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Les astronomes font leur autocritique climatique – Le Temps

Ils contemplent les étoiles, mais n’oublient pas de se regarder dans le miroir. Dans une série d’articles publiés dans le journal Nature Astronomy le 10 septembre dernier, des astronomes ont fait leur autocritique en étudiant les émissions de dioxyde de carbone (CO2) causées par leur activité. Celle-ci est loin d’être négligeable.

Les principales sources d’émissions diffèrent d’un endroit à l’autre. Dans la première étude menée en Australie, Adam Stevens de l’Université de Western Australia, pointe du doigt la consommation électrique des superordinateurs qui traitent les données recueillies par les astronomes. Sur un total de 37 tonnes de CO2 par an liées aux activités astronomiques, 22 seraient dues à leur utilisation.

En Allemagne, l’Institut Max-Planck d’astronomie (MPIA) a conclu que chacun de ses employés était à l’origine de 18 tonnes de CO2 chaque année, mais cette fois ce sont les voyages professionnels qui sont les premières causes de pollution. Au Canada-France-Hawaii Telescope (CFHT) au sommet du Mauna Kea, ce sont les équipements du télescope qui consomment énormément: 16 tonnes de CO2 par employé et par an.

Pas plus de 2,7 tonnes de CO2 par individu

Les montants sont loin d’être astronomiques, surtout comparés à la pollution générée par les industries pétrolières par exemple. Mais alors que l’Accord de Paris recommande de ne pas dépasser les 2,7 tonnes de CO2 par individu par an, force est de constater que les astronomes sont loin du compte. A titre de comparaison, un Suisse émet en moyenne 14 tonnes par an, soit 14 allers-retours Genève-New York.

C’est ce qui a poussé les auteurs de ces différents articles à se pencher sur la question. «Nous voulions montrer l’exemple, précise Adam Stevens. Chaque industrie pollue et la nôtre ne fait pas exception. Nous devons trouver le meilleur moyen de réduire cette contribution au changement climatique.»

Une prise de conscience accompagnée de propositions de solutions, certaines ayant déjà été mises en place récemment de manière un peu brusque: «Le confinement nous a forcés à nous rendre compte que, dans bien des cas, les déplacements n’étaient pas forcément nécessaires», confie Faustine Cantalloube, chercheuse française au MPIA. Cloués au sol, les chercheurs de l’institut allemand en ont profité pour revoir leur politique et doivent désormais indiquer le coût carbone et l’intérêt scientifique de leur déplacement pour obtenir le feu vert.

En tant que chercheurs, nous sommes impliqués. Nous ne pouvons pas faire comme si nous ne voyions pas le problème

Nicolas Flagey, auteur d’une étude sur les émissions de CO2 d’un télescope hawaïen

Les conférences virtuelles deviennent la norme, avec des avantages pas seulement écologiques, selon Faustine Cantalloube: «C’est beaucoup plus inclusif avec davantage de place laissée aux jeunes chercheurs et aux instituts qui ne peuvent pas se payer de tels voyages. Cela donne la parole à plus de gens.» Même les activités de recherches peuvent s’effectuer à distance: «A l’Observatoire européen austral, 30% de nos observations se font à distance via des salles de contrôle», détaille Julien Milli, coauteur d’une des études, qui a passé sept ans dans ce complexe au Chili.

Les astronomes étant nombreux à utiliser des instruments nocturnes, l’énergie solaire n’est pas toujours une option pour eux. Pour Nicolas Flagey, auteur de l’étude sur le télescope hawaïen, «nous sommes dépendants des énergies fossiles, difficile d’installer des panneaux solaires sur le dôme de l’observatoire! Donc nos équipements consomment beaucoup d’énergies fossiles.»

Et les autres disciplines?

Son observatoire a toutefois réussi à faire diminuer de 90% la consommation des bureaux, désormais alimentés par l’énergie solaire. Même schéma en Australie où depuis la publication de ces articles deux superordinateurs sont passés à 100% à l’énergie renouvelable. Tous les chercheurs interrogés assurent avoir eu des retours très positifs sur ces articles qui ne cherchent pas à remettre en cause l’activité des astronomes, mais avant tout à identifier les problèmes pour trouver des solutions.

«En Suisse, c’est un sujet qui est de plus en plus présent depuis quelques années, assure Emeline Bolmont de l’Observatoire de Genève. Nous avions déjà créé un groupe de travail dédié au développement durable et nous prenons des mesures à notre échelle locale. Mais ces papiers peuvent encourager une approche plus globale.»

Les auteurs espèrent aussi déclencher des réactions similaires parmi les autres disciplines scientifiques. «En tant que chercheurs, conclut Nicolas Flagey, nous sommes impliqués. Nous ne pouvons pas faire comme si nous ne voyions pas le problème.»

Lire aussi: Le CERN fait son examen de conscience écologique

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