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L’hydrogène vert pour stocker les énergies renouvelables, c’est maintenant ! – Le Temps

Un argument opposé aux énergies solaires et éoliennes est qu’elles sont peu concentrées et qu’il n’est pas possible de les stocker… Mais l’argument est faux. Des investissements importants et bien réels dans la filière de l’hydrogène vert le démontrent clairement.

Dans un blog récent, Christian Jacot-Descombes louait les vertus du nucléaire pour sa capacité à produire de l’énergie sans contribuer au réchauffement climatique : le nucléaire serait l’ami du climat, notamment en France, où cette industrie, je cite, « fonctionne très bien » ; un propos amusant pour qui connaît les déboires de Framatome dans la construction de l’EPR (dix ans de retard et un coût à 542% du montant initial), sachant de plus que la France a abandonné en 2019 le projet ASTRID de réacteur nucléaire de quatrième génération après y avoir dépensé plus de 738 millions d’euros. Mais passons les échecs de l’atome pour nous intéresser au stockage des énergies renouvelables.

Le fait nouveau à retenir est que nous savons stocker les énergies éolienne et solaire à grande échelle.

En Suisse nous connaissons bien le stockage journalier et saisonnier de capacité électrique par les barrages alpins. Nous connaissons moins les techniques disponibles pour convertir l’électricité renouvelable en hydrogène, grâce à des électrolyseurs, puis stocker l’hydrogène et utiliser son pouvoir énergétique ultérieurement, sur demande. Plusieurs solutions de stockage existent, dont l’une implique une transformation de ce gaz en méthane vert, avec un bon bilan CO2. L’utilisation des surplus éoliens et solaires mène de plus à la production et au stockage d’énergie utilisable pour différents types de véhicules difficiles à électrifier.

De nombreuses entreprises investissent désormais pour récupérer ces surplus d’électricité et créer ainsi une filière énergétique capable de les stocker à grande échelle, sous différentes formes. La Commission Européenne a dévoilé ses ambitions en la matière le 8 juillet dernier. Elle vise la construction rapide d’un électrolyseur dont la puissance installée atteindrait 100 Méga Watts, une puissance équivalant au dixième de celle d’une centrale nucléaire comme Goesgen (1’060 MW), ce qui constitue un pas intéressant.

Le but est d’atteindre une puissance installée totale de 40’000 MW dans l’Union et de produire de l’hydrogène pour un montant avoisinant l’énergie de six réacteurs nucléaires dès 2030, selon une progression exponentielle.

L’Allemagne investit à elle seule 8 milliards d’Euros sur dix ans. L’intérêt de la filière est de valoriser les surplus des énergies renouvelables et de pouvoir optimiser la production, le stockage et l’utilisation de l’énergie éolienne et solaire pour continuer à les développer. La voie n’est pas facile, mais les objectifs climatiques et les intérêts économiques motivent l’opération.

La Suisse avance plus lentement, pour l’instant. L’Office fédéral de l’énergie a soutenu une étude interdisciplinaire de faisabilité réalisée par plusieurs universités et hautes écoles, dont l’Université de Genève et l’Institut Paul Scherrer (2019). L’étude ne se focalise pas sur l’accroissement du stockage saisonnier dans une perspective radicale d’autonomie énergétique du pays en hiver – puisque celle-ci serait antiéconomique – mais elle confirme le stockage des énergies renouvelables. Pour exemple, l’association suisse de l’industrie gazière (ASIG) vise, en mettant à profit le potentiel de l’hydrogène vert, une production annuelle de biométhane de 4’400 Giga Wattheures dès 2030.

Oui, les surplus des énergies éolienne et solaire peuvent être stockées par la filière de l’hydrogène vert et, bien-sûr, par les barrages alpins.

Prétendre le contraire revient à désinformer le public. Les techniques existent à l’échelle commerciale et des acteurs économiques – industriels ou paysans – sont dans les starting-blocks pour les développer et les perfectionner. Un débat devrait s’ouvrir sur les conditions cadres indispensables au stockage des énergies renouvelables en partant des faits, sans dévier des objectifs climatiques.

Notons encore que l’Europe entend promouvoir une filière d’hydrogène vert en Afrique du nord et en Ukraine pour une puissance d’électrolyse de 40’000 MW (en plus de celle sur son territoire donc). Elle lutte ainsi contre le réchauffement climatique sans mettre de petites centrales atomiques dans toutes les mains. On verra si elle parvient à ses fins, mais au moins chemine-telle dans la direction du stockage et de la production accrue des énergies renouvelables. Le stockage du solaire et de l’éolien, c’est maintenant !

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