Les doutes de l’Ademe à propos de la technologie de captage-stockage du CO2 – Environnement – L’Usine Nouvelle

Parfois vanté comme solution miracle par les industries pour réduire facilement leurs émissions, le captage et le stockage géologique de CO2 (CSC) pourrait ne pas être si utile que ça, estime l’Ademe dans un avis publié fin juillet. Selon l’agence de l’énergie, la technologie ferait d’ailleurs état d’un « potentiel limité » pour réduire les émissions.

Le CSC permet de récupérer le CO2 dans les fumées pour les transporter et les stocker dans le sous-sol. Parce qu’il aide à faire baisser son bilan carbone sans nécessiter de transformer son moyen de production, il fait l’objet de nombreux programmes de R&D depuis une vingtaine d’années. Une vingtaine de projets, dont une grande partie dans l’exploitation pétrolière, ont ainsi vu le jour partout dans le monde. Cependant, le volume stocké (23 millions de tonnes de CO2 par an) est « anecdotique au niveau mondial » selon l’Ademe. À titre d’exemple, la France produit annuellement l’équivalent de 441 millions de tonnes de CO2.

Un potentiel annuel français de stockage de 24 millions de tonnes de CO2

À cause de contraintes « techniques, géologiques, économiques, réglementaires et sociales », le CSC est uniquement applicable à trois zones spécifique du territoire français, autour de Dunkerque (Nord), le Havre (Seine-Maritime), et Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Selon l’Ademe, jusqu’à 24 millions de tonnes de CO2 pourraient ainsi être captées chaque année, dont 90 % seraient stockées en mer, hors du territoire français.

La mise en place future, dans ces zones, d’autres procédés de réduction des émissions (comme plus d’électrification ou une meilleure utilisation des énergies renouvelables) devraient cependant réduire le gisement. Un point « positif » lorsqu’il s’agira de respecter les orientations de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui limitent le nombre de tonnes de CO2 évitées annuellement grâce au CSC à 5 million d’ici à 2050. À noter que la plupart des sites de l’industrie chimique et du secteur cimentier, deux gros contributeurs en matière d’émissions, se situe hors des trois zones et ne pourra donc pas s’appuyer sur la technologie CSC pour décarboner ses activités.

« Dernière étape » de la décarbonation

Selon l’Ademe, l’utilisation du CSC est « à envisager en tant que dernière étape dans une stratégie de décarbonation commençant par les actions plus matures et performantes (l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables) », parce qu’il « reste un pari risqué ». Le CSC est une technologie encore peu compétitive, qui coûte 100 à 150 euros par tonne de CO2 évité, contre 20 à 25 euros pour les alternatives les moins chères, comme la chaleur de récupération. Malgré des optimisations, le CSC restera « une solution coûteuse car elle n’est adaptée qu’aux sites très fortement émetteurs, en nombre limité, et nécessite des adaptations au cas par cas. Elle ne verra donc pas ses coûts réduits drastiquement par un effet d’échelle », estime l’agence.

À cela s’ajoute le défi de l’ « acceptation sociétale […] au regard des risques technologiques et sanitaires potentiels ». En effet, « la réussite de projets nécessitera une implication de la société civile et des autorités locales, qui est loin d’être acquise », estime l’Ademe. D’importants moyens financiers doivent encore être investis pour le développement de projets futurs, « qui nécessite un temps de développement et d’intégration d’une dizaine d’années, et donc pas de résultats concrets à moyen terme », complète-t-elle.

Relocaliser et accompagner

Enfin, et parce que seulement trois territoires répondent aux critères pour une mise en œuvre du CSC en France, l’Ademe suggère de définir « une stratégie de relocalisation des sites émetteurs situés hors des zones concernées, conjointement entre les pouvoirs publics et les industriels concernés ». Autorités centrales et locales devront alors œuvrer à la reconversion des territoires lésés, afin d’accompagner les salariés concernés dans leur retour vers l’emploi.

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