La Réunion : la révolution verte passe par la biomasse – Le Monde de l’Energie

Dans moins de trois ans, la Réunion sera alimentée à 100 % par une électricité d’origine renouvelable. Pour atteindre cet objectif ambitieux, l’île Bourbon s’appuiera notamment sur la biomasse liquide et vise même l’autonomie énergétique d’ici 2030.

À près de 10 000 km de la France métropolitaine, nichée dans l’ouest de l’Océan Indien, la Réunion est une île de 860 000 habitants très dépendante des importations en tout genre. En matière d’électricité, son approvisionnement est ainsi largement assuré par les énergies fossiles. Les centrales à charbon et au fioul lourd fournissent respectivement 36 % et 33 % de la production électrique, contre 31 % pour les énergies renouvelables. Mais la fin de l’année 2020 a marqué un changement de cap historique pour le mix électrique réunionnais, avec une décarbonation massive qui devrait entrer en vigueur dès la fin 2023.

Fin novembre, le Conseil régional de La Réunion a en effet avancé de cinq ans la conversion à la biomasse des trois principales centrales électriques de l’île, initialement prévue en 2028 dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Avec ses centrales hydrauliques, son parc photovoltaïque en plein essor, ses éoliennes et son futur incinérateur de déchets, la collectivité d’outre-mer devrait donc atteindre une production électrique d’origine 100 % renouvelable dans moins de trois ans. Mais c’est surtout grâce à la biomasse que la Réunion aspire à tourner le dos aux énergies fossiles.

La biomasse liquide pour décarbonner le mix énergétique de La Réunion

Très utilisée à l’échelle mondiale, où elle représente 2 % de la production d’électricité, la biomasse est issue de ressources principalement forestières et végétales comme le bois, les céréales ou la paille. En France, elle représente plus de 55 % de la production d’énergie finale renouvelable. Sur l’île, une de ses formes les moins connues est au cœur de la transition énergétique : la biomasse liquide. Elle provient à 70 % de la fermentation des sucres et à 30 % d huiles (végétales ou recyclées). Destinée respectivement aux moteurs à essence et au diesel, cette source d’énergie permet également, dans sa version huile, d’alimenter les centrales électriques. Ses avantages sont nombreux : il s’agit d’une énergie renouvelable, neutre en CO2, qui améliore la qualité de l’air.

Les unités de biomasse liquide sont également sûres pour la population et l’environnement : elles ne sont pas classifiées SEVESO. Comme le bioéthanol, le biodiesel produit à partir d’huiles est en effet un produit non-dangereux, non-toxique et biodégradable.

À la Réunion, la filiale EDF PEI (production électrique insulaire) d’EDF a développé un procédé permettant d’utiliser de la biomasse liquide durable qui servira à remplacer le fioul lourd utilisé dans la centrale de Port-Est de 212 MW d’ici 2023. Ses moteurs tourneront grâce à l’énergie fournie par des huilesconformes à la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED II), qui fixe des hauts standards de qualité environnementale des produits, tout en assurant une traçabilité de chaque tonne consommée. L’huile de palme sera par ailleurs proscrite.

« Des essais effectués récemment sur un des moteurs d’une centrale équivalente en Guadeloupe ont été concluants, affirme Alexandre Sengelin, directeur de la centrale. La conversion sera assez simple. La biomasse liquide pourra être stockée dans les cuves actuellement utilisées pour le fioul et nous aurons très peu de modifications à apporter sur nos 12 moteurs. » Outre la réduction des émissions de CO2, le remplacement du fioul lourd importé des Emirats Arabes Unis par ce biocombustible devrait également diminuer significativement les rejets de souffre, de métaux lourds et de poussières dans l’air.

Cette conversion vers une production électrique 100 % renouvelable, garantie et pilotable s’accompagne en prime d’une sécurité d’alimentation électrique. « Nous devons en permanence assurer un équilibre local entre l’offre et la demande car nous ne pouvons pas acheter de l’électricité à l’extérieur, explique Olivier Meyrueis, directeur d’EDF à La Réunion.Ce que consomment nos 350 000 abonnés, nous le produisons. »

La bagasse pour renforcer l’indépendance énergétique

Sur l’île, la culture de la canne à sucre constitue déjà une ressource importante pour la production d’énergie renouvelable. Bientôt, son utilisation devrait renforcer à la fois le verdissement et l’indépendance énergétique de La Réunion.

Les centrales de Bois-Rouge et de Gol, qui fonctionnaient jusque-là principalement avec le charbon en provenance d’Afrique du Sud, tourneront majoritairement avec de la biomasse solide, mélange de bagasse (résidu fibreux de canne à sucre) et de granulés de bois.

Si les granulés seront importés des Etats-Unis, la bagasse continuera à être produite localement et sera complétée par la future filière locale de déchets (bois  et végétaux), qui permettra elle aussi de réduire les importations.

« Au démarrage, les pellets (granulés de bois) constitueront 70 % du combustible utilisé, précise Frédéric Moyne, président de l’opérateur privé (Albioma) qui exploite les deux établissements.Mais nous avons la volonté de régionaliser nos approvisionnement […] et donner la priorité à la biomasse locale : la bagasse mais aussi potentiellement, les pailles de canne, les broyats de palettes, la fraction ligneuse des déchets verts, la biomasse forestière.»Grâce aux différents investissements, la biomasse devrait couvrir plus de la moitié de la production électrique de l’île (30 % solide, 30 % liquide), à laquelle s’ajoutent 15 % de solaire photovoltaïque, 17 % d’hydraulique, 4 % de combustion de déchets et 2 % d’éolien. Au total, les énergies renouvelables et de récupération fourniront donc la totalité de l’électricité consommée.

« Le 100 % renouvelable, c’est un moment-clé pour la Réunion, souligne Olivier Meyrueis d’EDF. Cela constitue une verdissement très fort. »

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