L’arrêt de Fessenheim va-t-il faire exploser nos émissions de CO2? – BFMTV

Si la France devra compenser l’électricité produite à Fessenheim par des sources d’énergie plus émettrices en CO2, les émissions pourraient malgré tout ne pas exploser. Explications.

Fessenheim c’est fini. La doyenne des centrales nucléaires françaises a été définitivement débranchée ce lundi soir à 23 heures. Mais est-ce que cette fermeture signe la fin du nucléaire en France? C’est ce qu’espèrent les anti-nucléaires qui y voient une grande avancée. La part du nucléaire dans la production devrait baisser à 50% d’ici à 2035, c’est en tout cas l’objectif du gouvernement.

Un objectif difficilement tenable selon les partisans de la filière. Et il est vrai qu’on en est très loin. Aujourd’hui, le nucléaire représente un peu plus de 70% de l’électricité produite en France. Son poids a tendance à baisser avec le développement des énergies renouvelables et des maintenances des centrales, mais il reste essentiel dans le mix énergétique du pays. Et notamment parce qu’il est très peu émetteur de gaz à effet de serre.

Sur le cycle de vie d’une installation, le nucléaire émet en effet 60 fois moins de CO2 que le charbon, 40 fois moins que le gaz et même quatre fois moins que le solaire. Si on devait compenser l’arrêt de Fessenheim par du solaire, la France émettrait 250.000 tonnes de CO2 de plus dans l’atmosphère, soit l’équivalent d’un an d’éclairage nocturne dans le pays.

Selon la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), ce serait même beaucoup plus.

« La fermeture de la centrale de Fessenheim entraînera, selon les premières estimations à confirmer, des émissions additionnelles de l’ordre de 10 millions de tonnes de CO2 par an pour le secteur électrique, l’équivalent des émissions d’une ville comme Glasgow en Ecosse », assure dans une tribune publiée par Le Monde Valérie Faudon, la déléguée générale de la SFEN.

Elle estime en effet que le pays devra se fournir à l’étranger pour compenser la production perdue. Puisque selon elle la France devra acheter de l’électricité en Europe qui est beaucoup plus carbonée que la nôtre. La hausse des émissions de CO2 liées à l’arrêt de Fessenheim est évaluée à 10 millions de tonnes dans toute l’Europe par la SFEN, soit l’équivalent de la moitié de toutes les émissions du trafic aérien en France.

Moins de charbon, plus de gaz

Mais l’estimation est peut-être exagérée.

« La fermeture de Fessenheim peut conduire à un surcroît d’émissions, estime Nicolas Goldberg, analyste énergie chez Colombus Consulting dans

Le Monde. Mais les émissions du parc électrique français ne vont pas augmenter pour autant car en parallèle, on utilise moins les centrales à charbon. »

En effet, en 2019, avec la rénovation des centrales nucléaires qui ont conduit à la fermeture momentanée de certaines, la France s’est effectivement davantage tournée vers les énergies fossiles pour compenser. Leur poids a progressé de près de 10% dans notre mix énergétique. Pourtant, nos émissions de CO2 ont baissé de 6% sur la période. Cela s’explique par l’évolution au sein de ce « mix carbone ». Le pays a eu davantage recours au gaz qu’au charbon. Avec la hausse des prix du carbone, la production d’électricité à partir du charbon s’est effondrée de 72%. Si cette tendance perdure, l’impact de la fermeture de Fessenheim sur les émissions de CO2 pourrait effectivement être plus limité que les 10 millions de tonnes anticipées par la SFEN.

Quid en revanche du coût? L’électricité française est une des moins coûteuse d’Europe. Elle est en effet 40% moins chère qu’en Allemagne et 18% moins chère qu’en moyenne dans l’Union Européenne.

Mais si elle est moins chère c’est que le parc nucléaire français est vieillissant et donc largement rentabilisé. L’inconvénient c’est qu’il faut maintenant l’entretenir. Le projet de rénovation baptisé « grand carénage » pour permettre d’allonger la durée de vie des réacteurs de 30 à 40 ans pour un coût de 48 milliards d’euros pourrait enchérir le prix de l’électricité nucléaire. Bien moins coûteux que de construire des réacteurs de nouvelle génération comme les EPR, mais plus coûteux que de développer des énergies renouvelables.

Des énergies renouvelables dont le poids va continuer à croître dans les années à venir mais qui présentent un inconvénient rédhibitoire: elles sont intermittentes. Sans vent, sans soleil, plus d’électricité. Et tant qu’on ne peut pas stocker l’électricité produite dans des batteries géantes, les énergies d’origine nucléaire ou fossile semblent incontournables pour produire de l’électricité en continu.

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