[Série / Les plans de relance en Afrique] Qui sont les acteurs de la relance au Maroc ? – La Tribune Afrique

Le roi Mohammed VI du Maroc vient de poser les grandes lignes d’un nouveau plan de relance sur le moyen-terme. Prenant en considération les aspects socioéconomiques pour endiguer les effets de la crise, ce plan est désormais une feuille de route pour les décideurs qui vont le porter dans sa phase d’exécution. Qui sont ces hommes et ces femmes, déjà en première ligne, prêts à relever le défi et à réussir la relance économique du royaume ?

  • Moulay Hafid Elalamy, l’architecte de la transformation industrielle

Moulay Hafid Elalamy est pratiquement sur tous les fronts depuis le début de la pandémie au Maroc. Ancien patron du groupe d’Assurance Saham notamment, ministre de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique Moulay Hafid Elalamy, il met rapidement en place dès le mois d’avril un plan de transformation industrielle adapté au contexte de la pandémie, avec à la clé trois chantiers stratégiques pour renforcer le positionnement de l’industrie marocaine dans le cadre du plan de relance industrielle (PRI) 2021-2023 : confirmer la place industrielle du Royaume et conquérir de nouveaux marchés et des territoires industriels en utilisant la commande publique comme catalyseur ; l’amélioration de la compétitivité ; et le positionnement du Royaume comme base industrielle décarbonée et circulaire. Homme d’affaires reconnu par ses pairs et un des fervents défenseurs du « Made in Morocco », Elalamy insiste dans ses plaidoyers de décideur que « la commande publique s’oriente d’abord vers le produit marocain avec les qualités requises, avec un accompagnement pour que les entreprises marocaines montent en qualité et en compétence ».

  • Mohamed Benchaâboun, l’argentier aux tours d’équilibre périlleux

L’argent, c’est son métier. Ancien patron du groupe Banque populaire, Mohamed Benchaâboun est bombardé au poste de ministre de l’Economie et des finances en août 2018. Les quelques appréhensions qui entouraient cette nomination sont vite dissipées et les mois qui suivront viendront confirmer que l’homme était quasiment destiné a devenir l’argentier du Royaume. Aujourd’hui, cet ingénieur télécoms de formation sait que la tâche est délicate et qu’il doit jouer les équilibristes face aux effets de la pandémie, à la sécheresse et au niveau d’endettement. La semaine dernière, lors d’une conférence virtuelle tenue à l’occasion des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, il présente aux partenaires financiers la stratégie de relance économique et l’argent qui lui sera mobilisé : « Nous avons essayé de faire en sorte qu’un plan de relance économique soit érigé en priorité et qu’il soit original dans la manière avec laquelle il doit être conduit […] Sur les missions qui ont été conférées au nouveau Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Benchaâboun expliquera que « l’idée n’est pas d’entrer dans le capital des entreprises ou de les étatiser, bien au contraire, il s’agit de redynamiser l’entreprise, lui donner des moyens de renforcer son bilan pour qu’elle puisse justement accéder au financement nécessaire pour continuer à investir et créer des emplois et que la dynamique économique de notre pays ne s’arrête pas ».

  • Hicham Zanati Serghini, le garant des petites entreprises

Depuis qu’il a été reconduit à la tête de la CCG, Hicham Zanati Serghini, un ancien du Trésor, ne cesse de multiplier les actions pour venir en aide aux entreprises impactées par la pandémie. Fin mars, le ministre de l’Economie et des finances lui confie la gestion de «  Damane Osygène », le mécanisme de garantie dédié principalement aux TMPE entreprises quelques semaines seulement après le début de la pandémie au Maroc. Il couvre 95% du montant du crédit et permet aux banques de mettre en place rapidement des découverts exceptionnels pour financer le besoin en fonds de roulement des entreprises cibles. La stratégie et son application donnent leur fruit et les mécanismes «  Relance TPE » et «  Damane relance » – destiné aux PME – de la CCG sont une réussite : 15 183 entreprises bénéficiaires pour un montant de quelque 22 milliards de dirhams de crédits, avec un engagement total de 19,7 milliards de dirhams. Le patron de la CCG et président du conseil de surveillance du fonds d’investissement public-privé PME Croissance sait qu’il a encore du chemin à faire : la pandémie est toujours là, les entreprises, impactées par la crise aussi.

  • Mostafa Terrab, le patron d’un grand champion de l’intégration africaine

Le groupe phosphatier OCP est, par excellente le fleuron de l’économie marocaine et un des premiers champions du Sud en matière d’innovation, de transformation et d’accompagnement l’échelle du continent. Une place bien méritée depuis l’arrivée à sa tête de Mostafa Terrab, un des patrons les plus en vue, mais aussi parmi les plus discrets que compte le Royaume. Ingénieur pontiste et lauréat du prestigieux MIT, il sait que le groupe qu’il dirige depuis 2006 est appelé, en cette période inédite, à maintenir ses premiers rôles, tant sur le plan de rééquilibrage de la balance commerciale que sur le plan de la stratégie d’intégration africaine du Maroc. Le groupe OCP fait partie de quelque 60 établissement et entreprises publics que compte le pays. Il sera désormais, comme ces derniers, supervisé par une agence dédiée comme l’a annoncé le chef de l’Etat dans son discours de ce mois du 9 octobre dernier.

  • Nadia Fettah : le « welcome back », un défi qui demandera de grands moyens

Elle est pratiquement la seule femme de cette escouade de la relance. Avec sa riche carrière dans le top management dans le privé (conseil, investissements et assurances), Nadia Fettah est aujourd’hui devant un grand défi : relancer le tourisme national, un secteur à l’arrêt depuis le début de la pandémie au Maroc. Le département qu’elle chapeaute compte également l’artisanat, le transport aérien et l’économie sociale. De quoi rendre sa mission encore plus difficile puisque ces secteurs liés sont les premières « victimes » de la crise et pas qu’au Maroc. Mais tout mène à croire que sa stratégie commence à donner ses fruits : en août dernier, elle signe un contrat-programme avec les acteurs, fédérations et les opérateurs privés – notamment le groupement des banques – pour le soutien et la relance du secteur touristique. Le 10 octobre, Club Med de la Palmeraie de Marrakech reçoit ses premiers touristes depuis la fermeture des frontières aériennes. Rien que 160 personnes, mais tout un symbole du retour à la vie de l’une des premières destinations au monde.

  • Hicham Boudraâ: mission double pour redynamiser les investissements et les exportations

Son département est désormais sous les feux de la rampe depuis que les investissements et le fonds stratégique des investissements ont été évoqués dans le discours royal du 9 octobre. Directeur général par intérim de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), Hicham Boudraâ sait pertinemment que la relance « est une des priorités les plus absolues pour notre pays aujourd’hui, à l’instar de nombreux pays de par le Monde qui subissent l’impact de cette crise sanitaire sans précédent ». Boudraâ aura la lourde tâche de relancer la marque Maroc auprès des investisseurs et l’AMDIE, devra, selon les orientations royales et les contraintes liées au contexte pandémique, renforcer la stratégie de l’Etat en matière de développement, d’incitation et de promotion des investissements nationaux et étrangers ainsi que des exportations des produits et services, à l’exception de certains secteurs comme l’agriculture ou le tourisme.

  • Chakib Alj : placer le « Small Business Act » au cœur de la relance des PME

Le patron des patrons Chakib Alj, travaillera désormais dans l’urgence et sous la pression de la conjoncture. En effet, améliorer l’accessibilité des TPME et des PME (95% du tissu entrepreneurial) à la commande publique est aujourd’hui un chantier prioritaire pour la Confédération générale des entreprises du Maroc que préside cet homme d’affaires dont le groupe opère dans différents secteurs transport, logistique, hôtellerie, restauration, et énergies renouvelables).

Pas plus loin que septembre dernier, Alj déclarait lors d’une réunion du Conseil national de l’entreprise la préservation de la compétitivité des entreprises reste étroitement liée à la capacité d’investissement limitée en raison d’une sous-capitalisation et d’un surendettement évidents. Pour le président de la CGEM, la création de statuts fiscal et social incitatifs devrait aboutir à la réduction du gap de compétitivité fiscal entre les secteurs formel et informel. Une pique à l’encontre du gouvernement avec lequel le patron des patrons négocie le soutien que celle-ci devrait accorder dans un contexte inédit. Toutefois, le discours de Chakib Alj porte une note d’optimisme puisqu’il est convaincu que « comme toute crise, celle que nous vivons actuellement présente de véritables opportunités que nous devons saisir au plus vite. A ce titre, la phase de relance de notre économie doit aussi nous permettre d’améliorer le climat des affaires et de repositionner notre pays dans les chaînes de valeur mondiales ».

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