Pourquoi les factures d’électricité des Français ont-elles flambé depuis une dizaine d’années ? – 20 Minutes

La centrale EDF de Cordemais, en 2019. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Depuis 10 ans, ce tarif régulé de l’électricité a augmenté bien plus vite que l’inflation.
  • La hausse de la fiscalité, mais aussi la volonté de préserver les concurrents d’EDF, expliquent ces hausses.
  • Malgré cela, le prix de l’électricité en France reste de 14 % inférieur à la moyenne de l’Union européenne.

Janvier, c’est la période des vœux et des bonnes résolutions. C’est aussi le moment où les tarifs de l’électricité sont réévalués, souvent à la hausse. Selon Le Parisien, c’est d’ailleurs ce qui va se passer en 2021. Le journal, qui s’appuie sur des simulations réalisées par le fournisseur Planète Oui, prévoit une hausse « d’au moins 2 % » du « tarif régulé de vente » (TRV) au début de l’année prochaine. Une augmentation loin d’être anodine, puisque 23 millions de foyers (représentant 71 % des Français) sont abonnés au TRV, aussi appelé « tarif bleu ».

Depuis plusieurs années, ce dernier augmente beaucoup plus vite que l’inflation. Autrement dit, la facture d’électricité pèse de plus en plus lourd pour le portefeuille des Français. Pour s’en convaincre, il suffit de faire une simulation sur le site du Médiateur national de l’énergie.

La CSPE, une augmentation impressionnante

Prenons comme exemple un particulier qui aurait souscrit depuis 2010 le tarif « base », avec une puissance classique de 6 kVA, et qui aurait une consommation moyenne annuelle (2267 kWh). Selon le simulateur, sa facture d’électricité est passée de 332 euros en 2010 à 481 euros en 2020. Soit une augmentation de 44,6 % sur dix ans, alors que dans le même temps, l’inflation atteint à peine 10 %.

Comment expliquer une telle flambée ? Pour comprendre, il faut regarder ce qui se cache derrière le prix de l’électricité. Trois grandes composantes le déterminent, quasiment à parts égales : le « coût de fourniture » (production d’électricité, entretien des centrales…), le coût de réseau (lignes à haute tension par exemple) et la fiscalité (TVA…).

Une concurrence bancale

Entre 2009 et 2016, la hausse du prix de l’électricité est surtout due à l’augmentation de ce dernier poste. Comme l’explique l’Insee dans une étude parue en 2019, la Contribution au service public de l’électricité (CSPE), qui fait partie des taxes imputées aux clients, a en effet été multipliée par cinq pendant cette période, pour représenter 12 % de la facture totale. La CSPE servait à l’origine à financer les énergies renouvelables. Depuis 2017 elle est reversée directement au budget général de l’État.

Après 2016, les hausses de facture sont essentiellement liées à celles des coûts de fourniture. Ainsi, en 2019, les associations de consommateurs s’insurgent lorsque les tarifs augmentent de 5,9 % d’un coup. Si une partie (40 %) de cette flambée est liée à l’augmentation des prix sur le marché de gros de l’électricité (là où s’approvisionnent les fournisseurs), une autre part (40 % également) provient du mécanisme de « contestabilité » mis en place pour permettre aux opérateurs concurrents d’EDF de proposer des tarifs attractifs. Cela signifie que ces opérateurs peuvent acheter une part d’énergie nucléaire – bon marché – à l’opérateur historique puis la revendre à leurs clients. Mais en raison de la forte demande, les opérateurs n’ont pas pu acheter toute l’électricité nucléaire souhaitée. Ils ont donc dû se rabattre sur le marché classique de l’électricité, plus cher. Or, pour leur permettre de subsister face à EDF, l’État a prévu un mécanisme qui augmente automatiquement le fameux tarif réglementé lorsque les coûts des opérateurs progressent. « En d’autres termes, on augmente les tarifs pour faire vivre la concurrence. C’est complètement fou » expliquait en 2019 François Carlier, directeur de l’association de consommateurs CLCV.

Malgré toutes ces augmentations successives, les Français peuvent encore garder le sourire lorsqu’ils comparent leurs factures d’électricité à celles de leurs voisins européens. Selon les données du ministère de la Transition écologique, en 2019, « le prix de l’électricité en France reste de 14 % inférieur à la moyenne de l’Union européenne » : 178 euros/MWh contre 207 euros/MWh. Néanmoins, « cet écart, qui était de 28 % en 2008, tend à se réduire ».

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