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Les données sont la nouvelle électricité – L’Echo

Chris Peeters (CEO d’Elia Group), Johan Thijs (CEO de KBC Groupe) et Guillaume Boutin (CEO de Proximus) s’accordent sur ce point: l’émergence de nouveaux écosystèmes numériques ouvre des perspectives inédites tant pour les grandes entreprises belges que pour notre économie au sens large. L’Internet of Energy en est une parfaite illustration.

Depuis plusieurs années, Elia, KBC et Proximus contribuent à la création de nouveaux écosystèmes numériques. Pouvez-vous revenir sur leur genèse?

Chris Peeters: Pour atteindre nos objectifs climatiques, il faudra plus qu’une simple transition énergétique. D’autres secteurs s’électrifieront massivement pour devenir neutres en carbone. Afin de maintenir l’équilibre de notre réseau électrique, ces nouveaux secteurs doivent pouvoir interagir avec nous de manière numérique, gérer leur consommation de façon intelligente et l’aligner avec la production du moment. À cette fin, nous allons développer un nombre croissant de services, en plus de fournir des électrons. Nous entrerons ainsi en contact avec des secteurs que nous ne connaissons pas si bien, tels que le secteur automobile, bancaire et des télécommunications. Les motiver à faire partie de notre écosystème fut un défi, mais les résultats des premiers projets-tests sont très encourageants.

Johan Thijs: Chez KBC, nous avons commencé à prendre des mesures voici sept ans pour aller au-delà de nos produits de bancassurance traditionnels. Nous avons notamment constaté que nos clients changeaient peu à peu de comportement. Aujourd’hui, notre modèle envisage surtout de rendre la vie facile à nos clients lorsqu’ils effectuent une transaction financière. Ainsi, grâce à notre application de banque mobile, nous offrons toute une gamme de services qui vont bien au-delà de notre métier de base . Par exemple, nous vendons plus de 300.000 billets de train par an via cette application, ce qui est probablement plus que ce que la SNCB vend elle-même en ligne! (Il sourit.) Nos clients suivent le mouvement car, en tant que banque, nous leur proposons naturellement un environnement sûr pour chaque transaction financière. Parallèlement, nous nous associons à de nombreux intervenants externes pour construire un tout nouvel écosystème pour nos clients, garni de nouveaux services que vous pouvez activer ou payer avec votre smartphone.

“Les consommateurs veulent devenir plus respectueux de l’environnement et bénéficier de services qui les aident dans leur gestion de l’énergie. L’approvisionnement en électrons perd en importance.” – Chris Peeters, CEO d’Elia Group

Quels sont les principaux facteurs de succès?

Guillaume Boutin: Dans le développement d’un tel écosystème, une connaissance approfondie du marché local et du comportement des consommateurs locaux est essentielle. C’est pourquoi des marques locales fortes, telles que Proximus, peuvent jouer un rôle majeur dans les années à venir. En Europe, nous avons perdu la première bataille sur le terrain de l’internet face aux Google et Facebook de ce monde. La deuxième bataille se déroulera à un niveau différent: local, aussi personnalisé que possible et dans le plus grand respect de la vie privée. Notamment pour toute une série de services quotidiens, allant de la mobilité à une consommation d’énergie efficace et flexible, en passant par l’éducation et la santé. Dans cette optique, les marques locales fortes devront souvent mettre en place des partenariats. Ce qui, à son tour, peut créer une dynamique d’innovation numérique vertueuse.

La nouvelle réalité numérique implique-t-elle que le consommateur sera dans le cockpit?

Johan Thijs: Absolument. Grâce à la technologie, le client a le contrôle. Les entreprises fourniront de moins en moins de produits et de plus en plus de services. Par exemple: de la lumière plutôt que des lampes. Le changement que de nombreuses entreprises opèrent actuellement vise d’abord à faciliter la vie des consommateurs dans un large éventail de domaines.

Quels sont, plus spécifiquement, les principaux facteurs de la transition numérique pour le secteur énergétique?

Chris Peeters: Les ambitions du Green Deal, tout comme les évolutions technologiques, modifient les besoins des clients. On assiste à l’essor des voitures électriques et des chauffe‑eau solaires. Les consommateurs veulent devenir plus respectueux de l’environnement et bénéficier de services qui les aident dans leur gestion de l’énergie. L’approvisionnement en électrons perd en importance. À terme, la voiture électrique sera intégrée dans un concept de maison intelligente où la batterie sert à la fois pour l’éclairage et le chauffage du bâtiment. Plusieurs secteurs sont ainsi associés. Il est donc crucial que nous veillions à une collaboration harmonieuse. La même évolution se produit dans les rangs de nos clients industriels. Un Arcelor ou un Google veut être sûr que l’électricité qu’il consomme est produite de façon écologique, et pas simplement se fier à un certificat. Ces évolutions rendent l’interaction avec notre réseau beaucoup plus complexe, et nous devrons gérer au mieux cette nouvelle donne.

“Avec notre application, nous offrons toute une gamme de services qui vont bien au-delà de notre métier de base. Nous avons vendu en moyenne plus de 300.000 billets de train par an via cette application, ce qui est probablement plus que ce que la SNCB vend elle-même en ligne.” – Johan Thijs, CEO de KBC

Est-il difficile de convaincre les clients d’entrer dans ce nouvel écosystème?

Guillaume Boutin: Nous devons apprendre à nous inscrire dans le parcours numérique de ces clients. Or, c’est impossible si on se concentre  seulement sur un ou deux services . Même en tant qu’entreprise de télécommunications, nous devons nous efforcer de rendre l’ensemble duparcours client aussi confortable que possible. Comme un assistant numérique, en quelque sorte. Si les entreprises belges ne le font pas, de grands acteurs étrangers ne tarderont pas à s’attribuer ce rôle.

Où en sommes-nous dans la transition du secteur énergétique?

Chris Peeters: Notre secteur présente les avantages et les inconvénients d’un service physique : les électrons doivent être livrés. Toutefois, ce service physique a aussi ses limites, ce qui ralentit la numérisation. Si tous les résidents d’une même rue ont une voiture à recharger, nous devons tenir compte des limites du réseau et de la production d’énergie renouvelable du moment. Mais nous devons faire en sorte que toutes ces pièces s’emboîtent. Nous évoluons vers un marché des énergies renouvelables qui peut être anticipé mais pas réellement contrôlé, alors que c’est actuellement possible avec les centrales nucléaires et au gaz. Nous devons donc veiller à ce que la demande s’adapte à la production. La bonne nouvelle est que les véhicules électriques et les pompes à chaleur peuvent être utilisés de manière flexible ; la consommation peut être décalée dans le temps. En tant que gestionnaire de réseau, nous sommes en train de mettre en place un système qui place le client au centre et lui fournit des services qui l’encouragent à faire profiter le marché de sa flexibilité. L’usager ne sera séduit par le compteur numérique que si celui-ci s’accompagne de services numériques améliorant son confort. C’est pourquoi Elia a mis en place l’écosystème de l’Internet of Energy avec tous les gestionnaires de réseaux de distribution belges. Plus de 60 entreprises belges s’y sont inscrites dans un premier temps.

“Pour développer un nouvel écosystème, une connaissance approfondie du marché local et du comportement des consommateurs locaux est essentielle. C’est pourquoi des marques locales fortes peuvent jouer un rôle majeur dans les années à venir.” – Guillaume Boutin, CEO de Proximus

Jusqu’où les entreprises peuvent-elles aller dans ces nouveaux écosystèmes et cette réflexion en plateforme?

Johan Thijs: De la même manière que les transactions financières resteront toujours notre activité principale, toutes ces entreprises resteront fidèles à leur activité de base; c’est au niveau de l’exécution de celle-ci que la donne changera. Ces nouveaux écosystèmes pourraient à terme s’avérer déterminants pour l’avenir économique de ce pays. Aujourd’hui, on constate que les opérateurs technologiques étrangers dominent le marché chez nous mais qu’ils apportent peu de valeur ajoutée au niveau local.

Chris Peeters: Exactement. Pour le secteur de l’énergie en particulier, chaque pas que nous franchissons contribue à accroître la prospérité. En optimisant la gestion de la demande et les systèmes de stockage locaux, nous devons investir moins dans de nouvelles lignes, de nouvelles centrales électriques et de nouveaux transformateurs. En outre, nous améliorons l’expérience du client : nous lui offrons non seulement beaucoup plus de flexibilité et de confort, mais aussi de nouveaux services.

Guillaume Boutin: Proximus assume pour sa part un double rôle. Le premier est que nous construisons un nouveau réseau gigabit ouvert pour rendre toutes ces applications numériques possibles, y compris pour les partenaires extérieurs. En même temps, nous développons nous-mêmes des écosystèmes de services numériques pour nos clients, et ces services  ne cesseront de gagner en importance. Nous créons donc une valeur ajoutée à deux niveaux.

Chris Peeters (CEO d’Elia Group), Johan Thijs (CEO de KBC Groupe) et Guillaume Boutin (CEO de Proximus)
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