La « supply chain » se réinvente par la Tech – Les Échos

Aucune supply chain n’était préparée à un scénario de crise sanitaire mondiale. Aucun plan de continuité d’activité ne l’envisageait de manière sérieuse. Certaines chaînes logistiques, tels les flux alimentaires, se sont retrouvées en tension quand d’autres étaient paralysées, faute de personnel (contraint au confinement). La reprise pourrait aussi être chaotique, avec une demande imprévisible. Pour le secteur, cet ultime défi de résilience se cumule désormais aux nombreux enjeux, souvent contradictoires, auxquels les professionnels qui y travaillent sont soumis. Déjà pris en étau entre massification des flux et limitation de l’impact environnemental, entre exigences accrues du consommateur et réduction des coûts, ces derniers doivent maintenant développer des capacités d’adaptabilité et de réactivité extrêmes. Toutes les filières de la logistique sont concernées. Pour relever ces défis, les chargeurs comme les transporteurs ou les concepteurs d’immobilier spécialisé misent sur l’innovation et la digitalisation.

L’e-commerce modifie la donne

L’e-commerce, qui a connu une envolée pendant le confinement, a bouleversé les comportements d’achat, avec des délais et des modes de livraison toujours plus contraignants. « La supply chain est un levier stratégique. Elle a besoin d’être à la pointe de la technologie pour mieux servir le consommateur », confirme Francisco Garcia, directeur supply chain L’Oréal Operations. Dans un environnement urbain engorgé, le travail sur le dernier kilomètre, qui représente jusqu’à 60 % du coût du transport, mobilise les logisticiens. L’utilisation des boutiques comme entrepôts, associée à l’option « ship from store » de logiciels d’unification des stocks, se développe.

Sobriété énergétique des transports

La livraison par camion reste cependant incontournable. Leur conversion amorcée au gaz naturel pour véhicules (GNV) – qui diminue les émissions de CO2 de 15 % par rapport aux véhicules de l’ancienne génération – ou au biogaz limite leur empreinte carbone. « Nous testons actuellement aussi une quinzaine de véhicules électriques adaptés aux tournées du dernier kilomètre. Il n’y a cependant pas encore de consensus au niveau de la profession sur ‘la’ solution universelle », explique Jean-Emmanuel Mongnot, directeur général Transport France de XPO Logistics. Quant aux drones ou aux robots, ils suscitent des réserves car « ils sont limités en capacité d’emport et posent des problèmes de sécurité en zone dense », selon Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR).

L’IA pour optimiser les tournées

Avec 24 % du trafic généré par le transport routier à vide selon une étude JLL de 2018, l’optimisation des tournées est un enjeu majeur de la supply chain, tant sur le plan environnemental qu’économique. Les transporteurs développent depuis peu des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) qui mixent les données des flux, les informations des sous-traitants et des livreurs, ou les mouvements de consommation. L’objectif est d’optimiser les chargements et de repositionner les véhicules en temps réel. La start-up Sightness propose une solution SaaS basée sur l’IA pour prédire les anomalies de transport potentielles à partir d’une combinaison de données, trafic et météo inclus.

Des entrepôts de plus en plus robotisés

« Conséquence de ces bouleversements technologiques : l’immobilier logistique accueille des process nécessités par l’ensemble de la supply chain », pointe Jean-Paul Rival, directeur général de Concerto. Réceptionner, stocker, préparer des commandes, emballer et expédier : toutes ces activités s’automatisent pour augmenter la cadence et la fiabilité. Les robots « Goods to man » (qui apportent les produits aux préparateurs), les convoyeurs autoguidés, les robots de palettisation et autres inventaires par drones se multiplient. « Un projet d’entrepôt sur deux comporte un degré de robotisation élevé », confirme Vincent Ricci, directeur du développement supply chain de XPO Logistics. La composante environnementale s’invite également dans l’équation. Alimentation en électricité issue d’énergies renouvelables dans le Groupe Rocher, panneaux photovoltaïques chez L’Oréal : beaucoup travaillent à la neutralité carbone de leurs sites pour 2025.

Et demain ?

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