Les énergies renouvelables absorbent le choc – Magazine Decideurs – Magazine Décideurs

Les objectifs ambitieux de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) : « porter la part des énergies renouvelables à 33% de la consommation finale brute d’énergie en 2030 », ne font pas bon ménage avec une pandémie mondiale paralysant la plupart des chaînes de productions. Le secteur de la production d’énergie, de même que celui des transports, ou de l’industrie, a été particulièrement touché par la crise sanitaire. Le déploiement des énergies renouvelables (EnR), contraint par des objectifs nationaux, a été naturellement affecté par cette menace inédite, mais dans quelle ampleur ?

Covid-19 : un impact sur les chiffres

Le deuxième trimestre 2020 s’est révélé particulièrement éprouvant pour les énergies renouvelables. Avec 333 mégawatts (MW) raccordés, pour atteindre un total de 54 960 MW, le raccordement d’EnR est pratiquement deux fois inférieur à celui de 2019 sur la même période, avec 600 MW raccordés. Ce taux particulièrement bas pour 2020 correspond à celui de 2013, pour la même période, selon le « Panorama trimestriel de l’énergie renouvelable », un document publié par des acteurs du secteur parmi lesquels le Syndicat des énergies renouvelables (SER), Enedis ou RTE. Plus précisément, l’éolien et le photovoltaïque avec 159 MW et 172 MW de nouvelles capacités raccordées, contre 337 MW et 243 MW au deuxième trimestre 2019, affichent des performances nettement inférieures aux années précédentes. Cependant, le photovoltaïque tire son épingle du jeu, grâce à un bon premier trimestre 2020 lui permettant d’afficher un bilan positif et des chiffres en hausse par rapport à 2019, sur les six premiers mois de l’année 2020. « Les filières éolienne et solaire voient leur objectif 2023 de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), respectivement de 24 100 MW et 20 100 MW, remplis à 70 % et 49 % », atteste le panorama.

Les chaînes logistiques touchées en profondeur

« Les revenus et la trésorerie ne semblent pas en risque pour les producteurs » souligne KPMG dans son étude « Le secteur de l’énergie et des utilities au cœur de la gestion de la crise sanitaire ». Toutefois, le cabinet d’audit exprime des inquiétudes quant aux impacts potentiels de la pandémie sur les filières EnR. En effet, les parcs éoliens et solaires sont exposés à un ralentissement de la production asiatique de composants pour panneaux photovoltaïques et éoliennes, mais aussi à une complication des opérations de maintenance, menaçant l’intégrité et la qualité de production de certains parcs. Ces ralentissements vont de pair avec des retards pour la livraison de turbines et d’équipements en provenance de Chine. Par ailleurs, le secteur de l’énergie étant loin d’être le seul secteur à avoir été affecté par le Coronavirus, la baisse de régime de l’industrie risque de « réduire les besoins d’effacement et la rémunération des acteurs d’effacement ».

La baisse drastique du prix du Brent, parallèlement à la crise sanitaire, risque, selon KPMG, d’altérer la compétitivité des énergies renouvelables et l’investissement dans ces dernières, à l’avantage des énergies fossiles. Résultant directement de la baisse du prix des énergies fossiles, le prix de l’électricité a également considérablement chuté à partir de janvier, avec un pic le 10 mars. Néanmoins, cette baisse a été contrecarrée relativement rapidement : « il n’a fallu qu’une semaine pour que les marchés se stabilisent et que le mouvement s’inverse », selon Orygeen, un cabinet d’audit énergétique. Dès lors, les prix sont à la hausse sur tous les marchés européens. De plus, Orygeen rappelle dans son rapport « L’impact de la crise du Covid-19 sur la décarbonisation et les énergies renouvelables en Europe » que le déploiement d’EnR se fait sous l’égide des Corporate PPA et autres tarifs de rachat, censés protéger les producteurs d’énergies renouvelables des variations de prix sur les marchés de l’électricité. Enfin, le cabinet d’audit considère que « les mouvements sur les prix de l’électricité restent conjoncturels et ne remettent pas en question la compétitivité à moyen et longs termes des énergies renouvelables ».

Des usines en attente de composants

Les filières solaire et éolienne ont été touché différemment lors de cette crise. La Chine assurant la production de 70 % des panneaux solaires produit dans le monde, les chantiers des quatre coins du globe ont été affecté et ralentit par la limitation des échanges. Toutefois, selon Orygeen, « la plupart des usines de la chaîne de valeur du PV reprennent désormais lentement leurs activités en respectant les précautions sanitaires nécessaires ». Situation différente pour les projets éoliens, dont les composants sont produits de manière bien plus disparate, la plupart des usines de production de turbines éoliennes se trouvant en Europe. De fait, si certaines usines ont été contrainte de fermer temporairement, faute de pièces détachées chinoises, seulement 6 usines étaient encore fermées au mois d’avril en Europe, principalement en Italie, selon Wind Europe, une association européenne qui promeut l’utilisation de l’énergie éolienne. A un niveau plus global, Bloomberg NEF estime que les installations d’énergies éoliennes connaîtront une chute de 15 points, passant d’une croissance prévisionnelle de 24% à une capacité installée de 9%.

Le Coronavirus, révélateur de potentiel

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Coronavirus doit servir de révélateur, d’électrochoc, pour accélérer le déploiement d’énergies renouvelables essentielles dans un monde post-pandémie afin d’assurer un accès à l’électricité à tous, à l’heure où « 789 millions de personnes vivent toujours dans le noir », l’élaboration de moyens de cuisson non polluants et une meilleure efficacité énergétique. « La pandémie de COVID-19 souligne l’urgence de développer des ‎solutions énergétiques durables dans le monde entier », d’après l’organisation, et malgré un certain impact physique sur les installations et chaînes de valeur des secteurs éolien et solaire, le Coronavirus devrait avoir un impact global positif sur ces filières en accélérant une prise de conscience propice à leur développement.

Même conclusion pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et Fatih Birol, directeur exécutif de l’agence, considérant que « La pandémie de COVID-19 a fait ressortir les profondes inégalités qui existent dans le monde en termes d’accès à une énergie moderne, abordable et durable. L’électricité constitue un élément essentiel de la réponse à l’urgence de santé publique dans de nombreux pays, mais des centaines de millions de personnes dans le monde, pour la plupart en Afrique subsaharienne, en sont toujours privées ». Si le Coronavirus a profondément affecté l’ensemble du secteur énergétique, son entrave au déploiement d’énergies renouvelable ne semble que temporaire et incapable de stopper durablement leur progression dans les mix énergétiques.

Par Thomas Gutperle

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