Comment l’éolien veut rattraper son retard – Le Point

Bénédicte Coste a au moins deux particularités. D’abord, elle est la petite-fille du maréchal Leclerc de Hauteclocque ; ensuite, elle est à la tête d’une association qui a fait annuler un projet de huit éoliennes destinées à s’élever près de chez elle, dans la Somme. On fera évidemment le lien entre ces deux caractéristiques : « La va-t-en-guerre des éoliennes », titre Le Parisien-Aujourd’hui en France. On notera surtout que la victoire de Bénédicte Coste est très rare. Elle a fait reconnaître par la justice un « état d’encerclement : il y a déjà 50 éoliennes sur 6 kilomètres de circonférence à la ronde…

Les opposants aux éoliennes se dressent un peu partout en France, dans l’estuaire de la Gironde comme dans l’Ouest ou les Hauts-de-France. Le résultat, c’est que les projets de parcs éoliens prennent beaucoup de temps à éclore (environ sept années, deux fois plus qu’en Allemagne). Mais le temps presse. La France s’est fixé des objectifs dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), sorte d’agenda des énergies renouvelables pour le pays. Selon cet échéancier, la puissance installée en éolien terrestre devrait atteindre 24,1 GW en 2023, et une fourchette comprise entre 33,2 et 34,7 GW en 2028. Converti en nombre de mâts, cet objectif signifie 6 500 éoliennes en plus en 2028 par rapport à aujourd’hui, soit pas loin d’un doublement.

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Le pays compte, à la fin 2020, 17,3 GW de puissance éolienne. Or, ce rythme est insuffisant pour atteindre le Graal de l’éolien fixé par le gouvernement. Selon un rapport publié il y a quelques jours par Observ’ER, qui étudie le rythme de l’essor des énergies renouvelables en France, « l’éolien s’écarte de sa feuille de route ». Si l’année 2019 a été plutôt bonne, les neuf premiers mois de 2020 ont connu un fléchissement de 17 % des capacités installées, avec un trou d’air au printemps (- 45 % entre le premier trimestre 2020 et la même période en 2019). Au total, l’an passé, 1,4 GW d’énergie éolienne aura été installé, alors que 2 GW auraient été nécessaires pour tenir le cap de la PPE.

« Wind deal »

Les frondes locales contre l’éolien expliquent une partie du retard. Mais elles ne sont pas propres à 2020. La crise sanitaire, en revanche, est une particularité de l’an dernier. Les chantiers ont été retardés, voire arrêtés, tout comme les appels d’offres auxquels répondent les acteurs de l’éolien (les autorités les ont étalés dans le temps). La filière entend lever plusieurs obstacles pour reprendre le bon rythme. Elle souhaite un « wind deal », grâce auquel elle pourrait plus aisément planter ses mâts.

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Il s’agirait, d’abord, de mieux répartir les parcs d’éoliennes, afin de limiter leur impact sur les paysages et donc d’améliorer leur accueil par les riverains. Deux régions concentrent pour l’heure près de la moitié des éoliennes du pays : les Hauts-de-France (environ 27 %) et le Grand Est (un peu plus de 22 %). Les professionnels aimeraient que les appels d’offres prennent en compte la qualité du vent dans chaque région, afin d’adapter les tarifs de vente de l’électricité produite (les éoliennes situées dans des zones mal ventées sont évidemment moins compétitives). « Cela permettrait d’ouvrir plus largement les prospections à d’autres territoires que ceux de la partie nord-est du pays », écrit le rapport d’Observ’ER. La filière de l’éolien demande aussi que les autorités libèrent des terrains : aujourd’hui, près de la moitié du territoire français leur est interdit, notamment parce que les zones en question sont militaires ou couvertes par des radars.

Afin d’atteindre le sacro-saint objectif fixé par la loi, mais aussi pour éviter de braquer les opposants potentiels, les acteurs de l’éolien misent sur une parade prometteuse, baptisée « repowering ». L’anglicisme peut se traduire par l’expression « faire du neuf avec du vieux ». Il s’agit, en gros, de réutiliser les mâts déjà plantés pour accroître leur puissance, grâce à des turbines plus efficaces. Dans la Drôme, sur le site de Gravières, un lifting fera en 2021 passer la puissance du parc de 10,5 à 13,8 GW, avec des rotors de 70 mètres contre 66 aujourd’hui. L’ennui, souligne l’Ademe (partenaire d’Observ’ER), c’est que le « repowering » est plus aisé sur des installations récentes. Les plus anciennes ont en effet été érigées alors que la réglementation était encore balbutiante, au début des années 2000. Depuis, tout un tas de normes se sont ajoutées, auxquelles le « repowering » doit se conformer. Là encore, la filière aimerait que ces règles administratives soient simplifiées.

La petite-fille de Leclerc ne désarme pas

Elle devra aussi faire un effort. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la pollution qu’engendrent, elles aussi, les éoliennes. Sur tout leur cycle de vie, elles produisent des déchets : l’intégralité des pales n’est pas recyclable, et une partie des fondations en béton reste dans le sol une fois le mât démonté (seuls deux mètres de béton sont excavés). La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a demandé au gouvernement de prendre en compte la production de carbone dans les critères d’évolution des parcs, ainsi que la facilité à recycler les pales. Selon le rapport d’Observ’ER, le gouvernement devrait imposer, entre autres, que l’ensemble des fondations en béton soit ôté lorsque les mâts sont démontés, et que 50 % de la masse des pales soient recyclables d’ici à 2040.

Ce décret suffira-t-il à calmer les ardeurs des anti-éoliennes. Dans la Somme, pour l’instant, la petite-fille du maréchal Leclerc ne désarme pas. Elle attend qu’un projet de six autres éoliennes soit bel et bien refusé, comme l’a prévu le préfet : elles seraient trop proches du mémorial dédié à son grand-père à Tailly-l’Arbre-à-Mouches, pas très loin du château familial.

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