« Les énergies du futur devront être vertes, résilientes et abordables, en Afrique plus qu’ailleurs » – Le Monde

Pour ne rien manquer de l’actualité africaine, inscrivez-vous à la newsletter du « Monde Afrique » depuis ce lien. Chaque samedi à 6 heures, retrouvez une semaine d’actualité et de débats traitée par la rédaction du « Monde Afrique ».

Tribune. La baisse marquée des cours du pétrole durant le premier semestre 2020 soulève des inquiétudes sur l’accélération de la transition énergétique en Afrique. De plus en plus de voix s’élèvent pour dire que la compétitivité et la rentabilité des investissements verts ne seraient plus assurées à l’ère du pétrole bon marché, que les investissements dans ces infrastructures engendreraient une rigidité des prix sur de longues périodes empêchant toute flexibilité en situation de crise et que, dès lors, les solutions thermiques resteraient les mieux adaptées aux besoins du continent.

Lire aussi L’Afrique incontournable pour conduire la transition énergétique mondiale

Le continent reste dépendant des énergies fossiles à plus de 75 % pour sa production électrique, tandis que plusieurs projets de centrales à charbon ont reçu leur feu vert ces derniers mois. L’un des plus emblématiques se situe au Zimbabwe. La centrale thermique de Sengwa, d’un coût total estimé à 3 milliards de dollars pour 2 800 mégawatts, vient de recevoir un soutien décisif sous la forme d’importants financements chinois.

Plus largement, les entreprises et les banques chinoises sont impliquées dans le financement d’au moins une douzaine de projets de centrales charbon sur le continent et plusieurs autres sont en cours de réalisation, selon des données compilées par Global Energy Monitor. En Afrique du Sud, le gouvernement a annoncé des mesures de soutien au « charbon propre » (dont l’efficacité et la compétitivité restent très largement remises en cause), pour soutenir la production électrique du pays dans le cadre de la relance post-Covid-19.

Plus de 600 millions d’Africains sans électricité

Ces projets sont inquiétants, non seulement parce qu’ils sont « court-termistes » et dangereux pour l’environnement, mais aussi parce qu’ils nous éloignent du profond changement de paradigme nécessaire pour électrifier tout le continent. Notre conviction est que « l’accès universel » à une énergie suffisante n’est pas contradictoire avec l’exigence environnementale.

Outre le besoin impérieux d’énergie pour soutenir la croissance du continent, la pandémie de Covid-19 nous rappelle que, sans énergie, il n’est pas possible d’apporter certains soins vitaux, ni d’assurer la continuité du système éducatif, ni de télétravailler. Cette crise doit surtout interpeller sur ces plus de 600 millions d’Africains pour qui l’électricité reste encore inaccessible.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le désarroi des pays producteurs de pétrole africains face à la chute des prix

Les énergies du futur devront être résilientes et abordables, en Afrique encore plus qu’ailleurs. Seules les énergies renouvelables peuvent répondre à ces défis. Leur nature décentralisée permet d’en faire bénéficier le plus grand nombre. Leur fonctionnement, moins impacté par la perturbation des systèmes d’approvisionnement en période de crise, apporte une plus grande résilience.

Ces dimensions permettraient à l’Afrique de se doter de ses propres armes pour assurer son indépendance énergétique et constitueraient ainsi un puissant bouclier contre de probables futurs conflits commerciaux internationaux et/ou récessions économiques. De plus, en raison de la baisse continue des coûts dans le secteur, les énergies renouvelables sont devenues les sources d’énergies les plus abordables et soutenables à long terme pour l’Afrique.

Forte dépendance aux énergies fossiles

Durant la dernière décennie, ce coût a été divisé par 3 pour l’éolien terrestre et par 10 pour le solaire à grande échelle. Les récents programmes solaires en Tunisie, en Egypte et en Ethiopie en témoignent, avec un tarif à moins de 30 $/MWh.

Une production électrique fondée sur les énergies fossiles ne représente en aucun cas la solution adaptée aux défis du continent, au-delà même d’évidentes raisons climatiques. Cela serait omettre la forte dépendance aux importations des énergies fossiles et donc à la volatilité des cours du pétrole, y compris parfois des pays producteurs de ces matières premières, qui importent le combustible destiné aux centrales thermiques. Les secteurs électriques africains restent très exposés aux variations du prix du fioul qui représente deux tiers du coût de l’électricité.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : en Afrique, l’eldorado pétrolier s’éloigne pour les petits pays producteurs

Cela serait aussi oublier qu’avec les premières mesures de déconfinement, les cours repartent déjà à la hausse et qu’une normalisation des prix est à prévoir. Rappelons que, durant les quinze dernières années, les cours du pétrole ont très souvent été au-dessus de 60 dollars le baril.

Cette situation a fragilisé les finances des sociétés électriques, fortement dépendantes des combustibles fossiles, et se répercute à la fois sur les tarifs d’électricité, parmi les plus élevés au monde, mais également sur les finances publiques, fortement impactées par les tarifs sociaux.

Une question de volonté politique

Le contexte actuel du baril bas devrait donc pousser à revoir les subventions notamment fiscales sur les combustibles fossiles, comme vient par exemple de le décider le Nigeria, afin de les rediriger vers des usages plus durables. Il faut bien entendu aussi tenir compte de l’existant pour mener une transition résolue et engagée.

Un pays comme l’Afrique du Sud, où Eskom a frôlé la faillite et où les townships accèdent gratuitement à l’électricité, peut difficilement se passer du charbon actuellement. En revanche, c’est aussi l’un des pays les plus avancés en Afrique sur les questions d’innovations en matière d’énergies renouvelables. Tout est question de volonté politique.

Lire aussi L’entreprise Eskom menace de faire disjoncter l’économie sud-africaine

Plusieurs pays ont réalisé que la dépendance aux énergies fossiles leur était préjudiciable, à l’image du Maroc qui vise une production de 52 % de son électricité issue des énergies renouvelables à l’horizon 2030. La société civile en Afrique se mobilise aussi de plus en plus efficacement contre les projets polluants. En 2019, un tribunal kényan a refusé d’accorder sa licence au très controversé mégaprojet de centrale à charbon de Lamu. Toujours en 2019, le Sénégal a annulé la construction de la centrale à charbon de Sendou.

Nombre d’institutions de financement du développement se retirent de certains projets, à l’instar de la Banque africaine de développement à Lamu, ou s’engagent à ne plus en financer, à l’image du FMO, la banque de développement néerlandaise, qui faisait partie des investisseurs de la centrale de Sendou.

Primordial de développer les innovations

Après la crise due au coronavirus, le défi pour les Etats Africains sera d’abord de relancer leurs économies et de rendre effectif un nouveau modèle de croissance à moyen terme. L’investissement massif dans les ressources inégalées de l’Afrique en énergies renouvelables doit être au cœur de cette relance économique, comme nous le rappelle la collaboration entre l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) et l’Union africaine en riposte au Covid-19.

Lire aussi Au Sénégal, les perspectives d’exploitations pétrolières s’éloignent une fois de plus

L’industrialisation de ces solutions crée bien plus d’emplois locaux et durables que les énergies fossiles et représente une excellente opportunité de faire face au chômage des jeunes. A moyen terme, ces investissements produiront une croissance plus respectueuse de l’environnement.

Il devient donc primordial de développer les innovations permettant d’accompagner l’essor des énergies renouvelables et de répandre leur usage partout sur le continent en s’appuyant sur les technologies de stockage d’énergie, la gestion et le pilotage intelligent des systèmes électriques, ou les miniréseaux et les « Solar Home System » particulièrement adaptés aux zones rurales.

Pour concrétiser ces stratégies d’investissement d’avenir, une réponse adéquate au financement demeure la clé du succès. Il s’agit de rendre le coût du capital plus abordable, de développer les mécanismes de garanties, d’assouplir les processus de financement, de mobiliser des capitaux privés notamment africains, ou encore d’harmoniser les cadres réglementaires.

Ainsi, l’Afrique pourra mettre à l’échelle industrielle les infrastructures d’énergies renouvelables qui seront le socle du système énergétique de demain et le pilier d’un nouveau modèle de croissance durable.

Rolake Akinkugbe (Managing Director, Energy Inc. Advisors), Mahoussi Amoussou (conseillère technique juridique, ministère de l’énergie du Bénin), Amarou Aw (Partner A & A conseil investissement et stratégie), Monique Barbut (envoyé spécial du président de la République française pour la biodiversité, One Planet Summit), Jean-Pierre Barral (directeur du département transitions énergétique et numérique, AFD), Pierre Bernheim (avocat partner chez Trinity International LLP), Romain de Villeneuve (directeur général WeLight), Ousmane Diawara (EY Advisory Services), Karim El Alamy (directeur général Elum Energy), Gaston Eloundou Essomba (ministre de l’eau et de l’énergie, Cameroun), Guillaume Estager (Partner, Philae Advisory), Justin Faye (Counsel Linklaters), Mokhtari Ghalia (avocate au barreau de Casablanca), Grégory Grellet (cadre dirigeant de la fonction publique, expert en études d’impact des politiques publiques), Hamza Hraoui (communicant, cofondateur de MGH Partners), Rafikh Ismail (director, Camco Clean Energy), Maurice Itous Ibara (président de l’Academie des sciences et des arts du Congo, expert des énergies renouvelables), Malado Kaba (ancien ministre de l’économie et des finances, Guinée), Pierre Kiala (directeur Bureau coopération internationale, ministère de l’énergie, Angola), Souleymane Konaté (conseiller technique du ministre de l’énergie, responsable du programme énergie du Burkina Faso, PCA Sonabel), Alexandre Lambolez (CEO Qair International), Ibrahim Assane Mayaki (CEO African Union Development Agency), Nicolas Simel Ndiaye (senior manager conseil aux gouvernements, Deloitte Afrique, fondateur du think tank L’Afrique des idées), Benoit Ndzana (enseignant, chercheur ENSP, université Yaoundé 1, président du comité technique énergies nouvelles et renouvelables de l’ANOR Cameroun), Jean-Jacques Ngono (Managing Partner Africa, Finergreen), Gerard Ntchouabia (président de l’Association camerounaise pour les énergies renouvelables, vice-président du Comité technique 19 des énergies nouvelles et renouvelables de l’ANOR du Cameroun), Terje Osmundsen (président Empower New Energy), Stéphane Ouedraogo (conseiller spécial en économie de l’Etat, Burkina Faso), Thomas Samuel (président Sunna Design et Moon), Francis Sempore (enseignant génie énergétique 2iE (Institut International d’ingénierie de l’eau et de l’environnement), expert senior énergie), Cédric Olivier Tankeu (directeur général Amethys, Cameroun), Ibrahim Togola (président Access SA, Mali), Abdoulaye Touré (responsable développement Afrique, Qair International) et Xavier Yebakima (expert énergie en zone Afrique, directeur Emerging Insights).

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Orange signe avec Boralex son premier contrat long terme d’électricité renouvelable en France – Economie – L’Usine Nouvelle

Le groupe Orange a annoncé le 7 juillet 2020 avoir signé avec le fournisseur canadien…

32 minutes ago

Électricité verte: Orange signe un contrat d’achat avec Boralex – Le Monde de l’Energie

Orange a signé un contrat avec Boralex pour se fournir directement en électricité renouvelable auprès…

1 heure ago

9 centrales solaires citoyennes s’installent sur les toits de la ville de Paris – notre-planete.info

Le financement participatif de centrales solaires a le vent en poupe, de plus en plus…

1 heure ago

Energies renouvelables : Ørsted et TSMC signent le plus grand accord d’achat au monde – Infomédiaire

Le développeur énergétique danois Orsted a annoncé, ce mercredi, la signature avec la compagnie taiwanaise…

1 heure ago

Le Pacte vert est-il compatible avec le Traité de Lisbonne et la Charte de l’Énergie ? – The European Scientist FR

Malgré la COVID-19, nombreux sont ceux à Bruxelles – y compris une alliance pour la…

2 heures ago

Orange signe un Contrat d’Achat d’Électricité renouvelable en France avec Boralex – orange.com

Ce Corporate PPA signé entre Orange France et Boralex est le premier contrat d’achat d’électricité…

2 heures ago

This website uses cookies.