Les propriétaires de générateurs se disent contraints de rationner leur production – L’Orient-Le Jour

Il ne se passe pas un été sans que les problèmes d’approvisionnement en électricité au Liban ne troublent le quotidien des Libanais. Mais cette année, ces derniers doivent subir une double peine avec la forte baisse de la production d’Électricité du Liban (EDL) – déjà déficitaire en temps normal par rapport à la demande –, combinée au rationnement qu’imposent de façon irrégulière et aléatoire les propriétaires de générateurs privés depuis plusieurs semaines.

Le dénominateur commun de ces deux dysfonctionnements est constitué des retards et des perturbations dans les circuits d’approvisionnement en carburant du pays, que ce soit celui fourni à EDL ou aux propriétaires de générateurs. Bien qu’illégaux, ces exploitants sont tolérés car ils constituent l’alternative la plus répandue pour combler les carences du fournisseur d’État, le pays n’ayant pas encore suffisamment développé le secteur des énergies renouvelables.

Plusieurs d’entre eux ont annoncé hier, lors d’une manifestation devant le ministère de l’Énergie et de l’Eau, qu’ils étaient contraints de commencer à rationner l’approvisionnement en électricité dans toutes les régions du pays jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites. Ils ont en outre réclamé un « mécanisme transparent » pour la distribution du mazout et promis de mettre tous les générateurs du pays à l’arrêt toute la journée du 5 août si l’État ne trouve pas de solution.

Mazout au marché noir

Au niveau des revendications, les propriétaires de générateurs demandent notamment de pouvoir acheter tout le mazout dont ils ont besoin pour faire tourner leurs unités de production à un prix en livres fixé en fonction de la parité officielle (1 507,5 livres pour un dollar). Ils se plaignent en outre de ne pas être suffisamment livrés par les fournisseurs agréés pour faire tourner les générateurs de manière à combler le rationnement plus important qu’à l’accoutumée imposé par EDL, ce qui les oblige, selon eux, à s’approvisionner sur le marché noir où les tarifs sont calculés sur la base d’un dollar à plus de 8 000 livres, le taux appliqué par les agents de change illégaux. Les exploitants déplorent enfin de devoir payer le carburant et les pièces nécessaires à l’entretien ou la réparation de leurs générateurs à des prix exorbitants en raison de l’inflation – ces éléments étant importés et donc facturés en livres en fonction de leur prix en dollars.

Les représentants des propriétaires de générateurs n’ont toutefois fourni aucune indication concernant l’intensité du rationnement ou s’il allait être uniforme sur tout le territoire. Un propriétaire de générateur du Kesrouan a par exemple indiqué qu’il avait commencé dès hier à couper l’électricité trois fois par jour entre le matin et l’après-midi, pour un total de quatre heures, déplorant « ne pas avoir été livré en mazout » et refusant d’aller se fournir sur le marché noir. D’autres, comme à Geitaoui (Beyrouth), coupent systématiquement leurs unités de production à partir d’une heure jusqu’à 6 heures du matin depuis plusieurs semaines. La situation est très hétérogène même au sein d’un même quartier, avec un exploitant qui coupe le courant et un autre qui continue de fonctionner normalement.

Des habitants de ce quartier ont d’ailleurs noté que le rationnement avait augmenté hier.

Contacté par L’Orient-Le Jour, le ministère de l’Énergie et de l’Eau a assuré que « la production d’électricité à EDL s’était améliorée » et que le marché local allait être approvisionné de façon suffisante en mazout avec l’arrivée, annoncée à la mi-juillet par le ministre Raymond Ghajar, de trois navires « totalisant 95 000 tonnes » qui seront déchargées auprès des installations pétrolières de Tripoli (Liban-Nord) et Zahrani (Liban-Sud). « Le premier est arrivé la semaine dernière comme prévu et les deux autres sont programmés cette semaine. Et ce ne seront pas les derniers », a assuré à L’Orient-Le Jour Khaled Nakhlé, conseiller auprès du ministre de l’Énergie concernant ces questions.

Mécanisme de traçage

Il a également affirmé que le ministère avait « préparé et envoyé aux services de sécurité une proposition de mécanisme de traçage des livraisons de carburant

effectuées par les acteurs qui se partagent le marché, installations pétrolières et importateurs du secteur privé », sans communiquer de calendrier pour son éventuelle mise en œuvre. « Le ministère seul n’est pas compétent pour contrôler et ordonner des poursuites contre les sociétés qui revendent au marché noir le carburant acheté auprès des installations pétrolières. Il faut une action concertée avec les autorités habilitées », ajoute-t-il. Le conseiller souligne enfin que les propriétaires de générateurs militent aussi et surtout pour une majoration des tarifs que leur impose le ministère de l’Énergie.

Un membre proche de la filière des importateurs privés de carburant a rebondi en affirmant que le principal enjeu d’un tel mécanisme consiste à rassembler des données statistiques fiables permettant d’estimer les besoins du pays en carburant, que ce soit pour les centrales d’EDL ou les propriétaires de générateurs.

« Il n’est pas possible de savoir si les quantités de mazout actuellement livrées sont suffisantes sans connaître avec exactitude ce que les générateurs consomment. Mais pour cela, il faudrait au préalable que nous ayons une visibilité sur le nombre d’heures de courant qu’EDL fournit. Or les autorités ne veulent pas ou ne sont pas capables d’aller collecter ces données », martèle la source précitée. Elle s’interroge en outre sur la provenance du mazout revendu au marché noir alors que la majorité des acteurs du secteur de distribution de carburant se plaignent de ne pas être livrés en quantités suffisantes depuis des mois.

« Les sociétés privées ont généralement des données fiables concernant l’identité de leurs clients et leurs besoins. On ne peut pas en dire autant pour les installations pétrolières qui livrent à plus de 150 sociétés dont on ne sait souvent rien ou presque », poursuit encore la source, regrettant un « manque de réactivité coupable » de la part des autorités. La distribution privée est assurée par une douzaine d’opérateurs – dix pour les dérivés de pétrole et deux pour les dérivés de gaz – représentés par le syndicat des sociétés importatrices d’hydrocarbures au Liban (APIC). Elles alimentent environ 60 % du marché local.

L’approvisionnement en carburant au Liban est perturbé depuis plusieurs mois en raison de nombreux facteurs, dont la situation financière du pays. Lors des premiers mois de la crise économique qui a démarré il y a environ un an, la Banque du Liban a mis en place un mécanisme permettant aux importateurs de plusieurs produits stratégiques, dont le carburant, d’acheter des dollars à un taux proche de la parité officielle (circulaires

n° 530 et n° 535 adoptées l’automne dernier). Mais ce dispositif a été critiqué, autant pour le fait qu’il rallonge considérablement les procédures de paiement que parce qu’il subventionne indirectement le prix du carburant qui est revendu sur le marché noir ou qui est absorbé par la contrebande à destination de la Syrie.

Il ne se passe pas un été sans que les problèmes d’approvisionnement en électricité au Liban ne troublent le quotidien des Libanais. Mais cette année, ces derniers doivent subir une double peine avec la forte baisse de la production d’Électricité du Liban (EDL) – déjà déficitaire en temps normal par rapport à la demande –, combinée au rationnement qu’imposent de façon…

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