Suez/Veolia : l’État, stratège ou simple actionnaire ? – Connaissance des Énergies

La décision d’Engie de céder ses parts dans Suez contre la volonté du gouvernement est inédite et interroge le rôle et l’influence de l’État, entre simple actionnaire de grandes entreprises ou stratège qui contribue à définir le paysage industriel français.

Le conseil d’administration d’Engie, dont l’État détient environ 22%, a décidé lundi soir de vendre sa participation de 29,9% dans Suez à Veolia, qui avait relevé son offre à un cours nettement supérieur à celui du marché. Deux représentants de l’État ont voté contre la vente et un autre s’est abstenu, selon des sources concordantes.

Le président d’Engie Jean-Pierre Clamadieu s’est dit « très satisfait », dans une interview au Monde, d’une opération qui lui permettrait d’investir dans les énergies renouvelables. « Engie n’est pas une entreprise publique, même si l’État y jouit d’une forte influence. Lundi soir, nous avons sereinement constaté notre différence d’appréciation », a-t-il expliqué.

Du côté du gouvernement, alors que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a oeuvré sans relâche pour rapprocher les points de vue, on met aussi en avant le respect de la gouvernance d’Engie, entreprise privée, et on assure maintenir la confiance dans sa direction.

Sans compter que le montant de l’offre de Veolia, avec un prix de l’action nettement supérieur à ce qu’il était avant l’annonce de l’opération, a de quoi satisfaire l’État actionnaire. « Il y a une duplicité ou une faillite grave de l’État actionnaire », a estimé le député PS Boris Vallaud, estimant que le gouvernement devait se poser la question de « la confiance dans la gouvernance d’Engie », en particulier envers M. Clamadieu, nommé avec le soutien de l’État.

« Un grand-père qu’on n’écoute plus »

« On est dans une situation quand même extrême, où l’État, actionnaire principal d’une entreprise, manifeste une orientation très nette (…) et il est désavoué », note aussi l’économiste Elie Cohen. Il remarque aussi que si les belligérants étaient « à quelques centimètres d’un accord », comme l’a déclaré Bruno Le Maire mardi matin, « le devoir du ministre était de s’impliquer davantage et de faire aboutir cette solution ».

Veolia, Suez et Engie : « On a là trois grandes entreprises parmi les 85 premières françaises, l’État est légitime pour donner un avis politique. Or, il ne l’a pas vraiment fait », en ne donnant ni d’avis « sur les stratégies présentées » ni sur « l’intérêt de ce rapprochement », estime auprès de l’AFP Pierre-Yves Gomez, directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises. « L’État, ne voulant plus intervenir en termes politiques, a assez peu de poids en tant qu’actionnaire. Finalement les choses se font apparemment sans lui », explique cet économiste qui compare la puissance publique à un « grand-père qu’on écoute plus beaucoup ».

Car si l’attitude d’Engie s’explique par sa stratégie et l’absence d’alternative pour trouver un autre repreneur, « qui s’intéresse au bien commun, à l’image globale et à la recomposition industrielle à laquelle ça conduit? C’était le rôle de l’Etat », insiste M. Gomez. Pour Elie Cohen, toutefois, si cette situation est effectivement inédite, elle est plus la conséquence de circonstances défavorables à l’État.

Définir une « doctrine »

Alors que le gouvernement a manifesté de longue date son intention de se désengager d’Engie, la crise l’en a empêché et il se retrouve obligé de s’impliquer dans un dossier empoisonné au niveau social et politique.

Plus largement, cela montre que « le gouvernement doit réaffirmer ce qu’est sa doctrine en matière d’actionnariat public », estime M. Cohen. « Lorsqu’une entreprise est considérée comme stratégique, il faut que l’État accepte d’assumer un rôle d’actionnaire plus marqué », au sein de la gouvernance et de la définition de la feuille de route de l’entreprise.

À l’image de l’action de l’État chez Renault, notamment sur le sujet sensible de ses relations avec le japonais Nissan, ou à Air France.

À l’inverse, s’il considère que certaines activités ne sont plus stratégiques, il doit « soumettre ces entreprises à une stratégie d’arbitrage de portefeuille », avec une gestion déléguée à Bpifrance ou à la Caisse des Dépots, « sans interférence ministérielle », ajoute-t-il.

En attendant, Bruno Le Maire a appelé mardi les parties à reprendre leurs discussions pour aboutir à un accord amiable, tout en semblant se désengager du dossier, confessant lui avoir « beaucoup donné » au moment où une crise inédite frappe l’économie française.

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