Le secteur de l’énergie fait sa révolution en Bourse – Les Échos

Publié le 14 oct. 2020 à 6:30

Un vrai chamboule-tout. En dix ans, le palmarès des plus grosses capitalisations boursières du secteur de l’énergie a été bouleversé sous l’effet de la transition énergétique, une tendance encore accentuée par la pandémie de Covid-19. En octobre 2010, ExxonMobil, la première compagnie pétrolière privée du monde, trônait en tête du classement avec une valeur proche de 330 milliards de dollars.

La major texane est aujourd’hui détrônée, avec une capitalisation réduite de plus de moitié. Elle est même dépassée par une société inconnue de ce côté de l’Atlantique, NextEra, le numéro un américain de l’énergie éolienne. Il y a dix ans, NextEra pesait six fois moins lourd en Bourse.

Chassé-croisé spectaculaire

Ce chassé-croisé spectaculaire trouve en partie son explication dans les difficultés que traverse ExxonMobil. La compagnie dirigée par Darren Woods a publié une perte trimestrielle au printemps, pour la première fois depuis 1988. Elle a dû déprécier massivement ses actifs pour tenir compte de la chute des cours du brut. Cruel symbole de ce passage à vide, la valeur vient d’être exclue de l’indice Dow Jones , dont elle faisait partie sans discontinuer depuis 1928.

Le cas d’Exxon est extrême, de même que celui de NextEra, qui est en train de devenir un géant des renouvelables en Amérique du Nord. Mais ils sont loin d’être isolés. Des deux côtés de l’Atlantique, les cours de Bourse des majors pétrogazières se sont effondrés depuis le début de l’année : -41 % pour Total, -40 % pour Chevron… BP et Shell ont fait encore pire, tombant le mois dernier au plus bas depuis un quart de siècle.

Finance durable

« La tendance avait commencé avant la pandémie, rappelle Sandrine Cauvin, analyste gérante chez Otéa Capital. A la baisse des cours du pétrole s’ajoute le développement de la finance durable. De plus en plus de gros investisseurs se détournent des énergies fossiles pour répondre aux exigences de leurs clients. » C’est le cas en particulier du Fonds souverain norvégien , mais aussi de certains fonds de pension américains. Au-delà des considérations éthiques, les sociétés pétrolières voient leur croissance ralentir et certaines sont même forcées de réduire leur dividende pour la première fois depuis des décennies (Shell) ou de ne pas l’augmenter (Exxon). De quoi refroidir les actionnaires.

A l’inverse, les perspectives des sociétés spécialisées dans les énergies renouvelables sont au beau fixe. Il s’agit parfois de « pure players », comme l’allemand Siemens Gamesa ou le danois Vestas, deux des plus gros producteurs d’éoliennes. Ce sont aussi des compagnies électriques historiques qui développent d’importantes capacités de génération d’électricité solaire, éolienne ou hydraulique. C’est le cas de l’espagnol Iberdrola, du portugais EDPR ou encore d’Enel. Pour la première fois, ce groupe italien pèse plus que le pétrolier Total en Bourse.

Une bulle ?

Est-ce une bulle sur le point d’éclater ? Les ratios de valorisation pourraient le laisser penser. « Ils sont parfois incohérents vu les perspectives de rentabilité », pointe Christophe de Failly chez Etoile Gestion, filiale d’Amundi. Le titre Iberdrola se paie 10 fois son excédent brut d’exploitation prévu l’an prochain, le danois Orsted plus de 25 fois. En comparaison, ce ratio est inférieur à 5 chez Total.

« Les valeurs renouvelables bénéficient d’un effet de rareté, explique John Plassard, spécialiste en investissement de la banque Mirabaud. Il y a peu de véhicules pour les investisseurs qui veulent jouer les renouvelables en Bourse. Et elles ne paraissent pas si chères au vu de leurs perspectives de croissance. » D’autant que certaines de ces sociétés pourraient intéresser, justement, les compagnies pétrolières qui cherchent à accélérer dans les renouvelables . « Les perspectives de consolidation soutiennent les cours », explique Sandrine Cauvin.

Changement de paradigme

Pour Christophe de Failly, cette valse des capitalisations boursières « reflète un changement de paradigme dans le secteur de l’énergie qui est là pour durer ». En tout cas tant que la visibilité sur la demande de pétrole restera aussi faible.

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