Amory Lovins : « Poursuivre le nucléaire est une folie » – WE DEMAIN – We Demain

C’est LE gourou des énergies, celui que consultent gouvernements et entreprises du monde entier. Mais pour l’Américain Amory Lovins, 73 ans, la meilleure énergie est celle qu’on n’utilise pas. Depuis la fin des années 1980, ce physicien aux airs de Professeur Tournesol, passé par Harvard et à Oxford, promeut le concept de “negaWatt”, une unité théorique de l’énergie économisée. Selon lui, il est possible de réaliser des économies collosales sur l’énergie nécessaire aux activités humaines.

Retrouvez l’entretien complet d’Amory Lovins dans le n°33 de la revue WE DEMAIN, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne.

Pour cela, il a développé le principe de la “conception intégrative” (integrative design) : construire des bâtiments, équipements, véhicules ou infrastructures comme un tout, et non comme un empilement d’éléments disparates. Professeur invité dans de nombreuses universités, dont Stanford (Californie), où il est attaché d’enseignement en génie civil et environnemental, il est également président émérite du Rocky Mountain Institute (Colorado), qu’il a cofondé en 1982, et auteur d’une trentaine de livres en anglais (le dernier traduit est Réinventer le feu : Des solutions économiques novatrices pour une nouvelle ère énergétique, éd. Rue de l’échiquier, 2013).

Son propos est enthousiasmant, mais sans pitié pour les choix énergétiques de la France, en passe de rater le boum économique mondial des renouvelables en raison de son attachement nostalgique au nucléaire, une industrie qu’il juge révolue et ruineuse.

À lire aussi : “Les énergies renouvelables sont le chantier du siècle”

  • La pandémie de Covid-19 affectera-t-elle l’évolution à long terme de notre système énergétique et la protection du climat ?

Amory Lovins : La pandémie de 2020 a anéanti la demande d’énergie, inversant la croissance des quatre années précédentes pour l’énergie et de neuf années pour le CO2. Une partie de la demande se rétablira progressivement, mais pas dans tous les secteurs. Les énergies renouvelables, elles, continuent à croitre et à gagner en compétitivité, toujours moins chères. En 2020, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 90  % des nouvelles capacités de production d’électricité [en puissance] viennent des renouvelables ; d’ici 2025 ce sera 95  %.

Et donc le pétrole, les combustibles fossiles et le CO2 dans le monde ont probablement tous atteint un pic de production en 2019 – comme l’énergie nucléaire en 2006, le charbon en 2013, les ventes d’automobiles en 2017 et la production d’électricité à partir de combustibles fossiles en 2018. Dès qu’un pic de demande est atteint, le phénomène déclenche la fuite des capitaux, ce qui réduit la valeur des opérateurs historiques, leur influence politique, leur capacité à attirer des talents et des capitaux, et le phénomène se renforce. Les investisseurs se pressent de sortir avant que la stagnation ne fasse chuter la valeur des actifs et que la concurrence ne fasse chuter les prix.

Ainsi quand les ventes de charbon ont atteint leur pic, puis chuté, la valeur de cette industrie a baissé de 75  % dans le monde et de 99  % aux États-Unis. C’est au tour des industries pétrolière et gazière de s’effondrer : l’ensemble des seize plus grandes sociétés mondiales d’hydrocarbures cotées en Bourse valent moins qu’Apple. En 2012, quatre des dix premières entreprises mondiales étaient des sociétés pétrolières ; aucune n’y figure aujourd’hui. 100 000  milliards de dollars d’actifs sont à risque.

  • Mais les énergies renouvelables peuvent-elles fournir toute l’électricité du monde ?

Assurément. Le marché va dans cette direction. Les énergies solaire et éolienne ne généraient que 8 % de l’électricité mondiale en 2019. Mais tous les deux jours les renouvelables ajoutent autant de puissance sur les réseaux que le nucléaire en ajoute en un an. L’AIE prévoit que la puissance installée des énergies renouvelables dépassera celle de la production électrique au gaz naturel en 2023 et au charbon en 2024. L’AIE rapporte également que 27  % de l’électricité mondiale vient des renouvelables en 2020 [c’est dû pour moitié aux grands barrages hydroélectriques]. Elle prévoit 47 à 72  % pour 2040, contre seulement 9 à 11  % pour le nucléaire, qui stagne autour de sa part de 10  % en 2019.

En 2019, les investissements dans les énergies renouvelables ont été de 282  milliards de dollars, principalement du fait d’investisseurs privés ; et de 15  milliards dans l’énergie nucléaire, la quasi-totalité provenant des gouvernements.

Au cours des cinq prochaines années, l’AIE prévoit que le rythme annuel des installations de renouvelables augmentera, jusqu’à plus que doubler. Les analystes indépendants s’attendent à ce que le nucléaire ait du mal à maintenir sa production actuelle…

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