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L’inlandsis Est Antarctique, le plus grand du monde, est en proie au changement climatique – National Geographic France

Au cours des années 1980, un scientifique de l’université d’État de l’Ohio (OSU) avait prélevé des centaines de roches rejetées par la glace à Elephant Moraine. La plupart étaient des granites, des grès et des basaltes formés avant que la glace ne vienne recouvrir le continent. Il remarqua tout de même quelques mystérieux fragments de cristaux qui passèrent les trente années suivantes dans la collection de l’université, jusqu’à ce que Blackburn apprenne leur existence et décide de s’en procurer trois auprès du Polar Rock Repository de l’OSU en 2019.

L’un de ces fragments était particulièrement fascinant ; il présentait une alternance de fines bandes d’opale et d’ambre couleur crème et de calcite noire, disposées comme les anneaux d’un arbre.

Blackburn a ensuite écaillé chaque couche pour déterminer leur âge en évaluant la quantité d’uranium-234 et d’un autre élément radioactif, le thorium-230, que l’uranium désintègre à un rythme connu. Il a ainsi découvert que les couches de cette roche, pas plus grosse qu’un poing, s’étaient formées sur une période de 120 000 ans qui aurait débuté il y a 270 000 ans.

Il a ensuite mesuré le pourcentage d’uranium-234 dans chaque couche. Il pensait que ce taux allait être constant d’une couche à l’autre car, nous dit-il, « selon les théories, l’inlandsis Est Antarctique était stable depuis des millions d’années. »

Quelle ne fut pas sa surprise, donc, de constater une augmentation d’uranium-234 de 50 % entre les couches successives. Dans le monde précis de la géochimie, « cette variation est massive, » précise Blackburn. Deux autres cristaux provenant d’Elephant Moraine présentaient des résultats similaires.

Cette découverte ne pouvait avoir qu’une seule signification : le dernier retrait de l’inlandsis Est Antarctique était bien plus récent que ne le laissaient entendre les théories établies. Lorsque la glace a disparu, l’eau qui se trouvait en dessous a rejoint l’océan et les niveaux d’uranium-234 ont donc diminué. Ce n’est qu’après la reformation de l’inlandsis que l’uranium-234 a pu à nouveau s’accumuler sous la glace et c’est cette accumulation que le cristal a immortalisée.

Qui plus est, le retrait en question était loin d’être négligeable, ajoute Tulaczyk. Pour que l’eau salée atteigne Elephant Moraine, la glace a dû se retirer sur plus de 640 km par rapport à sa ligne côtière actuelle. Elephant Moraine se situe à la lisière d’une vaste région, le bassin de Wilkes, où le lit rocheux plonge à près de 1500 m sous le niveau de la mer et où la glace se retrouve donc exposée aux courants océaniques profonds capables de faire fondre sa partie inférieure.

D’après les estimations de Tulaczyk, l’inlandsis aurait perdu plusieurs milliers de mètres d’épaisseur sur près de 300 000 km², soit la surface de l’Italie, jusqu’à se détacher de son lit pour flotter sur l’océan. Affaibli, il ne pouvait plus supporter autant de glace en amont et le bassin de Wilkes a fini par perdre plus d’un million de kilomètres cubes de glace, suffisamment pour élever de 3 à 4 m le niveau de la mer.

UN AIR DE DÉJÀ-VU

Ces nouveaux résultats apportent des détails dont nous avions grand besoin, déclare Maureen Raymo, géologue du Lamont-Doherty Earth Observatory de New York. Elle étudie les anciens littoraux du globe, dont le sable, les coquilles et les crevettes fossilisées se situent aujourd’hui bien au-dessus des vagues. Ces rivages montrent que la mer s’est élevée à plusieurs reprises par le passé, notamment il y a 400 000 ans lorsque le niveau des océans aurait dépassé de 10 à 12 m le niveau actuel d’après ses estimations.

S’ils venaient à fondre, le Groenland, l’Antarctique occidental et les autres glaciers de la planète augmenteraient de 9 m le niveau de la mer. L’ajout de 3 à 4 m en provenance du bassin de Wilkes en Est Antarctique « est tout à fait cohérent » avec ces estimations, déclare Raymo.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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