Scénario 100 % énergies renouvelables : espoir ou mirage ? – Les Échos

WWS pour « Wind, Water, Sun » : c’est le nom du scénario énergétique bâti par l’américain Mark Jacobson, directeur du programme énergie et atmosphère de l’université de Stanford (Californie). Son ambition est double : démontrer que la totalité de nos besoins énergétiques peut être électrifiée et que les énergies renouvelables basées sur le vent, l’eau et le soleil peuvent, à elles seules, couvrir ces besoins.

Le constat de départ de Mark Jacobson ne fait guère polémique : « Le réchauffement planétaire approche les +1,5°C, la pollution de l’air tue 7 millions de personnes par an, les ressources limitées de combustible fossile présagent une instabilité sociale. »Il y a donc urgence à relever ces trois défis, et l’équipe de Stanford veut démonter que son programme est applicable d’ici 2050 et au moins à hauteur de 80 % d’ici 2030.

10 % pour les renouvelables

Les auteurs de WWS ont publié plusieurs versions de leur projet, la première datant de 2008. La dernière, de décembre 2019 , englobe pas moins de 143 pays, soit 99,7 % des émissions de CO2 mondiales. Conclusion : si le monde suivait ce Green New Deal, les besoins en énergie seraient réduits de 57 % grâce à l’efficacité énergétique, les coûts de l’énergie chuteraient de 61 % et les coûts sociaux de 91 %, tous ces chiffres étant calculés en comparaison avec un scénario « business as usual ».

Si les perspectives font rêver, les bases du scénario ont été largement remises en cause. D’abord, le temps semble trop court pour se débarrasser aussi rapidement des énergies fossiles, sans avoir recours au nucléaire, énergie bas carbone d’ailleurs incluse dans tous les scénarios du Giec. De fait, les énergies fossiles fournissent aujourd’hui plus de 80 % de la production d’énergie primaire mondiale, tandis que le vent, l’eau et le solaire sont à moins de 10 %, dont 7 % pour l’hydraulique.

Délicate question du stockage

Ensuite, l’éolien et le photovoltaïque ont le défaut d’être intermittents. Ce point concentre la majorité des critiques émises contre le projet WWS. En 2017, la revue scientifique PNAS a publié un article signé par le mathématicien Christopher Clack, qui accuse les outils de modélisation de Jacobson d’être invalides et de comporter des erreurs, notamment sur les capacités de stockage de l’énergie, qui seraient notoirement insuffisantes. Mark Jacobson a réclamé 10 millions de dollars pour diffamation à Christopher Clack avant de finalement retirer sa plainte.

« Le stockage est très coûteux et implique, de surcroît, de considérables déperditions d’énergie, explique Philippe Hansen, auteur du blog énergie-crise. D’où la difficulté pour Jacobson de l’intégrer à la bonne échelle dans son scénario. » L’autre solution : stabiliser le réseau, c’est à dire exploiter les surplus de production et les transférer là où il existe des manques. « Mais c’est impossible à l’échelle de la France, et même de l’Europe, poursuit-il. Il n’y a pas assez de décalages horaires pour compter sur l’alternance des périodes d’ensoleillement et de vent. En outre, les réseaux n’existent même pas. »

Manque de réalisme ?

De son côté, l’Ademe a publié en 2015 « une étude scientifique à caractère prospectif et exploratoire » et ce uniquement pour le mix électrique métropolitain : « Cette étude parvient difficilement à obtenir 422 TWh d’électricité renouvelable, soit seulement 24 % de notre consommation globale d’énergie actuelle, en supposant d’importants systèmes de stockage, alors que WWS prétend fournir la totalité de nos besoins énergétiques avec très peu de stockage », renchérit Bertrand Cassoret, auteur de « Transition énergétique, ces vérités qui dérangent ! » (Ed. Deboeck)

Les critiques pointent enfin la surface requise pour installer ces infrastructures. « En France, il faudrait installer un parc éolien tous les 6 km », pointe Philippe Hansen. Sans compter la quantité de matériaux nécessaire pour les construire, et les renouveler, et donc l’extraction minière sous-jacente.

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