Quand le réalisme économique embrasse la cause écologique – AGEFI.com

mercredi, 19.08.2020

Nicolas Mougeot*

Nicolas Mougeot

L’environnement est souvent perçu comme le parent pauvre de la politique économique des États. Considérées comme un coût, les questions environnementales sont reléguées au deuxième plan, après les problématiques de l’emploi et de la croissance. C’est une vision simpliste car environnement peut rimer avec croissance et emploi, mais sans un effort politique commun, il est difficile pour les défenseurs de l’environnement de se faire entendre.

Or, nous assistons depuis deux mois à une petite révolution dans ce domaine car l’environnement s’est hissé en haut de l’agenda politique, tant en Europe qu’aux États-Unis. Cela suffit-il à créer une nouvelle donne, ou new deal, de chaque côté de l’Atlantique ?

En Europe, les discussions interminables entre les États membres de l’Union Européennes ont placé le plan de relance sous les feux des projecteurs. Nous ne reviendrons pas sur le combat entre l’Allemagne et la France d’un côté et les « Frugal Four » (Finlande, Suède, Autrice et Pays-Bas) de l’autre, ni sur la répartition finale des 750 milliards entre 390 milliards de subventions directes et 360 en prêts remboursables. Nous retiendrons l’ambition écologique de ce plan qui sera adossé au budget européen de 1100 milliards d’euros, totalisant plus de 1800 milliards au total pour les sept prochaines années. L’objectif de l’Union européenne (UE) est que 30% de ce montant, soit 540 milliards d’euros soit consacrés à la lutte contre le réchauffement climatique. Pour financer en partie ces investissements astronomiques, l’UE veut mettre en place une taxe sur les plastiques non recyclés et fixer un prix du carbone « sur les importations en provenance de pays présentant des ambitions moindres en matière de climat ».

Les États-Unis ne sont pas en reste. Joe Biden, le candidat démocrate à l’élection présidentielle, a proposé un plan de relance focalisé sur les énergies propres et les infrastructures. Dans un pays où le pétrole est roi, ce soutien aux énergies vertes peut surprendre. Toutefois, le secteur pétrolier représente moins de 8% du PIB américain et les énergies renouvelables offrent une formidable opportunité de croissance. Joe Biden vise 100% d’énergies propres d’ici 2035. Pour atteindre cet objectif, son plan consiste par exemple à soutenir les technologies d’énergies propres dont la capacité de stockage des batteries et l’hydrogène renouvelable ainsi que la création de 500.000 bornes de recharge électriques à travers le pays. Joe Biden prévoit par ailleurs de réduire la consommation d’énergie en créant 1,5 million de logements durables et en proposant des options de transport public « zéro émission » à chaque ville américaine de plus de 100.000 habitants. Enfin, 2000 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures (distribution de l’eau, ponts, routes, réseau 5G) viennent s’ajouter à cette proposition.

Joe Biden n’est pas encore élu et il pourrait faire face à une opposition du Sénat américain si celui-ci restait en mains républicaines. Le plan de relance européen fondé sur de nouveaux modes de financement et de fonctionnement doit, lui aussi, obtenir un nombre suffisant de votes de la part des parlementaires européens. C’est néanmoins un grand pas en avant de voir l’environnement considéré comme une réelle source de croissance et de progrès et non pas simplement comme une contrainte.

Quels secteurs pourraient profiter de cette manne verte ? Evidemment les sociétés spécialisées dans la production ou dans la distribution des énergies propres. À ce titre, outre l’éolien qui vient de suite à l’esprit, les producteurs d’hydrogène pourraient être parmi les grands gagnants car tant les États-Unis que l’UE voient dans ce gaz une source d’énergie très prometteuse. La révolution verte reposera également sur la réduction de la consommation d’énergie et sur le recyclage, soutenant ainsi les sociétés spécialisées dans la construction de bâtiments à faible consommation énergétique et celles expertes dans le traitement de l’eau et des déchets. De même pour la mobilité verte, que ce soit par la production de véhicules électriques ou de transports publics automatiques. Dans ce secteur reposant sur des technologies avancées, les producteurs de semi-conducteurs pourraient aussi bénéficier des investissements verts potentiels en Europe et aux États-Unis.

En conclusion, nous pourrions assister pour la première fois à une coordination de politiques économiques plaçant l’environnement au sommet des priorités. Le réalisme économique semble commencer à embrasser la cause écologique et c’est un pas en avant majeur pour la planète et les générations futures.

*Senior Cross Asset Advisor, Indosuez Wealth Management Suisse

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