Dans une Asie en mal de courant – Les centrales au charbon font de la résistance – 24 heures

Le plongeon du recours à la houille, l’une des sources les plus importantes de gaz à effet de serre, sera de courte durée. Tout se joue en Chine, en Inde ou… au Vietnam.

Photo prise des hauteurs entourant la capitale bulgare Sofia, noyée dans une pollution en partie liée au charbon (novembre 2020)

AFP

La confirmation du projet sest faite en catimini, à quelques heures de la fin dune éprouvante année. Le Japon et la Corée avanceront le 1,8 milliard de dollars pour une nouvelle centrale électrique au Vietnam – celle de Vung Ang, lune des nombreuses unités brûlant du charbon en construction dans le Sud-Est asiatique.

En dépit des protestations de géants occidentaux de la finance acquis aux principes des placements «responsables», comme le scandinave Nordea, et de dizaines dONG, les besoins en courant sont tels quils incitent le consortium emmené par le groupe Mitsubishi et la Korea Electric Power à valider ce projet énergétique d’une capacité de 1200 mégawatts – deux fois celle du barrage de la GrandeDixence.

Un sursaut puis un plateau

Un projet qui vient confirmer la mise en garde de lAgence internationale de lénergie, fin décembre. «Peu de signes indiquent que le recours au charbon va sérieusement décliner ces prochaines années (ndlr: au niveau mondial), les besoins accrus en Asie annulant les baisses observées ailleurs», préviennent les auteurs de la récente étude «Coal 2020».

«Au niveau mondial, le recours à la houille, ne montre aucun signe de disparation rapide.»

Agence internationale de l’Énergie

Une prévision qui tranche de façon abrupte avec le plongeon, sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale, des besoins en houille aux États-Unis comme en Europe. Résultat, après un déclin de 1,8% en 2019, lutilisation du charbon sest effondrée de 5% cette année au niveau mondial en raison de la paralysie économique provoquée par la pandémie de Covid-19. Et «la baisse aurait été encore plus importante sans le solide rebond de lactivité économique en Chine», un pays brûlant à lui seul la moitié des quantités extraites du sous-sol.

Ce déclin ressemble plus à une simple pause, en tout cas hors dEurope. Si lenrayement de la pandémie conduit au redémarrage à large échelle de lactivité industrielle, les besoins en charbon augmenteront de 2,6% dès lan prochain, prévient lorganisation basée à Paris. De quoi brouiller les promesses formulées ces derniers mois.

Évolution du recours à la houille par la planète entre 2000 et 2021

AIE

À commencer par celles dune Pologne qui compte fermer son dernier puits de mine à lhorizon 2050. Mais surtout celle de la Chine. Lengagement, fin septembre à la tribune de lAssemblée de lONU par le président Xi, damener son pays à la neutralité carbone dici à 2060 restera en effet lun des moments forts de lannée écoulée. Or cela impliquerait la fin du recours à la houille par la deuxième puissance économique mondiale. Rompre cette dépendance apparaît encore comme une révolution.

L’Europe et l’Amérique sortent du jeu

Le dernier rapport de lAIE montre surtout à quel point il est difficile – et lent – de modifier la trajectoire des besoins énergétiques de la planète. Et à plus forte raison ceux dun pays abritant ses principaux bassins industriels. L’utilisation du charbon ne montrera «aucun signe de disparation rapide» et restera au mieux «stable».

Même si le redémarrage espéré de lactivité économique se concrétise lan prochain, quelque chose sest pourtant bien brisé dans cette course à la houille. «Son utilisation est appelée à atteindre un plateau dès 2025 – ce qui laissera probablement lannée 2013 comme celle du pic historique du charbon», préviennent les spécialistes dune agence considérée comme la «voix» des pays industrialisés en matière dénergie.

«2013 aura probablement été l’année du pic d’utilisation du charbon.»

Agence internationale de l’énergie

À cette époque – dans quatre ans seulement – les énergies renouvelables auront «remplacé le charbon dans le rôle de première source délectricité de la planète». Le défi se joue dans de lointaines centrales électriques chinoises et indiennes, deux pays qui dévorent les deux tiers de la houille. En comparaison, lUnion européenne et lAmérique ensemble brûleront moins du dixième du charbon disponible en 2025 – contre plus du tiers il y a vingt ans. Maigre conquête dans un combat contre un réchauffement de l’atmosphère qui se joue des frontières.

Publié aujourd’hui à 16h54

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