Nassima Ouhab-Alathamneh, Docteure en géoéconomie de l’énergie : «Le marché pétrolier demeure saturé» – El Moudjahid

À l’heure actuelle, la vision la plus dominante sur le plan énergétique est celle d’une entente durable entre les différents producteurs, particulièrement les membres de l’OPEP+, mentionne Nassima Ouhab-Alathamneh, docteure en géoéconomie de l’énergie.

El Moudjahid : Comment voyez-vous le marché pétrolier pour le reste de l’année 2020 et les toutes prochaines années ?
Nassima Ouhab-Alathamneh : Après une stabilité relative durant depuis l’effondrement des cours en juin 2014, l’actuelle crise sanitaire a substantiellement altéré le cours cette année pour atteindre -37 dollars pour le Brent américain produit dans le Texas, et 11 dollars le baril pour le reste du monde. Cependant, malgré une baisse significative de production au sein de l’OPEP+ d’environ dix millions de barils par jour, le marché pétrolier demeure saturé du fait du repli de la demande mondiale. La reprise des extractions dans bon nombre des pays exportateurs, y compris les membres de l’OPEP+ comme la Russie à partir de ce mois d’août afin de limiter les pertes accusées par la baisse du volume convenue en juin dernier, tel est le cas de de l’Arabie Saoudite qui a perdu 75% de ses revenus issus de l’or noir.Pour le reste de l’année 2020, les différents rapports, notamment le dernier de l’OPEP, prévoient une baisse constante de la demande mondiale de près de 9 millions de barils par jour eu égard, d’une part, à la recrudescence de la pandémie dans de nombreux pays et d’autre part, à la saturation des réservoirs de stockage (à terre et dans les tankers) y compris les réserves stratégiques. En conséquent, le cours du pétrole devrait rester bas (en dessous de 50 dollars) pendant toute l’année 2020 et probablement 2021 si la pandémie persiste. En revanche, l’écoulement du surplus pétrolier prendra certainement beaucoup de temps pour plusieurs raisons ; l’important volume stocké, la baisse des taux d’utilisation des raffineries, raffinerie, ainsi que la stagnation des différents moyens de transports à forte consommation en carburant due à la fermeture des frontières terrestres et aériennes. L’évolution de ces facteurs déterminera la variation des cours à partir de 2022.

Quels seront les changements majeurs sur le plan énergétique et géopolitique. Qu’apportera selon vous le nouvel ordre énergétique mondial dont les premiers contours commencent à être perçus ?
À l’heure actuelle, la vision la plus dominante sur le plan énergétique est celle d’une entente durable entre les différents producteurs, particulièrement les membres de l’OPEP+ afin de stabiliser le cours de l’or noir en attendant l’écoulement du surplus disponible sur le marché. La conjoncture économique actuelle a eu un impact considérable sur les investissements dans le domaine des énergies ayant baissé de près de 20%, et les incertitudes sur une éventuelle reprise persistent. Il apparaît clairement que l’ordre énergétique mondial est étroitement lié à la mutation de la conjoncture économique actuelle, notamment, la reprise de l’ensemble des activités commerciales. Le recul de la demande et des investissements mondiaux a engendré la rétractation des revenus issus de l’exportation des hydrocarbures, qui a eu à son tour un impact sur les investissements nationaux en matière énergétique, tels les énergies renouvelables et les plans d’optimisation de l’industrie pétrolière. Quant au plan géopolitique, plusieurs inconstances planent sur les dossiers actuels et ceux naissants à l’instar des tensions accentuées entre la Chine et les USA (droits de douanes sur certains produits et les sanctions ciblant des groupes de technologie chinois), conflits au Moyen-Orient (Libye- Turquie et Égypte, enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, convocation du Prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, etc). Tout évènement géopolitique majeur aura certainement des conséquences sur l’économie mondiale en général et sur le cours du brut en particulier.

Nombre d’experts et officiels voient venir une pénurie de pétrole en 2025. Que faudra-t-il pour que ce scénario ne se produise pas ?
Cette probabilité a été effectivement soulevée il y a quelques années lorsque plusieurs pays pétroliers ont atteint leur pic de production. Or, l’apparition du schiste comme alternative au pétrole conventionnel remis en cause une possibilité de pénurie sur le moyen terme. De plus, d’importantes réserves potentielles font objet d’exploration dans plusieurs pays (le Guyana, le Sénégal, les gisements offshore en Méditerranée orientale, etc), et permettront d’alimenter le marché pétrolier pendant de longues années, d’autant que le mix énergétique actuel d’à peine est loin de satisfaire la demande mondiale en énergie. Selon le dernier rapport World Energy Outlook de 2019, les énergies fossiles (pétrole et schiste) dominerontle mix énergétique jusqu’en 2040-2050. Par ailleurs, la baisse de la production de cette année, combinée à un reflux spectaculaire de la demande mondiale auront un effet sur la stabilité des réserves au moins durant les deux prochaines années.
F. I.

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