veut travailler sur ses produits afin que les consommateurs limitent les ressources pour les utiliser, comme une réduction des besoins en eau par exemple. Il est aussi question de réduire de 50% les émissions liées au transport par produit fini et d’imposer à ses fournisseurs de réduire de 50% leurs émissions directes par rapport à 2016.

Eau et emballages

Sur la question de l’eau dans les procédés industriels, L’Oréal veut parvenir en 2030 à un total recyclage pour une réutilisation en boucle au sein des sites. Le même objectif est fixé pour les déchets générés par les sites. Sur le front des emballages, le groupe ambitionne 100% de recyclé ou de bio-sourcé dans dix ans. Le premier programme avait permis d’atteindre « entre 15% et 20% et nous devrions atteindre 50% en 2025« , souligne Alexandra Palt. En outre, la quantité d’emballage pour les produits devrait être réduite de 20% par rapport à 2016.

Enfin, L’Oréal tentera d’atteindre 95% d’ingrédients bio-sourcés dans les formules de ses produits d’ici à 2030, via des ingrédients issus de minéraux abondants ou de procédés circulaires. Actuellement, ce taux atteint « environ 60%, avec une forte évolution depuis 2013 puisque cela a doublé« , précise encore Alexandra Palt.

Trois fonds de 50 millions d’euros

Le nouveau programme contient plusieurs autres engagements en termes de développement durable et sociétal. Comme des engagements financiers, en particulier, avec une enveloppe de 150 millions d’euros qui sera équitablement répartie entre trois initiatives. La première vise à soutenir des femmes en situation de grande vulnérabilité, via des soutiens à des associations spécialisées. La deuxième porte sur la constitution d’un fonds pour la régénération de la nature, pour restaurer des écosystèmes dégradés ou capturer du CO2. Et la dernière permettra la création d’un fonds pour financer des projets innovants dans le recyclage et la gestion des déchets plastiques.

Comme pour le premier programme de développement durable, L’Oréal ne détaille pas l’investissement envisagé pour mener à bien toutes ces ambitions. Jean-Paul Agon explique ne pas pouvoir « calculer le coût que cela représente » en raison de la multitude d’initiatives à tous les niveaux. Mais il assure que cela n’a « aucun impact négatif sur la rentabilité du groupe, au contraire. Ces sept dernières années ont montré une révolution durable et la meilleure période de croissance de l’entreprise« .

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Traité sur la charte de l’énergie : le texte qui permet aux multinationales d’attaquer les Etats – Marianne

C’est dans la plus grande discrétion que se décide, une fois de plus, l’avenir de…

20 minutes ago

Transition énergétique : Le CESE plaide pour une nouvelle stratégie – Médias 24

Une accélération de la transition énergétique permettrait d’ancrer sur le long terme le Maroc dans…

45 minutes ago

Al Akhawayn dévoile les programmes de son plan stratégique 2020-2025 – Finances News Hebdo

L'École des sciences et de l'ingénierie dispensera, à partir de l'automne 2020, 8 nouveaux programmes…

1 heure ago

Fès : L’université Euromed reçoit de l’UE un don additionnel de 5,4 MDH – Industrie du Maroc Magazine

L’Université EuroMed de Fès (UEMF) a reçu de l’UE un don additionnel de 5,4 MDH…

1 heure ago

Centrale photovoltaïque de Kerambris au point mort, l’arrêté préfectoral annulé par une mesure de justice – France 3 Régions

Un soulagement pour les opposants Le jugement a été rendu, sur le fond, le 3…

2 heures ago

This website uses cookies.