Pas mort mais pas fort | Éditorial | Opinions – Le Nouvelliste – Groupe Capitales Médias

ÉDITORIAL / François Legault semble faire le plein de sagesse et de lucidité dans le dossier du projet de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel Énergie Saguenay. Au lendemain de révélations concernant une deuxième vague de mises à pied au sein de GNL Québec et Gazoduq, qui pilotent le projet, le premier ministre a indiqué que Québec ne volerait pas seul au secours des promoteurs. Cela pourrait sonner le glas de ce projet controversé.

Déjà que l’acceptabilité sociale de ce projet de terminal gazier et de gazoduc souterrain était loin d’être acquise, voilà que le financement privé semble difficile voire impossible à boucler. Québec a bien d’autres chats à fouetter avant d’envisager un investissement majeur dans le projet de GNL Québec, d’autant plus qu’une bonne partie de la population pourrait lui en tenir rigueur. Les protestations contre ce projet sont toujours vives, sauf peut-être au Saguenay où les retombées du projet en font saliver certains.

Il fallait d’ailleurs du courage politique pour que ce soit le député de Jonquière à l’Assemblée nationale et porte-parole en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, qui commente les plus récents soubresauts au sein de l’équipe de GNL Québec et de Gazoduq. Selon lui, les mises à pied démontrent «que ce projet du siècle dernier est difficile à financer et à rentabiliser». «La seule option est de passer à autre chose et que le gouvernement prenne un véritable virage vers l’économie verte et les énergies renouvelables, beaucoup plus créatrices d’emplois dans les régions», a-t-il ajouté en entrevue au Devoir.

Il est vrai que le projet se justifie de plus en plus difficilement sur le plan environnemental. La construction du gazoduc de 750 kilomètres entre le nord-est de l’Ontario jusqu’à l’usine de liquéfaction de Saguenay, aurait un impact sur des lacs, des cours d’eau et sur la biodiversité dans plusieurs régions situées le long du trajet projeté. C’est notamment le cas pour la Haute-Mauricie, puisque le tracé préliminaire prévoit que le gazoduc passerait juste au sud du réservoir Gouin et au nord de la communauté atikamekw de Wemotaci. Il traverserait plusieurs cours d’eau, dont les rivières Saint-Maurice et Windigo. De plus, le transport du gaz naturel générerait à lui seul, selon des études fédérale et provinciale, des émissions de gaz à effet de serre totalisant 8 millions de tonnes par année. Et c’est sans compter l’impact des navires qui sillonneraient le Saint-Laurent et Saguenay pour le transport du gaz liquéfié. L’impact sur la faune marine en inquiète plusieurs.

Sur le plan de l’acceptabilité sociale, il n’y a pas que les considérations environnementales qui entrent en considération. Les aspects économiques y sont aussi pour beaucoup dans le peu d’enthousiasme envers le projet. Dans les faits, le Québec ne servirait que de lieu de transit pour le gaz naturel provenant de gisements albertains. Celui-ci, une fois liquéfié, serait exporté vers d’autres pays.

Enfin, le projet de GNL Québec est devenu moins attrayant pour les investisseurs privés parce qu’il existe plusieurs autres projets du même acabit un peu partout dans le monde et parce que les contraintes de réalisation apparentes peuvent en rebuter certains.

Les deux compagnies derrière le projet en territoire québécois ne comptent plus qu’une vingtaine d’employés alors qu’approchent à grands pas les audiences du BAPE concernant l’impact environnemental d’Énergie Saguenay.

Il est vrai que le projet, dans son ensemble, battait de l’aile depuis un bon moment déjà. Depuis, en fait, que le fonds Berkshire Hathaway, du milliardaire états-unien Warren Buffett, avait annoncé qu’il se retirait du montage financier. Ce fonds devait contribuer pour 4 milliards $ dans les projets de terminal et de gazoduc, qui totalisaient 14 milliards $.

Même si GNL Québec et Gazoduq affirment qu’il n’est pas question d’abandonner le projet, celui-ci se heurtait déjà au peu d’appétit des investisseurs et au risque de ne pas obtenir d’acceptabilité sociale. Et voilà qu’à cela s’ajoute maintenant une tiédeur gouvernementale inattendue.

Inespérée, diront certains.

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