[Tribune] La voiture électrique sans énergie renouvelable : une aberration ! – Les Experts de L’Usine – L’Usine Nouvelle

[ACTUALISÉ] Une coquille, relevée par plusieurs de nos lecteurs, a été corrigée par l’auteur de cette tribune: il faut bien noter un rendement de 42% pour le moteur à explosion (et non de 35%, comme écrit par erreur).

Combien sommes-nous à avoir apprécié l’environnement plus sain pendant les deux mois de confinement ? Combien sommes-nous à appeler de nos vœux le développement de la voiture électrique pour pouvoir enfin respirer un air plus pur ? Quelles précautions prendre pour que ces voitures – soutenues par les pouvoirs publics au travers de primes à la conversion ou de bonus-malus – soient aussi vertes qu’on le souhaite ?

A quoi tournent les voitures électriques ?

D’où vient l’énergie électrique nécessaire à l’alimentation de ces véhicules propres ? Comme l’électricité de nos bâtiments, usines, ou rues, l’électricité des voitures provient des centrales de production existantes : nucléaire, renouvelable, charbon, gaz… Pour certaines, des énergies fossiles polluantes pour la planète. Et donc ce n’est pas parce que la voiture n’émet pas de CO2 que l’électricité utilisée pour la recharger n’en a pas émis. La pollution n’est pas enrayée mais déplacée. Et est-ce pertinent d’alimenter une voiture électrique par une centrale à charbon ? N’est-il pas moins polluant de verser directement l’essence dans le réservoir de son véhicule ?

Étudions la chaine de l’énergie dans son ensemble. Un moteur électrique a un très bon rendement : environ 90% de son énergie est transformé en énergie mécanique. Pour le moteur à explosion, ce rendement est beaucoup plus faible et de l’ordre de 42 %. Un taux sans appel en faveur du moteur électrique. Mais cette vision fait abstraction de l’intégralité de la chaine de production. En effet, sachant que le rendement d’une centrale à charbon est de 30% et que la déperdition d’énergie lors du transport de l’électricité le long des câbles est de 15%, le rendement du moteur électrique passe alors à 25%. De l’autre côté, la chaîne du pétrole est très peu énergivore par rapport à l’énergie qu’elle transporte : entre l’extraction et la pompe, la perte est d’environ 10%. Cela donne un rendement total de la chaine essence de 38 %. C’est mieux… Entre une voiture à essence et une voiture électrique dont l’électricité proviendrait du charbon, pas de doute il faut garder la voiture à essence.

Faut-il alors abandonner les voitures électriques ?

Le caractère écologique de la voiture électrique est donc intimement lié à sa source d’énergie. Si elle provient d’énergie renouvelable, ce véhicule remplit sa fonction intrinsèque de non polluant. Il est donc indispensable d’associer ces deux volets, voiture électrique et énergie renouvelable sans quoi l’effet est encore plus néfaste. Or aujourd’hui l’énergie renouvelable ne représente que de l’ordre de 17% de l’énergie produite en France. Les ambitions de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe la part des énergies renouvelables à 33% de la consommation finale brute d’énergie en 2030.

Les détracteurs des énergies renouvelables jouent sur l’aspect intermittent du solaire et de l’éolien. C’est un fait. Mais aujourd’hui de nombreuses entreprises travaillent sur des technologies permettant de lisser la consommation. Comme ce logiciel permettant de stopper la recharge lors d’un pic de consommation d’électricité et de charger automatiquement le véhicule électrique aux heures creuses avec de l’électricité la plus verte et au prix le plus bas. La voiture électrique devient alors une partie de la solution à l’intermittence de la production de renouvelable. Comme le chauffe-eau électrique, en son temps, a résolu une partie du problème de la surproduction d’électricité d’origine nucléaire la nuit, la batterie des voitures électriques résout une partie de la problématique de stockage des énergie renouvelables.

Nous avons donc là l’occasion de substituer la demande d’énergie fossile par de l’énergie électrique d’origine renouvelable en France, tout en simplifiant le déploiement… Attelons-nous ensemble à faire de la voiture électrique un véhicule du monde de l’après.

Julien Tchernia, cofondateur et président d’ekWateur

Les avis d’experts sont publiés sous l’entière responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction de L’Usine Nouvelle.

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