Climat : une Chine ambitieuse face à ses contradictions – iD4D

L’avenir de la Chine sera green ou ne sera pas. C’est là l’ambition du géant d’Asie qui vise officiellement la neutralité carbone d’ici… 2060. Soit quatre décennies pour inverser la tendance. Réaliste ? « Je ne veux pas être trop enthousiaste mais il s’agit d’un signe très positif », affirme le climatologue Jean Jouzel, lauréat du Nobel de la paix en 2007 au titre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), interrogé par ID4D.
« L’atteinte de la neutralité carbone est une décision absolument nécessaire pour que le réchauffement se stabilise. Quand la Chine – premier émetteur mondial de CO2 – annonce un tel objectif, il faut bien sûr s’en réjouir. »

Explosion des ventes automobiles en Chine

Cet engagement – annoncé par son président Xi Jinping lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier – pourrait redonner une nouvelle dynamique à l’Accord de Paris, « saccagé dès 2016 par Donald Trump », rappelle le climatologue français. L’annonce chinoise, si elle était tenue, mettrait en effet l’objectif de limiter le réchauffement climatique planétaire à 1,5 °C à la portée du monde. Cette ambition répond aussi, poursuit Jean Jouzel, à « une prise de conscience du réchauffement climatique et du lien avec la pollution par toute une génération de jeunes Chinois ».

Reste à savoir comment concrètement Zhongnanhai (l’Élysée chinois) va concilier ce défi avec l’impératif de développement qui impose à la Chine de brûler toujours énormément d’énergies fossiles – charbon en tête (près de 60 % du bilan énergétique du pays). Même si les grandes mégapoles se sont largement converties au gaz naturel, beaucoup de réseaux domestiques et industriels des villes secondaires et des territoires ruraux restent chauffés et refroidis grâce à cet « or noir » chinois, extrait des mines des provinces du Shanxi, du Hebei et de Mongolie-Intérieure.

À cela s’ajoute l’explosion du parc automobile domestique : plus de 20 millions de véhicules sont vendus chaque année contre à peine 3 millions à la fin des années 1990… Conséquence : en 25 ans, le pays a multiplié par plus de trois ses émissions de gaz à effet de serre et émet 28 % du CO2 mondial.

Cette pollution atmosphérique a longtemps fait des ravages, laissant des traces indélébiles. « On compte des centaines de “villages cancer” dans les provinces du Henan et de l’Anhui », relevait fin 2019 le média écologiste Reporterre. « 60 % des nappes phréatiques, 30 % des rivières, 19 % des terres agricoles en Chine sont si polluées qu’elles menacent la vie des habitants. »

Grand bond en avant chinois sur les énergies renouvelables

La Chine est pourtant bien décidée à montrer l’exemple en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Elle est déjà le premier investisseur mondial dans les énergies renouvelables. Quasiment absent sur le marché il y a seulement 15 ans, le géant d’Asie s’est ainsi mué en champion du solaire ; son parc de production est passé de 1 GW installé en 2010 à 150 GW quelque dix ans plus tard. Idem pour l’éolien dont la production s’est envolée : de 31 GW en 2010 à 185 GW en 2018.

« Pékin a également énormément investi dans la recherche et le développement. Dans la province du Shanxi par exemple, principale réserve houillère de Chine, de nombreux projets R&D cherchent à transformer le charbon en hydrogène », précise Ding Yifan, directeur adjoint de l’Institut chinois sur le développement mondial, un think tank rattaché au Conseil d’État chinois. « Cette prise de conscience écologique est visible à tous les niveaux de la vie quotidienne. »

Par ailleurs, 50 % des nouveaux bâtiments intègrent désormais des normes de construction écologiques, et près de 15 % de la consommation énergétique dans les villes proviennent d’énergies renouvelables. Les principales agglomérations du pays – 18 au total, dont la mégapole Chongqing et ses 30 millions d’habitants – ont également signé un traité dit de conception durable sous la houlette de plusieurs architectes chinois et étrangers, chargés de « penser » les nouveaux quartiers en fonction de critères écologiques stricts.

Climat : Pékin sème ses centrales à charbon

La Chine peut-elle, dès lors, se transformer en une puissance « écologiquement responsable » et en un leader climatique ? En réalité, il reste encore beaucoup à faire dans un pays grand comme vingt fois la France, marqué par plusieurs décennies de croissance accélérée. Son 14e Plan quinquennal (2021-2025) – adopté l’automne dernier – appelle certes à accélérer cette « transition écologique », mais la marche reste haute. « Le pays doit avant tout se concentrer sur l’élimination de sa dépendance au charbon », insiste Li Shuo, spécialiste climat à Greenpeace Chine.

Or, selon une étude publiée en juin dernier par l’ONG Global Energy Monitor et le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), le pays a augmenté de 21 % ses projets de centrales au charbon. « Une contradiction avec ses objectifs officiels », juge Li Shuo. « Il n’y a tout simplement pas de solution climatique si la Chine continue à construire plus de centrales au charbon et à augmenter sa consommation. Il est dans l’intérêt économique, politique et environnemental à long terme de la Chine de réduire cette dépendance. »

Pékin multiplie par ailleurs la vente de centrales à l’étranger. Selon le Global Development Policy Center de l’université de Boston, cité par l’AFP, les entreprises chinoises construisent actuellement hors du pays des centrales à charbon pour une capacité totale de 19,6 GW et un budget de près de 21 milliards d’euros. Une hérésie pour les militants écologistes… une opportunité technologique pour d’autres. « Il s’agit généralement de centrales propres avec des installations qui permettent de capturer le gaz carbonique », soutient Ding Yifan.

Dans une démarche pragmatique, la Chine entend ainsi concilier transition écologique et opportunités économiques en vendant à qui veut ses centrales à charbon dernier cri. Cette stratégie est-elle tenable sur la durée ? Pas sûr.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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