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En attendant la maturation du nouveau programme : La transition énergétique cumule les ratages – El Watan

En février prochain, cela fera dix ans que le premier programme national dédié au développement et la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (PNEREE), a été adopté. Un programme qui aura subi tout au long de cette décennie plusieurs réaménagements essentiellement en 2015 sans pour autant aboutir aux résultats escomptés.

Le manque d’harmonie dans l’exécution des étapes tracées ainsi que l’absence de suivi et d’évaluation de ce qui a été réalisé sont les principaux points noirs du PNEREE qui ont été justement à l’origine du retard accusé dans le développement des EnR en Algérie. Le virage sera-t-il encore raté dans ce programme de la transition énergétique annoncé en 2020 ?

Tout dépend de la suite que donnera le gouvernement aux recommandations du Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE) dans son dernier rapport dans lequel il plaide pour des réformes profondes. «Autant convertir les effets des échecs du passé en arguments favorables à l’entame de réformes profondes mais salutaires à l’avenir, au lieu de chercher à rapiécer certains modèles obsolètes dont le démantèlement reste peu coûteux, alors que leur relancée vouée à être sans lendemain sur le plan économique», résume l’étude du CEREFE. Une étude dans laquelle il revient sur les évolutions à travers le monde dresse l’Etat des lieux en Algérie et émet des recommandations pour en finir avec les ratages. Lesquels ont commencé dès le premier programme de 2011.

Planning ignoré

Promulgué le 3 février 2011, le programme en question ambitionnait théoriquement un taux de 40% de capacité de production d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2030, alors que quantitativement, l’objectif était d’assurer une capacité de production d’électricité renouvelable de 22000 MW, dont 10 000 MW seraient dédiés à l’exportation. Mais les choses ont lentement avancé voire stagné pour différentes raisons dans le cadre de ce programme élaboré initialement en quatre étapes. «Le planning de réalisation prévu n’a jamais été suivi dès la première étape», conclut à ce sujet le rapport 2020 du CEREFE. Le document intitulé «Transition énergétique en Algérie : leçons, état des lieux et perspectives pour un développement accéléré des énergies renouvelables» et dont une copie est en notre possession, indique, en effet, que sur l’ensemble des projets pilotes totalisant les 110 MW prévus, seules trois réalisations ont vu le jour avec une puissance globale de 36.3 MW.

Il s’agit de la centrale hybride (gaz-solaire thermique) de Hassi R’mel, avec 25 MWc de solaire thermique à concentration CSP mise en service en 2011, de la centrale photovoltaïque (PV) de 1.1 MWc de Ghardaïa, englobant les quatre technologies PV, avec et sans poursuite du soleil (mise en service en 2014) et de la centrale éolienne de 10.2 MWc de Kabertène (Adrar), englobant 12 aérogénérateurs de puissance nominale de 850 KW chacun (mise en service également en 2014). «Pour le reste, seul un programme totalisant 343 MWc de centrales solaires photovoltaïques a été lancé début 2014, sous forme de projet en EPC (Engineering, Procurement & Construction)», indique encore le document.

Ce programme a été réalisé à titre indicatif par SKTM (Sharikat Kahrab wa Takat Moutadjadida), filiale de production d’électricité de Sonelgaz, créée en avril 2013 avec pour missions principales, l’exploitation des réseaux d’énergie électriques isolés du sud (production en conventionnel) et des énergies renouvelables pour l’ensemble du territoire national. Dans ce cadre, dix centrales solaires photovoltaïques totalisant 265 MW et partitionnées en trois lots (Est, Centre et Ouest) ont été réalisées au niveau des Hauts- Plateaux, alors que dix autres l’ont été dans le cadre du lot Sud (78 MW), selon la même source.

Une réactualisation sans efficacité

La réactualisation du programme en 2015 à travers une nouvelle version réduisant la part du solaire thermique à concentration (CSP) de 7200 MW à 2000 MW tout en reportant son développement électif au-delà de 2020 n’a pas également apporté du nouveau. Dans cette mouture, faudrait-il rappeler que la part du solaire photovoltaïque a été multipliée par 5 environ (13575 MW au lieu de 2800 MW), soit 62% de l’ensemble des 22000 MW prévus à l’horizon 2030. Aussi, plus de 4500 MW, dont les deux tiers de solaire photovoltaïque, sont programmés pour être réalisés avant 2020 selon le planning arrêté. Or, ça n’a pas été le cas. Le rapport du commissariat le dit clairement d’ailleurs. «Avec le recul, on observe qu’à ce jour (2020), au même titre que la première version du programme, le planning tracé n’a été ni suivi ni même vu un début d’application quelconque», précise le rapport du CEREFE. «La seule activité visible sur le terrain dans le domaine des EnR dans le pays depuis 2015 a essentiellement été dominée par la réception (étalée jusqu’en 2017) des centrales solaires photovoltaïques totalisant 343 MW du programme lancé en 2014 par SKTM.

La seule nouveauté depuis 2015 est la mise en service par Sonatrach en 2018 d’une première centrale solaire photovoltaïque de 10 MWc à Bir Rebaa Nord (BRN) dans la wilaya de Ouargla. Et ce dans le cadre de sa stratégie SH 2030 qui vise à déployer une capacité totale de 2300 MW en énergie solaire à l’horizon 2030. Même le projet de 4050 MWc du ministère de l’Energie, qui a fait longuement débat depuis son annonce, patine en raison des tergiversations autour des aspects réglementaires liés essentiellement aux procédures d’appels d’offres. «Ce projet, qui comportait en plus de la production d’électricité solaire Photovoltaïque (PV), un volet industriel d’accompagnement, n’a jamais eu de suite et n’a fait l’objet d’aucun appel à investisseurs depuis, malgré l’urgence signalée quant à sa mise en œuvre», souligne le rapport du CEREFE.

Face à cet échec, il y a eu une dernière tentative en l’occurrence l’appel d’offres de 150 MWc de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG). «La CREG a été contrainte de lancer un appel d’offres beaucoup plus modeste de 150 MWc de solaire photovoltaïque», précise le rapport. Pour réussir cette opération, une formule d’appel d’offres aux enchères relevant des prérogatives de la CREG a bien été instituée à travers un décret exécutif. A titre indicatif, le cahier des charges relatif à l’appel d’offres en question a été publié par la CREG le 18 novembre 2018 et s’adressait exclusivement aux entreprises de droit algérien. Il comportait 15 centrales solaires photovoltaïques de 10 MWc chacune, regroupées en quatre lots, dont deux de 50 MWc localisés dans les wilayas de Biskra et Ghardaïa, les deux derniers étant de 30 MWc et 20 MWc et respectivement localisés dans les wilayas de Ouargla et El Oued.

Mais au final, seuls huit soumissionnaires sur 93 ont exprimé leur intérêt au départ pour présenter des offres à la date limite repoussée pourtant plusieurs fois avant d’être arrêtée au 12 juin 2019, suite à des modifications profondes du cahier des charges initial. Comme résultat : «Les deux étapes de sélection technique et financière prévues, dont la dernière a eu lieu le 28/octobre 2019, soit pratiquement une année après la première sortie de l’appel d’offres, n’a permis de retenir qu’une seule proposition pour la réalisation de cinq centrales électriques photovoltaïques de 10 MWc chacune dans la région de Biskra, pour un prix de cession du KWh fixé à 8,28DA. Cela pour dire que, malgré le niveau assez modeste de l’appel d’offres en question (150 MWc), seul un tiers de la capacité proposée, soit 50 MWc, a pu trouver preneur, sans confirmation à ce jour du début des travaux.

2020, nouveau départ, mais…

Après cette succession d’échecs est arrivé le programme national de transition énergétique 2020 focalisé sur «le triptyque d’un renouvellement économique basé sur la sécurité alimentaire, la transition énergétique et l’économie numérique». Dans ce cadre, un programme de développement des EnR, d’une capacité de 16 000 MW à l’horizon 2035 à base de solaire photovoltaïque, a été soumis comme une des pièces maîtresses de la transition énergétique en Algérie, selon le ministère de l’Energie, 15 000 MWc sont destinés à être produits exclusivement par des centrales solaires connectées au réseau électrique national, dont une première tranche de 4000 MWc est à réaliser à l’horizon 2024, alors que les 1000 MWc restant sont prévus pour 2030.

Un projet intitulé «Tafouk I» visant la réalisation de 4000 MWc de solaire photovoltaïque a été présenté en mai 2020, avec pratiquement un contenu identique à celui de capacité (4050 MWc). Ce dernier a été repris tel qu’il était, mais sans la composante industrielle avec de légères modifications (huit lots de 500 MW au lieu de trois des 1350 MW précédemment), ainsi qu’une adaptation du volet financement selon la nouvelle restructuration de Sonelgaz qui a eu lieu entre-temps. L’hybridation des moyens de production d’électricité à base de ressources conventionnelles (diesel, gaz) au niveau du sud du pays avec le solaire photovoltaïque, a également été présentée comme étant une action prioritaire.

Ce sont autant d’actions à mener dans le nouveau programme et dont la réussite dépend des conditions à assurer. Mais faudrait-il aussi tirer les leçons des précédents ratages pour repartir sur de bonnes bases. Une mission sur laquelle travaille actuellement le CEREFE, qui s’est fixé comme objectif, dès sa création, d’assainir les données en la matière. Des questionnaires ont été adressés à l’ensemble des institutions nationales, impliquées de près ou de loin dans les activités liées au développement des EnR et à l’efficacité énergétique afin d’établir un état des lieux exhaustif de la situation. «Il suffit de ne pas rater encore une fois le virage, en identifiant de manière sereine et rigoureuse tous les critères qui peuvent mener avec succès à l’objectif tracé, sans pour autant verser dans l’improvisation et la précipitation qui ont prévalu jusqu’ici», écrit d’ailleurs le commissariat dans son rapport mettant l’exergue sur les conditions à assurer. Il s’agit notamment de la maîtrise des concepts techniques.

Préalables à la réussite

Rappelant en effet que l’Algérie recèle un gisement de ressources renouvelables, notamment solaire, parmi les plus importants au monde et dispose également d’une étendue territoriale qui lui permet de tirer pleinement profit d’une politique énergétique tournée vers l’avenir, le CEREFE souligne en effet que ces prédispositions sont loin de suffire par elles-mêmes si «on ne rompt pas avec le cycle infernal de dépendance chronique de l’extérieur en termes de maîtrise réelle du savoir universel et ses applications sur le terrain, les concepts techniques novateurs qui en découlent et enfin les progrès technologiques qui les accompagnent». Ce sont autant de préalables nécessaires pour le développement d’une industrie locale dans le contexte mondiale de l’évolution rapide des techniques et des coûts. «La sagesse voudrait que les concepts de mise en œuvre d’un programme aussi ambitieux soient longuement matures avant d’opter pour des choix qui engagent sur le long terme, alors qu’ils risquent de s’avérer inadaptés aux réalités du pays.

De ce fait, il est peut-être temps de faire participer de manière élective l’ensemble des compétences dont dispose le pays dans le domaine, afin de mener des réflexions constructives en la matière, sur la base desquelles des actions durables peuvent être engagées», recommande le commissariat. «C’est à cette seule condition qu’un cumul d’expérience salutaire peut aider à asseoir les fondements d’une véritable industrie, apte à prendre en charge une grande partie des besoins et satisfaire l’objectif d’une intégration nationale hauteur des ambitions affichées», poursuit-il.
Aussi, préconise-t-il, le choix du profil à donner aux industries à promouvoir localement dans le cadre de ce programme «doit être mûrement réécrit surtout concernant les volets induisant des investissements lourds.

Tout écart d’appréciation dans ce cas, serait lourd de conséquences». D’où la nécessité de miser sur un véritable transfert technologique dans le domaine, notamment concernant la fabrication locale des équipements jugés stratégiques. «Une telle opportunité pourrait même être saisie avec de grands industriels dans le domaine, que la récession économique actuelle pousse à délocaliser ou carrément à céder leurs outils de production prêts à l’emploi», souligne le rapport. Une manière de relever l’apport du partenariat. Ce que le ministre Chems Eddine Chitour a rappelé récemment, citant des pays comme l’Allemagne, les Etats-Unis et la Chine.

«Un partenariat stratégique permet d’aller plus vite», a-t-il indiqué, sans toutefois dire comment aller vers cette étape et comment drainer des investisseurs étrangers. C’est dire que beaucoup reste à faire pour un programme dont la réussite dépend aussi de l’amélioration du climat des affaires. Un environnement favorable aux investissements, une transparence dans la gestion de ces projets et des institutions crédibles sont les principales problématiques à prendre en charge pour drainer des partenaires et encourager l’intégration nationale.

> Par Samira Imadalou

Éolien : potentiel modéré en Algérie

Pour ce qui est de l’éolien terrestre en Algérie, les données disponibles indiquent un potentiel relativement modéré (vitesses du vent variant en moyenne entre 2 et 6m/s) et donc insuffisant pour y développer de grands projets commerciaux. Mais selon le CEREFE, certaines régions du pays, notamment celles situées dans le Sud-Est (Adrar, In Salah, Tindouf), présentent un potentiel suffisant pour permettre l’implantation de fermes éoliennes rentables, pourvu que les choix techniques appropriés soient adoptés. Concernant l’éolien en mer, le commissariat estime que son déploiement éventuel en Algérie reste peu probable vu les coûts élevés d’investissement et d’exploitation qui sont à mobiliser, alors qu’aucune étude du potentiel exploitable en la matière, n’a été menée à ce jour.

Le renouvelable constitue à peine 0,1% en Algérie

Selon le dernier Bilan énergétique national l’Allemagne, les hydrocarbures restent de très loin la principale composante des ressources énergétiques primaires de l’Algérie, alors que celles renouvelables (hydraulique, solaire, biomasse…) constituent à peine 0.1 %.

L’hydroélectricité toujours dominante à travers le monde

A travers le monde, selon les données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), la contribution de l’hydroélectricité est encore dominante (47%) quant à la génération d’électricité renouvelable. Mais cette part qui était de 60% il y a seulement 5 ans, a régulièrement régressé pour laisser place principalement à l’électricité éolienne (23.5%) et solaire photovoltaïque (22.8%) en 2019. La contribution de la biomasse et la géothermie à la production d’électricité renouvelable reste, quant à elle, faible (5.5% en 2019) et présente une évolution très limitée.


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