“Non à la décroissance, mais oui à la croissance verte, pour notre économie !” – Capital.fr

Des animaux sauvages se baladant tranquillement dans des villes désertées, une réduction exceptionnelle des émissions de gaz à effet de serre, un globe terrestre métamorphosé par la baisse de la pollution… Les images et les vidéos du retour en force de la nature pendant le confinement de la planète ont fait le tour du monde et ont évidemment marqué les esprits. D’aucuns ont alors appelé à la poursuite de ce mouvement et à la suprématie de l’écologie.

Seulement voilà, derrière la beauté des images, dignes du monde des Bisounours, la dure réalité a vite repris le dessus et a rappelé que ce confinement mondial a aussi engendré la plus forte récession internationale depuis la seconde guerre mondiale et ses corollaires, en l’occurrence, une flambée du chômage, une augmentation de la pauvreté et une exacerbation des tensions sociales au sens large. Ces tristes évolutions nous ont ainsi montré qu’au-delà d’un succès marketing indéniable, l’écologie à tout prix est loin d’être la panacée. En effet, derrière cette “noble cause” peuvent aussi se cacher des sous-entendus très pernicieux voire dangereux, à commencer par la théorie de la décroissance.

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Pour mieux comprendre cette problématique, il faut remonter à une question qui n’a cessé de faire réfléchir les économistes depuis des siècles et encore plus aujourd’hui, à savoir : Comment faire de la croissance infinie dans un monde fini ? En effet, dans la mesure où la terre est ronde et où nous vivons dans un monde à l’horizon spatiotemporel limité, la croissance infinie ou durable ne peut a priori pas exister. Cette dernière ne serait donc qu’une illusion qui devient une bulle et qui finit forcément par exploser. Dans ce cadre, la seule solution possible semble résider dans ce que l’on appelle la décroissance. Celle-ci signifie simplement qu’après avoir trop crû, nous devons désormais décroître et baisser notre niveau de PIB, donc de richesses.

Si cette théorie apparaît séduisante, elle pèche néanmoins par au moins deux voies, qui viennent d’ailleurs d’être confirmées empiriquement par la pandémie de Covid-19. D’une part, si, pour des pays riches, il est, à la rigueur, possible de concevoir la décroissance, cette dernière est parfaitement inégalitaire pour des pays en développement, qui n’auraient donc pas le droit de croître et de rattraper leurs grands frères de l’Occident. Sous couvert d’égalitarisme, la théorie de la décroissance et son alliée, celle de la démondialisation, ne reviendraient donc finalement qu’à maintenir, voire aggraver, l’écart qui sépare les pays riches des moins riches.

N’oublions pas qu’il y a trente ans, les pays émergents, qu’on appelait à l’époque les PVD (les pays en voie de développement), ne réalisaient qu’environ 10% de la croissance mondiale. Depuis 2002, grâce à la mondialisation et aux transferts de technologies et de capitaux qu’elle a permis, ils sont devenus les locomotives de la croissance mondiale. Depuis 2009, ils réalisent chaque année près de 80% de cette dernière.

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D’autre part, le deuxième travers de la décroissance concerne tant les pays émergents que le monde dit développé. Il s’agit du fait que sans croissance, il n’y a pas d’emploi. Et sans emploi, les revenus reculent et la grogne sociale monte. L’exemple de la flambée du chômage qui a frappé la totalité des pays développés au lendemain de la crise de 2009 montre combien la décroissance peut coûter cher. Or, en 2009, le PIB mondial n’a reculé que de 0,1%. En 2020, il devrait s’effondrer de plus de 5% en moyenne annuelle. C’est dire le marasme social qui nous attend… Autrement dit, si la révolution verte doit passer par la décroissance, le chômage et la crise sociale, il y a clairement un problème de durabilité et tout simplement de faisabilité.

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Comme le monde vient d’en faire tristement l’expérience, la décroissance n’est pas donc pas la solution, comme certains voudraient nous le faire croire. Bien au contraire. Pour autant, le dilemme de la croissance infinie dans un monde fini reste entier et appelle une réponse efficace. En fait, le seul moyen de générer une croissance infinie ou durable dans un monde fini passe tout simplement par l’optimisation de l’existant, principalement au travers du progrès technologique. Ainsi, comme cela s’observe depuis le XVIIème siècle, le développement économique repose sur des cycles de long terme qui naissent avec les révolutions technologiques. Le processus est toujours le même : la révolution technologique génère une forte hausse des investissements dans ces nouveaux secteurs, qui, à son tour, entraîne une croissance vigoureuse et de fortes créations d’emplois, notamment via le processus de destruction créatrice, qui consiste à supprimer des emplois dans les anciens secteurs d’activité pour en créer beaucoup plus dans les nouveaux. Ensuite, une phase de maturité s’installe au travers d’un mouvement de fertilisation de la révolution technologique à l’ensemble de l’économie.

Ainsi, si la dernière révolution a été celle des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), nous avons la chance de voir s’ouvrir devant nous une multitude de révolutions technologiques : tout d’abord, celles du numérique et de la robotique, mais aussi les NTA (Nouvelles technologies de l’agroalimentaire), les nanotechnologies, la santé et bien sûr les NTE, les Nouvelles Technologies de l’Energie et leur corollaire, la green economy. Mais attention, cette dernière ne consiste pas à créer de nouvelles taxes pour se donner bonne conscience. Car si tel est le cas, la green economy instaurera une nouvelle phase de décroissance, avec tous les dangers qu’elle suscitera. Non, cette révolution verte doit se traduire par une augmentation de l’innovation et des dépenses de Recherche & Développement à bon escient, c’est-à-dire avec des conséquences concrètes en termes de créations de richesses et d’emplois.

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C’est dans ce cadre que s’inscrivent les Etats-Unis depuis plus de 20 ans, mais aussi la Chine qui est dernièrement devenue le pays qui investit le plus en R&D dans les énergies renouvelables. Quant à l’Europe et à la France, si elles étaient leaders dans les NTE dans les années 80, elles ont largement perdu cette avance au profit d’une augmentation des dépenses publiques principalement utilisées pour colmater les brèches d’une société en mal de renouveau et entretenir le train de vie d’Etats beaucoup trop coûteux et donc trop soucieux, pour que rien ne change, d’augmenter les impôts.

La médaille de la green economy a donc bien deux faces : l’une restrictive et contre-productive de la décroissance et l’autre, créatrice de richesses et d’emplois, de l’investissement efficace et de l’innovation. Espérons que, pour une fois, les Français et les Européens sauront choisir la bonne.

Marc Touati, économiste, Président du cabinet ACDEFI

Son dernier livre, Un monde de bulles, est toujours en tête des ventes de sa catégorie sur Amazon.fr.

Son nouveau livre RESET – Vers une réinitialisation mondiale sortira le 2 septembre 2020

Retrouvez toutes ses chroniques sur sa chaîne YouTube. Dont celle-ci : Bourse, dette, immobilier… et si toutes les bulles éclataient en même temps ?

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