Le temps du « green washing » est révolu chez les compagnies pétrolières – Les Échos

Publié le 1 oct. 2020 à 6:15Mis à jour le 1 oct. 2020 à 6:18

L’époque du « green washing » est révolue. Pour les grands pétroliers européens, la transition énergétique se traduit désormais très concrètement par des investissements massifs dans l’électricité éolienne et solaire, les bornes de recharge pour les véhicules électriques ou encore les biocarburants et l’hydrogène vert .

Bien sûr, ils ne vont pas cesser de produire du pétrole et du gaz dès demain, ni même après-demain. Les associations de défense de l’environnement pointent les centaines de milliards que Total, BP ou Shell continueront à investir dans les hydrocarbures ces prochaines années. Des dépenses incompatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique telle qu’elle est définie dans l’Accord de Paris, critiquent les ONG.

Un quart des revenus en 2030

Mais c’est un fait, les énergies nouvelles représenteront bientôt une part significative de l’activité des groupes pétroliers. Les grandes compagnies pétrogazières européennes vont investir 170 milliards de dollars dans les renouvelables d’ici à 2030, estiment les analystes de Goldman Sachs. Leur part de marché dans les projets éoliens et solaires passera d’à peine 1 % en 2019 à 10 % dans dix ans. Soit autant que leur part dans la production mondiale d’hydrocarbures aujourd’hui.

Les activités qui n’émettent pas de CO2 – telles que définies par la « taxonomie » européenne -, pourraient alors représenter le quart de leur chiffre d’affaires, contre 7 % actuellement, et même la moitié de leurs investissements, une proportion multipliée par cinq en une décennie. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, ne dit pas autre chose lorsqu’il promet de faire de son groupe l’un des cinq premiers producteurs d’électricité renouvelable . Shell veut même devenir le numéro un mondial de l’électricité dès 2030 !

L’action BP au plus bas

BP vise une capacité de 50 gigawatts dans dix ans, l’équivalent d’une grosse compagnie électrique aujourd’hui. « Les ambitions climatiques de long terme de toutes les compagnies pétrolières européennes nécessitent une transformation de leur structure dans sa totalité au cours des deux ou trois prochaines décennies », écrivent les experts de HSBC.

Les actionnaires des majors du pétrole ont bien compris qu’il s’agissait d’une évolution majeure. L’électricité bas carbone représentera de 10 à 20 % de la valeur boursière des groupes d’ici à 2030, prévoit Goldman Sachs. Il faut donc convaincre la communauté financière du bien-fondé de ce tournant. C’est ce que Total a commencé à faire mercredi au cours d’une journée investisseurs. « La confiance des actionnaires est fragile », souligne HSBC. L’action BP est tombée à son plus bas niveau depuis 25 ans dans les jours qui ont suivi sa présentation sur la transition énergétique .

Confiance fragile

Les majors gagneront-elles autant d’argent avec les éoliennes qu’avec les puits de pétrole ? « En théorie, les activités bas carbone peuvent générer un retour sur investissement proche de 8 %, ce qui est plutôt bon dans l’environnement actuel, explique Biraj Borkhataria, analyste chez RBC Capital Markets. Mais les pétroliers doivent encore prouver qu’ils peuvent dégager une telle rentabilité. »

Les énergies renouvelables ont l’avantage d’être moins volatiles que le pétrole et de « générer des cash-flows stables », expliquent les analystes de Citi. Ces activités subissent toutefois « une concurrence croissante », ce qui se traduit par « une rentabilité dégradée ». Les start-up du secteur sont « plus petites, plus rapides et plus avancées dans le numérique », préviennent-ils. « La question majeure est de savoir quand les compagnies pétrolières commenceront à réduire le poids de leur coeur de métier, poursuit Biraj Borkhataria. Car ce sont les hydrocarbures, dont les cash-flows sont extrêmement élevés, qui permettent de financer les investissements dans la transition énergétique. »

Le travail de conviction ne fait que commencer. L’action Total a cédé plus de 40 % depuis le début de l’année, celle de Shell près de 60 %. L’essentiel de la chute s’explique par la pandémie, qui pèse sur la consommation d’hydrocarbures . Pour les analystes de HSBC, « cela reflète aussi le scepticisme des investisseurs sur la capacité de ces entreprises à équilibrer leurs ambitions climatiques et leur structure financière ».

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Voltalia : Revenus du troisième trimestre 2020 en hausse de 33 % à taux constants – Zonebourse.com

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 21 octobre 2020 Revenus du troisième trimestre 2020 en hausse de 33…

28 minutes ago

Maroc-Guinée Bissau : 4 nouveaux accords signés à Rabat – Médias 24

Le Maroc et la Guinée Bissau ont signé, ce mercredi 21 octobre à Rabat, quatre…

1 heure ago

Comment se fournir en électricité « vraiment » verte ? – Les Échos Start

Publié le 21 oct. 2020 à 19:09Mis à jour le 21 oct. 2020 à 19:19En…

1 heure ago

Le Premier ministre inaugure l’Ecole nationale supérieure des énergies renouvelables – Algérie Presse Service

BATNA- Le Premier ministre Abdelaziz Djerad a procédé, mercredi,  à l’inauguration de l'Ecole nationale supérieure…

2 heures ago

Le parc Léo équipé de lampadaires intelligents – L’Hebdo du Vendredi

Les énergies renouvelables ont la côte. Cette fois, c'est le soleil qui est sollicité avec…

3 heures ago

Signature de quatre accords de coopération entre le Maroc et la Guinée Bissau – La Nouvelle Tribune

PARTAGER Signature de quatre accords de coopération entre le Maroc et la Guinée Bissau Le…

3 heures ago

This website uses cookies.