L' »irréversible » transformation du secteur pétrolier – L’Echo

Le choc provoqué par la pandémie sur la demande pétrolière incite les grandes compagnies européennes à accélérer leur diversification. Elles misent notamment sur les énergies renouvelables.

L’avenir des majors pétrolières passera-t-il par moins de pétrole? La pandémie du nouveau coronavirus a profondément chamboulé de nombreux secteurs d’activité. Prenons l’exemple de l’énergie. Les mesures de confinement établies pendant les 1er et 2e trimestres ont gelé la demande mondiale de pétrole. Ce qui a provoqué un effondrement des prix pétroliers.

Pour mémoire, le 21 avril, le Brent est tombé sous la barre symbolique des 20 dollars le baril pour la première fois en près de 20 ans, affichant une chute de 71,95% par rapport à son plus haut annuel.

Doutes sur l’avenir de la demande pétrolière

Pour le géant BP , une chose est aujourd’hui certaine: « la croissance incessante de la demande mondiale de pétrole est terminée. » Lui qui pariait encore l’année dernière sur une demande grimpant jusqu’à 130 millions de barils par jour d’ici 2040 s’attend désormais à une baisse pendant les 30 prochaines années. « L’ampleur et le rythme de ce déclin sont dus à l’efficacité et l’électrification croissantes du transport routier », affirme le groupe britannique dans un rapport publié mi-septembre.

dollars le baril
Selon un récent sondage réalisé par le Wall Street Journal auprès de 10 banques d’investissement, les contrats à terme sur le Brent atteindront en moyenne 53,50 dollars le baril au quatrième trimestre de 2021.

Si certains acteurs du secteur ne partagent pas son pessimisme, à l’image de Total qui a annoncé cette semaine tabler sur un rebond de la demande jusqu’en 2030, l’idée que la période dorée de l’industrie pétrolière est derrière nous fait son chemin. Cela se voit notamment dans l’évolution récente des prix pétroliers. Après avoir repassé le seuil des 45 dollars le baril en août, le Brent a de nouveau piqué du nez en septembre (-9,56%) avant de se stabiliser au-dessus de la barre symbolique des 40 dollars. On est loin des 70 dollars atteints en début d’année…

Et n’espérez pas trop un retour au niveau pré-crise dans les prochains mois. Selon un récent sondage réalisé par le Wall Street Journal auprès de 10 banques d’investissement, les contrats à terme sur le Brent atteindront en moyenne 53,50 dollars le baril au quatrième trimestre de 2021.

Le renouvelable, une voie de secours?

« L’industrie pétrolière se préparait (avec plus ou moins d’allant) à des transformations drastiques au cours de prochaines décennies dans le cadre de la lutte climatique: il est possible que la Covid-19 ait singulièrement rapproché l’horizon du changement », écrit Patrice Geoffron, directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP), pour le cercle des économistes.

« L’industrie pétrolière se préparait (avec plus ou moins d’allant) à des transformations drastiques. Il est possible que la Covid-19 ait singulièrement rapproché l’horizon du changement. »
Patrice Geoffron
Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP)

Plutôt que subir potentiellement un nouveau choc sur les prix pétroliers, les majors souhaitent à présent diminuer leurs investissements dans ce domaine. À titre d’exemple, Royal Dutch Shell prévoit, selon des sources citées par Reuters, de réduire de 30% à 40% les dépenses consacrées à sa production de pétrole et de gaz.

Et ce n’est pas la seule à s’orienter vers le marché des énergies renouvelables. Total a indiqué cette semaine vouloir accélérer ses investissements dans les renouvelables et l’électricité, de 2 à 3 milliards de dollars par an. Selon les estimations de Goldman Sachs, relayées par Les Échos, les grandes compagnies pétrogazières européennes vont investir 170 milliards de dollars dans les renouvelables d’ici à 2030. Leur part de marché dans les projets éoliens et solaires passera ainsi d’à peine 1% en 2019 à 10% dans dix ans.

« Notre transformation est irréversible », a résumé le patron d’Eni, Claudio Descalzi. De « sociétés pétrolières internationales », elles vont progressivement devenir des « sociétés énergétiques intégrées ». Mais à quel prix? L’énergie renouvelable offre généralement un retour sur capital d’environ 8% à 10%, contre environ 15% pour un projet pétrolier conventionnel.

admin

Share
Published by
admin

Recent Posts

Guinée : WAAREE, le plus grand fabricant indien de modules solaires ouvre un showroom à Conakry – Agence Ecofin

(Agence Ecofin) - L’accélération du processus d’électrification de la Guinée pourra désormais compter sur l’appui…

9 minutes ago

Engie. Chronique d’un démantèlement annoncé – L’Humanité

La situation est en apparence figée, mais les salariés ne désarment pas. Après des semaines…

9 minutes ago

Couplage sectoriel : un terme à la mode souvent mal compris – Magazine Décideurs

L’enjeu du couplage sectoriel est résumé par Clean Energy Wire, un site journalistique allemand spécialisé…

2 heures ago

Grand Paris Seine et Oise. Projet de plan climat : le public invité à s’exprimer – actu.fr

Par Thomas Richardson Publié le 27 Oct 20 à 9:26  <!-- --> Réduire les consommations…

3 heures ago

Ecomondo Et Key Enegy 2020 : Inauguration En Ligne Du 3 Au 15 Novembre 2020 – Ecoactu

Ecomondo Et Key Enegy 2020 : Inauguration En Ligne Du 3 Au 15 Novembre 2020…

3 heures ago

Finance climat : coup de sang des banques après de nouveaux rapports des ONG – Novethic.fr

Publié le 27 octobre 2020 FINANCE DURABLE Un rapport d’Oxfam sur les banques françaises a…

3 heures ago

This website uses cookies.