Boukhalfa Yaïci // Directeur Général du Cluster énergie Solaire : «Il faut arrêter de travailler en vase clos – El Watan

-Que retenez-vous du rapport du commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité en Algérie, le premier du genre depuis le lancement du programme national dédié au développement des énergies renouvelables ?

Le rapport du CEREFE (commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique) vient combler une lacune importante dans la connaissance de la situation réelle dans laquelle se trouvent les énergies renouvelables en Algérie. Paradoxalement, on parle des énergies renouvelables depuis au moins 2011, mais nous n’avons jamais pu avoir ou voir un document public qui montre comment une idée généreuse a été vidée de son sens. Il nomme les obstacles et situe les barrières de blocage.

Il donne des pistes, car contrairement à ce que vous dites, le CEREFE n’émet pas de feuille de route, mais conçoit voire préconise une politique nationale dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. L’exécution de la politique des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, dans la cadre de la transition énergétique que cherche à mener le pays est du ressort d’une autre entité.

-Quelle faisabilité pour le programme en question dans le contexte actuel de difficultés financières sachant que des projets sont déjà en souffrance ?

La baisse des coûts de production de l’électricité d’origine renouvelable fait que les besoins en moyens financiers ne sont pas les mêmes que ceux dont on avait besoin il y a quelques années à capacité à installer similaire. C’est un point positif pour la filière.

Des financements innovants peuvent être mis en œuvre à l’exemple de la finance verte qu’il s’agit d’attirer pour des projets rentables. Or, les projets à base d’énergies renouvelables sont rentables car adossés à des contrats de longue durée comprise entre 20 et 25 ans.

Aujourd’hui, le coût le plus important dans un tel projet est lié au coût du financement. Un environnement favorable aux investissements, un risque pays faible, une transparence dans la gestion de ces projets, des institutions crédibles, etc., permettent d’avoir des crédits à des taux très compétitifs à l’échelle internationale.

Le processus peut être démarré à travers la mise en place d’un fonds type infrastructure qui serait en mesure de recevoir des fonds étrangers et des fonds nationaux pour financer l’investissement des opérateurs privés à l’instar de ce qui se fait pour les opérateurs publics du secteur de l’énergie électrique. Le fonds dédié aux énergies renouvelables (FNMEERC) servirait à payer le différentiel par rapport au tarif de vente soutenu par l’Etat. Si les chiffres avancés par les pouvoirs publics (1000 MW/an) étaient réalisés, le différentiel irait vers zéro au bout de quelques années à cause de l’apprentissage et d’un déploiement à grande échelle.

-Comment éviter l’échec et quelles leçons tirer de tout ce qui a été fait jusque-là ?

D’abord, il faut arrêter de travailler en vase clos et associer les opérateurs locaux dans ce domaine. Cela ne sert à rien de lancer des projets s’ils sont voués à l’échec par manque de maturation et par manque de compétence de la ressource humaine chargée de gérer ce type de projets. L’expérience autour de nous a montré que si toutes les parties prenantes sont associées dès le départ à toutes les phases d’un projet, le risque d’échec est minimisé. Ensuite, il faut commencer par faire des projets de taille en rapport avec les capacités nationales, mettre en œuvre un plan de déploiement qui va monter crescendo entraînant avec lui toutes les parties prenantes et afficher des objectifs pluriannuels dans le strict respect d’un calendrier.

Pour assurer le succès d’une telle approche, il faut aussi préparer la ressource humaine, la responsabiliser et lui faire confiance.
A titre d’exemple, le secteur de l’agriculture est en mesure d’être boosté en mettant à sa disposition de l’énergie en n’importe quel point du territoire national en utilisant les énergies renouvelables sans attendre un hypothétique raccordement électrique au réseau de Sonelgaz. Des économies en gasoil seront obtenues allant dans le sens de la réduction des importations de ce carburant décidé par les pouvoirs publics et cela dès 2021. Les gains en devise et le retour sur investissement dans de tels projets seront appréciables pour l’Etat algérien.

-La contribution du privé dans le développement des énergies renouvelables à travers l’intégration nationale passe par l’amélioration du climat des affaires… qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

Les entreprises du secteur de l’énergie solaire souffrent des mêmes maux que toutes les entreprises algériennes. De ce fait, l’amélioration du climat des affaires sera bénéfique pour toutes les entreprises sans exception. Un marché hésitant et une absence de visibilité sont les deux points qui font le plus de mal à nos entreprises, car le renouvellement technologique s’accélère et rend obsolètes les équipements et les lignes de production au bout de 3 années. Sans un marché viable, il n’est pas possible d’espérer de nouveaux investissements ou des réinvestissements de la part des acteurs nationaux. Encore moins de la part des acteurs internationaux.

Propos recueillis par  Samira Imadalou


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