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[Sortie d’usine] Des mini-stations de dessalement d’eau de mer autonomes en énergie – L’Usine Energie – L’Usine Nouvelle

Démographie galopante, industrialisation, émergence des classes moyennes, réchauffement climatique et sécheresses : les causes d’un besoin mondial croissant en eau potable sont nombreuses. En 2019, l’Organisation des Nations Unies (ONU) estimait qu’entre 1,5 et 2 milliards de personnes rencontraient des pénuries en eau potable à certaines périodes de l’année. Et plus d’un demi-milliard connaîtrait une situation de manque en permanence.

Pour pallier à cette problématique planétaire, le dessalement de l’eau de mer – qui représente 98 % de l’eau sur Terre – apparaît comme une solution. La technique se développe depuis les années 60 à grande vitesse, notamment dans les pays du Golf, en Israël, aux Etats-Unis, et plus récemment en Australie. En 2007, le dessalement représentait 47 millions de mètres cubes d’eau produits par jour. Onze ans plus tard, ce chiffre a plus que triplé, atteignant 141,5 millions de m3.

En France, les champions du dessalement sont Suez Environnement et Veolia. Respectivement, les deux groupes produisent 4,2 millions de m3 d’eau potable dessalée par jour pour Suez (avec 255 unités de dessalement) et 13 millions pour Veolia (avec 2 300 sites répartis dans 108 pays). Le hic de ce procédé miracle ? Outre une perturbation des milieux naturels, la technologie est très gourmande en énergie. Entre le pompage, les (nombreuses) opérations de désalinisation et de purification de l’eau, puis l’acheminement, chaque m3 obtenu nécessite environ 3,5 KWh d’électricité (soit 17,5 heures de télévision). Une problématique dont Mascara Renewable Water, une PME basée à Chartres (Eure-et-Loire) a su tirer parti, en mettant au point l’Osmosun, une station de dessalement fonctionnant à l’énergie solaire et sans batterie.

Six stations installées dans le monde

Mascara Renewable Water a fait le choix d’installer ses stations dans des endroits isolés (des îles par exemple), pour les mettre à disposition d’habitants n’ayant pas ou peu accès à l’eau potable. Fondée en 2014, la PME a depuis breveté sa technologie Osmosun, à travers son programme Ecodess, et construit six stations à travers le monde (au Moyen-Orient, en Afrique, en Polynésie française et dans l’archipel de Mascareignes). Dans ce dispositif innovant, plus besoin de batterie pour le stockage de l’électricité. Un assemblage de membranes – pièces indispensables à la filtration de l’eau par osmose inversée – adapte son fonctionnement au gré des variations de l’ensoleillement et règle ainsi le débit de l’eau traitée.

Sa plus grosse installation est basée à Caverne Bouteille sur l’Ile de Rodrigues, en République de Maurice dans l’Océan Indien, depuis 2018. Elle alimente le réseau d’eau douce locale de quelques 240 m3 d’eau par jour. Ses panneaux solaires permettent de transformer 80 m3 d’eau en journée en autonomie complète. La nuit, le réseau local d’énergie prend le relais pour produire 160 m3. L’unité, exploitée par l’autorité locale de l’eau de Rodrigues, est alimentée par une eau brute d’une salinité de 35 g/L par un forage maritime réalisé dans le sous-sol corallien.

Lauréat du concours innovation 2018 du programme investissements d’avenir de l’ADEME

L’entrepreneur à l’origine de cette aventure n’est pas inconnu. Ingénieur et ancien fabricant d’éolienne, Marc Vergnet est surtout connu pour avoir inventé une pompe hydraulique qui porte son nom, distribuée dans plus de 100 000 villages africains. En 2018, son entreprise Mascara remporte le concours innovation de l’ADEME (agence de la transition écologique) pour son projet de station solaire de dessalement, recevant au passage 1,5 millions d’euros. L’entrepreneur peut alors lancer les tests grandeur nature. Deux projets pilotes sont mis en place, l’un à Abou Dabi aux Émirats arabes unis, soutenu par Masdar, géant local des énergies, l’autre à Bora-Bora en Polynésie, soutenu cette fois par Suez. Testées pendant un an et demi, les deux unités prouvent qu’elles sont capables de produire de l’eau douce à un prix compétitif, dans des régions arides non raccordées à un réseau électrique.

En juillet 2019, la PME a levé 2,2 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels régionaux. Une aide précieuse qui donne à son fondateur l’espoir d’être en mesure d’installer une centaine de stations d’ici 2025.

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