Pourquoi il faut vraiment reparler du nucléaire – Le Temps

On pourrait s’étonner, après des mois d’absence liée à la crise sanitaire, de voir nos bien chères têtes blondes retourner à la grève (du climat) dès la rentrée, alors que les          vague(-lettes ?) de pandémie lèchent encore les plages de l’été. Plus sidérant encore l’encouragement officiel et bienveillant, par les autorités, de ces absences propres à aggraver le retard accumulé au printemps. Si l’école est à option, on se réjouit que son financement – les impôts – le soient aussi.

Faut-il voir là un appel de la gauche au soutien le plus large possible de son agenda dont les mesures de prédilection face au réchauffement sont l’interdiction et la taxation ? Possible. Il est vrai que cette approche est peu populaire et, plus grave, elle témoigne d’une manière peu innovante d’empoigner la question. Elle révèle une tendance à se concentrer sur les problèmes plutôt que sur les solutions. Il est intéressant de noter, par exemple, que la rubrique scientifique d’un grand quotidien suisse produit, en une année, deux fois plus d’entrées dans sa sous-rubrique « climat » (47) où l’on relève le danger que dans celle consacrée aux « technologies » (23) ou l’on évoque des pistes d’amélioration…

Le nucléaire pour sauver le monde

Pourtant, la technologie n’est pas en reste. Notamment dans le domaine du climat. Une prise de position publiée dans le New York Times, l’an dernier déjà, par trois scientifiques dont Steven Pinker (auteur de Enlightenment now !) titrait : « Nuclear Power Can Save the World » (L’énergie nucléaire peut sauver le monde). De quoi retourner l’estomac de ceux qui considèrent la question du nucléaire réglée depuis la décision du Conseil Fédéral suisse en 2011 de sortir du nucléaire en emboîtant le pas de l’Allemagne. Il faut dire que pour cette génération alors au pouvoir – des boomers + – le nucléaire est un épouvantail absolu, lié à la peur et déconnecté de tout raisonnement. Une peur utile pour certains comme ce membre zurichois de Greenpeace qui déclarait sans ciller en sirotant sa verveine dans un palace lausannois, peu après le tsunami japonais : « on n’aura pas la chance d’avoir Fukushima chaque année ».

Pinker et ses deux acolytes ne sont pas seuls. On a vu aussi, récemment, Jean Marc Jancovici, membre du Haut Conseil pour le climat en France inviter à une réflexion en faveur de l’énergie nucléaire comme seule solution pour sauver le monde et « entamer la décroissance ».

Le petit réacteur modulaire de NuScale produit 300 mégawatts et tient dans l’espace de deux bus scolaires mis bout à bout.

Décarboniser et répondre aux besoins

Pour eux, le nucléaire est seul à même de nous permettre de produire, tout en respectant la nécessité impérative de diminuer les émissions carbones, des quantités suffisantes de l’électricité appelée à répondre aux besoins actuels et à venir. Car il faut tenir compte des pays en développement qui, pour l’instant, manquent d’électricité et n’y renonceront pas sous prétexte de danger climatique au moment où ils accèdent enfin à une qualité de vie meilleure. On parle ici d’un milliard d’âmes. Il faudra en outre beaucoup d’électricité pour décarboniser l’atmosphère d’ici 2050.

Tous s’accordent à dire que, dans ce délai, les énergies renouvelables – solaire et éolienne – ne feront pas le job. En l’absence de techniques de stockage massif, elles n’agissent que comme des sources d’appoint et cela pour bien longtemps encore. Quant aux barrages, tous ceux qui s’avèrent efficaces ont déjà été construits… Même à gauche, les énergies renouvelables ne font plus l’unanimité. Michael Moore livre, dans « Planet of the Humans », une critique dépressivo-marxisto-complotiste (et féroce) du spectre complet des énergies vertes.

Un enjeu économique non négligeable

Pour ceux qui l’ont adoptée, l’énergie nucléaire fonctionne très bien. Les deux exemples les plus probants sont la France et la Suède qui produisent une électricité bon marché tout en limitant leurs émissions carbones à 10% de la quantité moyenne produite par ceux qui en sont restés (ou sont revenus, comme l’Allemagne) au charbon et au gaz.

Construire une centrale nucléaire coûte cher, c’est vrai. Mais surtout parce qu’on en construit peu. Si l’on est capable de standardiser et d’industrialiser, les prix chutent. Il faut se souvenir que le développement du premier iPhone a coûté USD 150 millions… De nombreuses startups travaillent aujourd’hui dans le monde au développement de réacteurs de la 4e génération, plus petits, moins chers et exportables. La firme américaine NuScale a reçu, la semaine dernière, l’autorisation finale de commercialiser ses SMR (Small Modular Reactor). Actuellement, les Coréens du sud produisent des centrales pour le sixième du coût américain. Si les Chinois veulent bien remplacer leurs centrales à énergie fossile par des réacteurs nucléaires dont le coût ne met pas en péril leur croissance, ce sera une diminution de 10% des émissions carbones actuelles dans le monde.

L’Akademik Lomonosov est la première centrale atomique russe flottante.

Reste la question de la peur

Si l’on s’en tient aux faits et aux chiffres (cités dans les travaux mentionnés), l’énergie nucléaire est la plus sûre. Les accidents de Three Miles Island (USA) et Fukushima (JP) n’ont tué personne. Quant à Tchernobyl (UKR), les autorités de l’époque avaient avoué 31 victimes. Il y en a eu beaucoup plus en réalité (même cas de figure de gestion d’une crise par un parti communiste que pour le virus de Wuhan). Mais, même si l’on estime le bilan ukrainien à plusieurs dizaines de milliers de victimes (à la suite de cancers liés aux radiations), le bilan de 60 ans d’énergie nucléaire reste encore inférieur à celui des victimes liées au charbon en un seul… mois. Par ailleurs, les déchets de l’énergie nucléaire ne représentent que des quantités très faibles. La totalité de ceux qui sont produits par les 98 centrales américaines pourraient tenir dans un supermarché. De plus, les recherches sur la 4e génération de réacteurs, prévue pour 2030, s’orientent vers la surgénération et des solutions orientées gestion des déchets. Bref, la peur du nucléaire, c’est un peu comme craindre de prendre l’avion plus que la voiture : irrationnel et contre-intuitif.

Le futur est déjà là

Heureusement, cette vieille frayeur de baba-cool ne paralyse pas toutes les sociétés. La recherche avance dans beaucoup de pays. La Russie progresse vite et possède déjà des centrales flottantes. D’autres pays comme la Chine et l’Inde construisent des réacteurs de moins de 300 mégawatts. Les Chinois prévoient aussi la mise en service, l’année prochaine, d’une vingtaine de centrales flottantes destinées à alimenter leurs îles artificielles dans la Mer de Chine méridionale.

Si l’on est préoccupé, à juste titre, à la fois par la stabilité du climat et par la qualité de vie qui nécessitera d’immenses quantités d’énergie dans trois décennies lorsque l’humanité comptera près de 10 milliards d’individus, il faut reprendre la discussion à propos de l’énergie nucléaire. Sans tabou et sans peur. Et souhaiter que les milléniaux trouvent le courage de dire « OK Boomer » aux vieux anti-nucléaires et que les Gen-Z comprennent, vue la nature des enjeux plus scientifiques que politiques, l’urgence… de retourner à l’école.

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