Les cryptomonnaies seraient moins nocives que l’on croit pour l’environnement – Les Échos

Les cryptomonnaies sont-elles aussi énergivores qu’on le prétend ? Ce qui est certain, c’est que ces données sont difficiles à quantifier. Dans une nouvelle étude publiée début août par la revue scientifique Joule , trois chercheurs de l’université de Munich ont revu ces estimations à la baisse.

D’après leurs résultats, le bitcoin ne consomme pas autant d’énergie que la Suisse, comme on le lit parfois sur internet.

Les scientifiques se sont appliqués à estimer la consommation de l’emblématique bitcoin et celle de 20 autres devises cryptographiques, qui fonctionnent sur le même type d’algorithme de validation. Leur panel pèse donc 98 % de la capitalisation boursière des cryptomonnaies. Et la prise en compte des plus de 500 devises existantes alourdirait le bilan énergétique d’au moins 50 %.

Une consommation difficile à quantifier

Au total, d’après leur étude, les cryptomonnaies absorberaient environ 33 térawatt-heures chaque année, soit l’équivalent, tout de même, de la consommation énergétique annuelle de pays comme la Bulgarie ou le Danemark.

Une évaluation que l’étude révèle tout en restant prudente : « Toutes les estimations d’énergie, en fonction des hypothèses sous-jacentes, sont sujettes à des incertitudes. Et en particulier, en fonction des dispositifs de minage que l’on choisit d’intégrer dans l’analyse, car cette industrie travaille avec une forte culture du secret ».

C’est cette « culture du secret » qui pourrait notamment expliquer que, d’autres études, notamment celle de l’Université de Cambridge et de Digiconomist , rendent compte d’un bilan énergétique du bitcoin largement supérieur. Avec une méthodologie différente, l’analyse britannique chiffre la consommation d’énergie consommée par le bitcoin deux fois supérieure à l’étude allemande, qui prend, elle, en considération 21 devises.

Le bitcoin reste tout de même la plus énergivore des devises cryptographiques, et accaparerait les deux tiers de la consommation totale estimée contre un tiers pour les 20 autres monnaies.

Un recours majoritaire à l’énergie verte

Le processus d’extraction des cryptomonnaies, réalisé par le minage et souvent qualifié de « catastrophe écologique », est-il vraiment un poids pour l’environnement ? « Il faut savoir qu’à l’origine, les mineurs se sont répartis là où la capacité de production des centrales électriques est supérieure à la demande. Le bitcoin s’est nourri de ce qui débordait de la production mondiale uniquement », explique Sébastien Gouspillou, cofondateur de BigBlock Data Center, société française de minage de cryptomonnaies.

Et, bien que l’excédent d’électricité puisse être fourni à bas coût par l’industrie pétrolière dans les pays du Golfe, les pays producteurs de charbon ou le secteur du gaz, qui abonde notamment en Iran, « le bitcoin est essentiellement produit à partir de l’hydroélectricité », souligne ce pionnier du minage dans l’Hexagone.

En effet, l’hydroélectricité est économiquement plus intéressante pour le minage que l’électricité carbonée. Les centrales hydroélectriques revendent aux mineurs leurs excédents, qui seraient perdus car ne pouvant pas être stockés, et engrangent ainsi des bénéfices sans augmenter leurs coûts de production, contrairement aux centrales à énergies fossiles qui définissent leurs prix de revente en fonction du coût de la matière première.

La vraie question, le recyclage des machines

En Europe, l’Islande fonctionne selon ce modèle, où les revenus du minage sur les centrales thermiques en surcapacité sont réinjectés dans l’appareil national d’électricité. Ce recours uniquement aux surplus d’électricité hydraulique, le français BigBlock Data Center affirme par exemple l’avoir mis en place au Kazakhstan l’année dernière.

Cependant, même si cette pratique s’observe à travers le monde, « il est aujourd’hui impossible de connaître la proportion d’énergies renouvelables dans la production du bitcoin », reconnaît Sébastien Gouspillou.

Au niveau environnemental, la vraie question que soulève la production de cryptomonnaies tiendrait plutôt au retraitement des machines nécessaires au minage : les matériels ASIC.

Ces appareils électroniques dédiés aux algorithmes de minage, qui ont distancé les ordinateurs classiques et dont les performances énergétiques s’améliorent avec le temps, sont généralement garantis six mois par les constructeurs et leur durée de vie supérieure à 3 ans. Dans un contexte où seulement 20 % des déchets électroniques sont recyclés à l’échelle mondiale, les fabricants réfléchissent actuellement à la manière d’organiser leur filière de revalorisation.

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